À propos de l'auteur : Rudy Le Cours

Catégories : Économie, Québec

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Capture d’écran

Le Québec frappé davantage par la guerre commerciale.

Rudy Le Cours

Entre une diminution des services publics ou un alourdissement du fardeau fiscal, que choisissez-vous?

Voilà le dilemme cornélien que refusent de poser clairement les partis politiques qui se disputent nos voix, ces jours-ci.

La population du Québec fait pourtant face à cette douloureuse éventualité. Mince consolation, un remède de cheval ne sera pas forcément nécessaire, à condition de ne pas laisser le mal s’aggraver.

De quoi le Québec souffre-t-il au juste ? En un mot : d’usures.

Usure du pouvoir, clameront tout de go les chefs des quatre partis d’opposition. Même la première ministre Christine Fréchette ne le nie pas en faisant tout pour s’affranchir des quatre années où elle a fait partie du gouvernement de François Legault.

Après huit ans de la Coalition avenir Québec aux commandes, pareil constat est à la fois plausible, mais surtout facile.

En fait, le Québec tout entier montre des signes de fatigue depuis un an et demi, lui qui brillait naguère au sein de la fédération canadienne.

Une économie qui stagne

Au printemps encore, on a craint que l’économie canadienne traverse une légère récession technique, caractérisée par deux trimestres d’affilée de recul de la production (le PIB réel). L’expansion avait fléchi un brin à l’automne et fait du surplace durant l’hiver, selon les premières données de Statistique Canada. Elles ont depuis été révisées à la hausse pour le début de l’année et montré une robuste expansion, au printemps. Bref, le terrible mot en R ne s’est pas matérialisé.

Ce qui s’est avéré à l’échelle du Canada ne s’est toutefois pas reflété dans sa société distincte. Depuis janvier 2025, la taille de l’économie rapetisse. Daren King, économiste à la Banque Nationale, calcule même que le PIB réel mesuré par industrie s’est aminci de 0,6% au Québec alors qu’il a épaissi de 1,4%, d’un océan à l’autre, malgré notre perte de poids économique durant ces quelque 18 mois (1).

On a déjà oublié que le Canadien nous avait épaté durant les séries éliminatoires, et qu’il a stimulé nos dépenses de consommation. En font foi les bonds de 1,8 % des industries de l’information et de 1,4%  des services d’hébergement et de restauration au printemps. Faute de coupe Stanley, les exploits de la sainte Flanelle auront animé quelque peu l’activité économique.

En revanche, on n’est pas prêt d’oublier la guerre commerciale qui frappe le Québec davantage que toute autre province. On estime à 11 % le taux tarifaire effectif moyen sur nos exportations vers les États-Unis, lesquelles comptent pour près des trois-quarts de nos livraisons internationales (voir le graphique). 

La paix n’est pas à portée de vue et le statu quo ante, une pure illusion.

Une population active qui diminue

On a longtemps bombé le torse en comparant le taux de chômage du Québec à celui de l’ensemble du Canada. En fait, on n’a pas compris qu’il s’agit d’un leurre.

Si le Québec compte peu de chômeurs, c’est que sa population en âge de travailler, soit la cohorte des 15-64 ans, se dépeuple, alors qu’elle gonfle à l’échelle canadienne.

Selon les données de l’Enquête sur la population active en août (2), la population active canadienne, celle qui détient ou se cherche un emploi, a augmenté de 86 000 personnes en un an. 

Au Québec, elle a plutôt baissé de 74 700. Ce chiffre reflète à la fois une diminution de 24 900 personnes âgées de 15 ans et plus (décédées ou émigrées) et le retrait de 49 800 personnes du marché du travail, avant tout parce qu’elles préfèrent savourer leur âge d’or.

Durant la même période, le nombre d’emplois a augmenté de 216 500 d’un océan à l’autre, en dépit de la perte de 51 100 emplois au Québec.

Bref, la Belle Province est désormais à la traîne, tant dans l’activité économique, que dans le bassin de personnes prêtes à travailler ou dans le nombre d’emplois créés.

Tout cela, alors que sa population vieillissante pèse davantage sur les services de santé et sociaux.

Le malaise à aborder froidement cet enjeu durant cette campagne électorale, lorsqu’il est question d’immigration, présage des lendemains qui déchantent.

Des finances publiques saines mais fragiles

À quelques jours des élections, la vérificatrice générale du Québec a jugé plausibles les hypothèses du ministre des Finances relatives au cadre financier du gouvernement (3). Elle n’en a pas moins souligné que le prochain gouvernement devra trouver 1,85 milliard pour réaliser son retour à l’équilibre budgétaire, en dépit du régime minceur (discipliné, rigoureux ou austère, à vous de choisir) prévu pour atteindre cette cible. Traduit en termes comptables, cela signifie une augmentation des dépenses limitée à 2,3 % par année d’ici 2030, jumelée à une croissance annuelle moyenne des revenus de 3,7 %.

Le premier pourcentage a de quoi faire sourciller les esprits lucides qui gardent le souvenir douloureux du gouvernement de Philippe Couillard et de son as du sabre Martin Coiteux. 

Le deuxième pourcentage semble modéré, à première vue. Il est fondé sur l’hypothèse d’une croissance réelle de l’économie de 1,1 % et d’une croissance mesurée en dollars courants de 3,5 %, qu’on appelle le PIB nominal dans le jargon économique et financier.

Il correspond grosso modo au PIB réel auquel on ajoute l’inflation (4). Il représente la meilleure approximation de l’assiette fiscale, c’est-à-dire de ce que l’État peut taxer. 

