Entre une diminution des services publics ou un alourdissement du fardeau fiscal, que choisissez-vous? Voilà le dilemme cornélien que refusent de poser clairement les partis politiques qui se disputent nos voix, ces jours-ci. La population du Québec fait pourtant face à cette douloureuse éventualité. Mince consolation, un remède de cheval ne sera pas forcément nécessaire, à condition de ne pas laisser le mal s’aggraver. De quoi le Québec souffre-t-il au juste ? En un mot : d’usures.
Après avoir misé et perdu gros dans la filière batteries, le Québec choisit de passer son tour devant la relance du nucléaire dans laquelle le Canada entend tirer son épingle du jeu. Le rapport dévastateur de la vérificatrice générale Christine Roy à l’endroit du tandem formé des comptables François Legault et Pierre Fitzgibbon a déjà été largement commenté. Qu’il suffise d’ajouter qu’on compte moins prudemment avec l’argent des autres qu’avec le sien.
Une superpuissance énergétique, soit ! Mais sommes-nous prêts à en payer le prix ?
Le Canada dispose de tous les atouts pour atteindre ce statut. Quatrième producteur mondial de pétrole, cinquième de gaz naturel, il est aussi le deuxième producteur d’uranium, tout juste derrière le Kazakhstan. Le Canada exploite de plus des mines de charbon, destiné à la fois à la production d’électricité (la houille blanche) qu’à la production d’acier dont il est une composante essentielle.
Le retour des beaux jours vous fait déjà rêver d’un épi de blé d’Inde chaud à croquer à belles dents par un beau et tiède soir d’été ? Rien de plus normal. Ce qui l’est beaucoup moins en revanche, c’est de devoir payer davantage cette année pour s’offrir ce plaisir estival, jusqu’ici à la portée de toutes les bourses ou presque. L’an prochain, le maïs pourrait même devenir un aliment de luxe, si la situation ne change pas bientôt du tout au tout. L’agression israélo-américaine qui paralyse le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz a entraîné une poussée des prix du pétrole et du gaz naturel. Pour les agriculteurs, l’essence et surtout le diesel sont des intrants de prime importance, surtout durant la présente saison des semis.
La dernière mouture du gouvernement caquiste n’y peut rien changer : le Québec traverse un passage à vide. Panne de croissance, finances publiques sans marge de manœuvre et décroissance démographique. Pour couronner le tout, un gouvernement usé et à court d’idées et de moyens susceptibles de redynamiser une société qui ne demande pourtant que ça.
La gestion de l’offre de la volaille, des œufs et avant tout du lait pourrait être sacrifiée sur l’autel de la renégociation de l’Accord Canada États-Unis Mexique (ACEUM) dans le but de sauver l’industrie automobile canadienne, craignent ses plus ardents défenseurs. Sans refonte profonde, toutefois, elle va s’effondrer tôt ou tard, anticipent quelques Cassandre bien au fait des défis de l’industrie laitière. Chose certaine, le statu quo coûte cher aux consommateurs, une réforme n’est possible qu’à gros prix et son abolition entraînerait faillites d’entreprises familiales fermières et fermetures de villages. Entre plusieurs maux, comment choisir le moindre et, surtout, quel est-il ?
Le président de la Réserve fédérale américaine (FED) Jerome H. Powell et son successeur désigné Kevin Warsh ont beaucoup en commun. Ce sont d’abord des avocats d’affaires plutôt que des économistes. Cela peut paraître inusité à première vue, mais ce n’est pas si extraordinaire. La présidente de la Banque centrale européenne Christine Lagarde n’est-elle pas, elle aussi, une avocate qui, de surcroît, a été à la tête du Fonds monétaire international, autre sanctuaire d’économistes ?
Avant d’aller faire un discours surtout jugé réaliste à Davos et un autre qualifié au minimum de révisionniste à Québec, le premier ministre canadien, Mark Carney, était allé à Pékin signer un accord commercial avec la Chine. En résumé, le Canada sera plus ouvert aux autos électriques chinoises en retour d’une plus grande ouverture du marché chinois à certains produits agricoles canadiens. Ou le contraire.
La nouvelle doctrine « Donroe » ranime les velléités impérialistes de Washington sur l’ensemble du continent américain. Elle doit être prise avec le plus grand sérieux par le Canada et par le Mexique, son amigo dans le traité de libre-échange qui lie leurs deux économies à celle des États-Unis. La capture par Washington des ressources pétrolières du Venezuela menace toutefois moins le Canada et sa riche industrie pétrolière qu’une conclusion désavantageuse de la renégociation de l’Accord Canada-États-Unis-Mexique qui s’amorce en principe cette année. À moins que … à moins que les États-Unis choisissent d’y mettre fin, comme le permet le traité, avec à la clé une nouvelle salve de droits de douane.
Malgré ses cris d’orfraie, Québec reste passif devant le déséquilibre fiscal entre Ottawa et les provinces, déséquilibre qui grève pourtant ses finances publiques. Dans sa mise à jour budgétaire automnale, présentée à la fin du mois dernier, le ministre Eric Girard s’est bien gardé de saisir la perche pourtant tendue par le gouvernement de Mark Carney. Durant la campagne fédérale, les libéraux avaient pris deux engagements financiers de grande importance. Le premier allait annuler la mesure annoncée dans le dernier budget de la ministre des Finances de l’époque Christia Freeland : porter de 50 à 66 % le taux d’inclusion du gain en capital sur le revenu imposable. Le second diminuait d’un point de pourcentage le taux d’imposition du premier palier du revenu imposable, soit celui inférieur à 57 375$.

