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À l’approche des élections de mi-mandat du 3 novembre, Donald Trump a organisé les 9 et 10 septembre à Dallas une convention du Parti républicain. Il a de nouveau agité la menace que représenterait, à ses yeux, une victoire des démocrates en faisant le serment de « vaincre le communisme en Amérique ». « Si nous perdons, vous allez perdre votre frontière, vous allez perdre vos baisses d’impôts, vous allez perdre votre sécurité. » Et si les républicains devaient gagner ? Il a promis de verser une « dividende » de 5000 dollars par citoyen adulte américain …
Antoine Char
« Socialistes ! », pire, « communistes ! ». Que faire quand les démocrates ont le vent en poupe pour les « mid-terms » du mardi 3 novembre ? Donald Trump mise à fond sur la « peur rouge » pour endiguer la défaite annoncée de son parti. « Ils veulent détruire complètement le mode de vie américain traditionnel. » Le même vent de panique souffle dans l’establishment démocrate. Il craint que les prises de position de l’aile dite progressiste du parti, trop éloignée du centre, finissent par lui coûter cher électoralement.
Soudain à moins de deux mois de la date « fatidique », rien n’est vraiment joué. Les deux formations sont sur le fil du rasoir. Cinquante-et-un jours avant le scrutin tant attendu. Une éternité en politique, pour reprendre le cliché éculé. Les républicains ont le tournis : la popularité du locataire de la Maison-Blanche n’a jamais été aussi basse. À peine plus de 35 %. Que faire ? Pour Mike Johnson, le président de la Chambre des représentants, c’est tout simple, il faut agiter le chiffon rouge : « Le communisme n’est plus une menace lointaine . Il est ici, sur nos rivages ! »
Les relents du maccarthysme, la période d’hystérie anticommuniste dans les années 1950, ne se sont pas totalement dissipés.
La victoire d’El-Sayed et la défaite de Francesca Yong
Pendant ce temps, les démocrates dits modérés s’inquiètent. Le 4 août, l’élection pour un siège au Sénat, d’une courte tête il est vrai, du progressiste Abdul El-Sayed à la primaire du Michigan, un « Swing State » qui compte une importante diaspora arabe, les a renversés. La réaction de Trump a été instantanée : « Une super nouvelle pour les républicains ! » Il n’a sans doute pas tort. Mais la « super nouvelle » a été de courte durée. Au Wisconsin voisin, la grande favorite pour devenir gouverneure la « très gauchiste » Francesca Yong a mordu la poussière, de peu il est vrai, contre le centriste David Crowley.
L’establishment du Parti de l’âne (1) a poussé un soupir de soulagement. Le centre ! C’est ce qu’il recherche alors que « de nombreux progressistes espèrent qu’ils parviendront à faire basculer le Parti démocrate encore plus à gauche, à l’image, d’une certaine manière, de la façon dont la montée du mouvement Tea Party, il y a près de vingt ans, a poussé le Parti républicain beaucoup plus à droite. Mais ces résultats soulèvent des questions quant à la capacité de ces candidats à rassembler une coalition suffisamment large de démocrates, d’indépendants et de modérés pour remporter les élections générales dans les États indécis, susceptibles de déterminer si les démocrates pourront reconquérir le pouvoir au Congrès et, à terme, la Maison-Blanche. (2)
Qui sont ces « progressistes » qui donnent de l’urticaire aux démocrates modérés et servent d’épouvantails aux républicains ? Les Socialistes démocrates d’Amérique (Democratic Socialists of America – DSA) disent compter 120 000 membres depuis leur création en 1982.
« Bernie » Sanders, le sénateur indépendant du Vermont et ex-maire de Burlington, partage les idées du « socialisme libéral » de la formation, mais n’en fait pas partie. Idem pour El-Sayed, qui s’il est élu deviendrait le premier musulman à siéger au Sénat. Un « communiste raté qui déteste les Juifs », a encore lancé Trump. Le « lobby » pro-israélien à Washington AIPAC (American Israel Public Affairs Committee) a dépensé plus de 32 millions $ pour faire barrage au médecin, fils de parents égyptiens.
« Pas assez pour contrer l’administration Trump »
Pour Anthony Chergosky, professeur associé de science politique à l’Université La Crosse du Wisconsin : « L’influence croissante de l’aile progressiste reflète une demande de changement plus large au sein du Parti démocrate. Nombre d’électeurs démocrates estiment que l’establishment du parti s’est montré trop prudent et n’en fait pas assez pour contrer l’administration Trump. Des groupes comme les Socialistes démocrates d’Amérique (DSA) fournissent aux candidats des bénévoles, un réseau de militants et des collectes de fonds. L’aile progressiste a obtenu ses meilleurs résultats lorsque son populisme économique s’est conjugué à la frustration envers l’establishment du parti. L’influence des progressistes est désormais telle qu’elle façonne le programme et le discours du parti, même lorsque ses candidats sont battus, comme l’a démontré la défaite très serrée de Francesca Hong dans le Wisconsin. » (échange de courriels).
La DSA représente-t-elle une menace fondamentale pour les démocrates ?