Si la projection de l’inflation est réaliste, il en va autrement de celle de la croissance du PIB réel qui, au mieux, devrait stagner, compte tenu de ce qui précède, avant même de prendre en compte l’aggravation de la guerre commerciale. Notre voisin irritable adore nous marcher sur les pieds.

Une dette bien financée

Là où le Québec demeure dynamique, c’est sur le marché des emprunts où il finance sa lourde dette. Cette année encore, il parvient à se trouver du crédit plutôt avantageusement.

Ainsi, en mai dernier, il a pu recueillir près de 700 millions pour une durée de 30 ans au taux de 4,725 % (5). À cette date, il en coûtait 5,03% à Washington pour financer une partie de sa dette colossale, pour la même durée (6).

Quelques jours après, il a réussi un nouvel emprunt de même durée avec encore une fois un écart favorable par rapport au taux que devait consentir le Trésor américain à ses prêteurs.

Bien sûr, si cela est possible, c’est avant tout grâce à la note de crédit triple A du gouvernement du Canada. Les prêteurs fixent les coûts d’emprunt des provinces à partir de ceux du Canada auxquels ils ajoutent une prime de risque. Si les finances publiques du Canada devaient se détériorer, les prêteurs seraient plus exigeants pour financer la dette et les déficits du Québec.

Quoi qu’il en soit, financer la dette coûte plus cher dans un contexte de montée des taux d’intérêts. Les besoins quasi insatiables de capitaux des développeurs d’intelligences artificielles créent beaucoup de demande sur les marchés obligataires: les prêteurs s’en frottent les mains. 

Le service de la dette, incompressible celui-là, est appelé à peser toujours plus lourd dans les dépenses publiques.

Par bonheur, Québec a pris de l’avance dans son programme d’emprunts, sachant qu’il ne solliciterait pas ses prêteurs peu avant et durant une campagne électorale.

Son dernier emprunt remonte au 7 août. À cette date, il avait déjà comblé 68,7 % de ses besoins d’argent pour l’exercice 2026-2027. L’an dernier, à pareille date, c’était plutôt 55,15 % (7)

Malgré le doigté de l’équipe qui gère la dette, on doit s’attendre à payer plus cher quand le Québec se présentera à nouveau devant ses créanciers, plus tard cet automne, pour compléter son programme d’emprunts.

Le grand tabou

On le voit, le prochain gouvernement héritera d’une situation budgétaire serrée. Il devra néanmoins réparer des infrastructures scolaires, hospitalières et routières usées, organiser la résistance aux assauts imprévisibles d’une guerre commerciale tout en nourrissant l’espoir d’une vie meilleure. 

Tout un programme qui doit de surcroît reposer sur une économie avec peu de ressorts qu’il faudra stimuler par des investissements judicieux et des ajustements fiscaux qui ne sont pas synonymes d’allègements.

Jusqu’ici, on propage plutôt la pensée magique : sabrer dans la fonction publique sans réduire les services, donner plus de place encore au secteur privé pour acquitter les missions de l’État en laissant miroiter que ce sera moins cher.

On parle même de baisse des impôts sur les revenus des particuliers (les conservateurs) ou des PME (péquistes, libéraux et fréchettistes).

Jusqu’ici, seul Québec solidaire a osé parler d’un nouvel impôt de 1 % sur le patrimoine de 25 millions et plus et de 2 % au-delà de 100 millions.

Cette mesure est aussi préconisée par Bernie Sanders aux États-Unis et par Gabriel Zucman en France. Pareil impôt n’existe que dans une poignée de pays et on imagine mal de le mettre en place dans une seule province.

Si elle fait rager ou trembler les plus fortunés, elle serait difficile à appliquer, compte tenu de la mobilité des capitaux et de l’ingéniosité des avocats fiscalistes à créer des sociétés écrans. 

Majorer le taux d’inclusion sur les gains en capital, comme l’avait prévu Christia Freeland dans le gouvernement de Justin Trudeau serait beaucoup plus simple, mais politiquement moins sexy. Surtout que le populaire Mark Carney a annulé la mesure.

Faute de mieux, le Québec doit s’attendre à porter aux commandes un gouvernement qui le pilotera à vue, sans cap précis. À un point tel qu’il devra peut-être changer de timonier dans peu de temps. 

Quand l’horizon est agité, même les forces les plus vives s’usent rapidement. Que dire de toutes les autres ?

 

 

 

1- https://www.bnc.ca/content/dam/bnc/taux-analyses/analyse-eco/nouvelle-eco/nouvelles-economiques-pib-qc.pdf 

2- https://www150.statcan.gc.ca/n1/daily-quotidien/260904/dq260904a-fra.htm?HPA=1&indid=3587-2&indgeo=0

3- https://www.vgq.qc.ca/Fichiers/Publications/rapport-preelectoral/220/26_RPE_WEB.pdf

4- Plan budgétaire 2026-2027, section E

5- https://cdn-contenu.quebec.ca/cdn-contenu/adm/min/finances/publications-adm/Emprunts/FR/EMPFR_Quebec_2026-2027.pdf

6- https://www.cnbc.com/quotes/US30Y

7-https://cdn-contenu.quebec.ca/cdn-contenu/adm/min/finances/publications-adm/Emprunts/FR/EMPFR_Quebec_2025-2026.pdf

Un commentaire

  1. MONIQUE LABERGE 27 septembre 2026 à 6:06 pm-Répondre

    Bon article, Rudy, talent de vulgarisateur reconnu!

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