À propos de l'auteur : Jean Dussault

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Jean Dussault

Avant d’aller faire un discours surtout jugé réaliste à Davos et un autre qualifié au minimum de révisionniste à Québec, le premier ministre canadien, Mark Carney, était allé à Pékin signer un accord commercial avec la Chine.

En résumé, le Canada sera plus ouvert aux autos électriques chinoises en retour d’une plus grande ouverture du marché chinois à certains produits agricoles canadiens.

Ou le contraire.

Cela n’est pas inexact, mais la question est beaucoup plus grande. Donc sa réponse aussi.

Protectionnisme vs libre-échange

Les réactions audit accord font écho au débat irrésolu entre le protectionnisme et le libre-échange.

Grosso modo, des producteurs agricoles canadiens sont ravis de cet accès plus grand à l’immense marché chinois, alors que le premier ministre ontarien Doug Ford a dénoncé une menace à l’industrie automobile essentielle à sa province.

Comme il arrive souvent en économie, comme dans d’autres sujets dans la vie, les deux opinions opposées sont justifiées.

Et aussi petit soit-il dans le grand portrait des échanges économiques planétaires, le Canada est un microcosme dangereusement parfait de l’ambiguïté sur les options.

Souvenirs, souvenirs

Il fut un temps où l’industrie du textile était un très important employeur au Québec. Drummondville, Granby, Magog, Sherbrooke, Coaticook tissaient à plein.

Dans des conditions souvent misérables, tel que démontré dans le film On est au coton de Denys Arcand en 1970.

La Révolution tranquille allait porter ses fruits là aussi et les travailleurs du textile sont devenus les mieux rémunérés dans ce secteur. (1) Cela ne signifie pas qu’ils sont devenus riches, mais cela a convaincu les entreprises d’aller exploiter du monde ailleurs.

S’il s’est trouvé une bonne partie de la population pour trouver la manœuvre franchement abjecte, d’autres ont salué et même applaudi l’accès promis à des vêtements moins chers parce que fabriqués moins chers.

Bêtement résumé, la perte du salaire de la tante préférée allait être compensée par des robes plus abordables pour toutes les femmes et les filles de la famille alors nombreuses. idem pour les pantalons des hommes et des garçons.

Le bonheur pécuniaire pour le plus grand nombre, la définition rêvée du libre-échange.

Aujourd’hui, aujourd’hui

Le parallèle avec le récent accord partiel entre le Canada et la Chine est évident : nombre de Québécois et de Canadiens ont, tiens, tiens, salué et même applaudi l’arrivée prochaine d’autos plus abordables sur le marché; ont dit espérer que cela forcera les compagnies d’ici, bonjour Doug Ford, à répondre à la saine concurrence en offrant plus de véhicules de meilleure qualité à plus bas prix.

Moins de gens ont pleuré sur le sort des travailleurs modernes de l’auto que sur celui des anciennes travailleuses du textile.

Pourtant, la logique est implacablement identique. Bis : c’est celle du bonheur pécuniaire pour le plus grand nombre, la définition rêvée du libre-échange.

Et, c’est ainsi, devant une auto moins chère, un Ouïghour ne pèse pas lourd dans une balance commerciale.

L’ALE

Le président américain, Ronald Reagan, et le premier ministre canadien, Brian Mulroney, ont conclu en 1984 l’Accord de libre échange. De façon générale et généralisée, les syndicats s’y sont opposés.
En faisant campagne sur la signature de l’ALE, les Progressistes conservateurs de Mulroney ont remporté une éclatante victoire à l’élection de 1988 : les Canadiens ont élu un deuxième gouvernement bleu d’affilée pour la première fois en 35 ans.

Le libéralisme économique a alors gagné.

L’ACEUM

Les négociations pour renouveler l’Accord Canada-États-Unis-Mexique qui a suivi l’ALE, se feront sous le protectionniste Donald Trump, un homme convaincu que tout pays qui vend plus aux États-Unis qu’il n’y achète exploite son pays. Son pays !

Que la qualité de la production américaine dans certains secteurs soit moins bonne que celle d’ailleurs, et/ou que les prix états-uniens soient parfois plus élevés que ceux d’ailleurs sont des possibilités que l’homme d’affaires ignore.

Ou fait semblant d’ignorer.

Ce chantre des libertés individuelles déteste que des Américains achètent ce qu’ils veulent ailleurs qu’aux États-Unis.

Jeux divers

L’homme aime jouer avec la vérité et la réalité et il ne s’empêtre pas dans la cohérence.

Quand le Canada et la Chine ont conclu il y a un mois leur accord partiel, le locataire/propriétaire de la Maison Blanche a marmonné que c’était tout à fait normal.

Puis quand, à Davos, Mark Carney a rappelé quelques réalités des hégémonistes, Trump s’est senti visé et il a menacé le Canada de tarifs punitifs de 100 % s’il concluait un accord de libre-échange avec la Chine. Ce qui n’est pas plus dans les intentions du Canada que dans celles de la Chine.

Comme si Trump ne veut pas que ses citoyens magasinent à l’étranger, mais qu’il insiste pour que ses voisins achètent exclusivement dans son pays.

C’est à se demander comment il se fait que Trump, qui aime beaucoup être vu, n’est pas ces jours-ci sur la patinoire du Forum Mediolanum de Milan.

Son plus récent double axel avec triple vrille sur une glace mince lui aurait sûrement rapporté au minimum une médaille de bronze.

Que Trump aurait vite qualifiée de médaille d’or.

 

 

(1) https://ingeniumcanada.org »fr » le-réseau »articles » remonter-le-fil-la-breve-histoire-de-l’industrie-du-textile-au-Canada

 

 

 

 

 

 

 

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