Clay Risen, journaliste au New York Times ne le croit pas. Bien au contraire. « Elle est clairement un atout dans les circonscriptions et les villes à tendance progressiste. De plus, une grande partie de son programme, notamment l’extension de la couverture santé et la hausse des impôts pour les plus riches, séduit un public plus large que sa base électorale. Je suivrai avec attention l’évolution de ses relations avec l’establishment démocrate. Depuis les années 1950, à quelques brèves exceptions près, l’establishment a maintenu la gauche à distance et l’a utilisée comme bouc émissaire lorsque cela s’avérait nécessaire. À mon sens, cela a fragilisé la coalition gauche-libérale. Cela dit, l’establishment ne peut pas se soumettre entièrement à la gauche, ni l’inverse : la DSA doit conserver son identité propre afin de maintenir sa crédibilité auprès de sa base. Trouver un équilibre entre ces deux impératifs, tout en conservant un front uni et fort, à l’image du Front populaire des années 1930, sera crucial pour le succès du parti au cours de la prochaine décennie. » (échange de courriels).
Comment expliquer le regain de popularité des socialistes démocrates, du moins dans les urnes ?
« Les Socialistes démocrates d’Amérique (DSA) représentent l’aboutissement d’une longue évolution d’une nouvelle gauche en réaction à la fin de la Guerre froide et à l’émergence d’un ordre néolibéral. On en perçoit les prémices dès la campagne présidentielle de Ralph Nader en 2000 et le mouvement Occupy Wall Street de 2011-2012. Tous ont, à différentes époques, présenté une critique convaincante de l’establishment libéral. Mais il a fallu attendre l’ère post-Covid et la rapacité de la seconde administration Trump pour que les conditions sous-jacentes s’alignent de manière à rendre la critique socialiste démocratique attrayante au-delà de sa base.
« Parmi ces conditions figurent la séparation rapide des ultra-riches du reste de la population; l’appauvrissement de la classe moyenne américaine (et même de la classe moyenne supérieure); et l’augmentation incessante du coût des soins de santé, de la garde d’enfants, de l’éducation et du logement. L’incapacité des dirigeants centristes, quel que soit leur parti, à proposer des solutions concrètes à ces problèmes semble étroitement liée à la corruption généralisée qui sévit à Washington. Il n’est donc pas surprenant qu’un mouvement marginal ait soudainement attiré autant de sympathisants, notamment parmi les jeunes et les personnes bien informées. »
« Folle de la gauche radicale »
Angie Nixon, membre du DSA, a ainsi créé la surprise le 18 août en battant l’ancien combattant Alexander Vindman en Floride, château fort du mouvement MAGA (Make America Great Again).
Les républicains du « Sunshine State » jubilent. Ils estiment qu’elle sera plus facile à battre qu’un modéré parce que moins rassembleuse, moins susceptible d’attirer à elle les indépendants et les électeurs déçus par Trump. Le locataire de la Maison-Blanche, qui a vu une dizaine de ses candidats mordre la poussière ces dernières semaines aux primaires républicaines, l’a d’ailleurs aussitôt traitée de « folle de gauche radicale ».
Toute cette rhétorique va-t-elle porter fruit ? « L’opinion publique laisse penser que le message de Trump pourrait trouver un écho variable au sein de l’électorat. Selon Gallup, la majorité des Américains continuent de voir le socialisme d’un mauvais œil […] les électeurs les plus jeunes semblent toutefois nettement plus réceptifs. Un récent sondage du Cato Institute a révélé que les membres de la génération Z percevaient le socialisme plus favorablement que le capitalisme et étaient plus enclins que leurs aînés à soutenir des candidats se revendiquant du socialisme démocratique. Parallèlement, les républicains misent sur le fait que la rhétorique anticommuniste aura un poids particulier auprès des électeurs âgés et de nombreuses communautés hispaniques dont les familles ont fui des régimes autoritaires de gauche ; ce message vise ainsi autant à mobiliser la base du parti qu’à convaincre les électeurs indécis. » (3)
Anthony Chergosky est d’accord : « Les accusations de “ communisme” offriront une opportunité aux républicains, en particulier dans les États et les circonscriptions où la compétition est serrée. Ces derniers tenteront d’associer les candidats démocrates aux aspects les plus controversés du programme de la DSA, même lorsque ces candidats ne sont pas membres de l’organisation. Ces attaques seront d’autant plus efficaces que les républicains parviendront à lier cette étiquette à des déclarations ou à des prises de position précises des candidats. Toutefois, qualifier systématiquement tout démocrate de communiste pourrait paraître excessif et perdre de son impact. Si ces attaques constituent une arme utile pour les républicains, elles ne suffiront probablement pas, à elles seules, à éviter au parti des pertes lors des prochaines élections de mi-mandat. »
Les démocrates, faut-il le rappeler, sont favoris pour remporter la majorité des 435 sièges à la Chambre des représentants. Et, avec quatre sièges de plus – sur un total de 35 en jeu – ils deviennent majoritaires au Sénat.
L’histoire va-t-elle se répéter ? Donald J. Trump ne le dit pas, mais il a ces mots : « Je vais être destitué. Ils vont me destituer. »
Le compte à rebours a-t-il commencé ?
(1) https://www.lostintheusa.fr/2016/09/14/pourquoi-ane-elephant-emblemes-democrates-republicains/
(2) https://www.nytimes.com/2026/08/16/us/politics/democratic-party-tea-party-moment.html


