À propos de l'auteur : Antoine Char

Catégories : International

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Capture d’écran

Antoine Char

«Tu n’es vraiment qu’un tas de m… ! » Amanda Robbins est dépitée. Elle a pourtant voté trois fois pour Donald Trump. « Je suis une idiote », lançait en mars dernier cette Pennsylvanienne à NBC (1). Des propos, parmi d’autres, annonciateurs des fractures entre le mouvement MAGA et son fondateur milliardaire à la tête d’un Parti républicain rejeté, sans grande surprise, le 3 novembre.

Ce même mois, mais un an plus tôt, Marjorie Taylor Greene était photographiée portant une casquette rouge sur laquelle était inscrit : « Trump was right about everything ! » ( « Trump avait raison sur tout ! » ), alors que le président s’adressait au Congrès.

Le 5 janvier dernier, l’égérie de la droite radicale républicaine démissionnait de la Chambre des représentants pour condamner la gestion de « son » président dans l’affaire Epstein. En septembre, deux mois avant les « midterms » elle prédisait ceci : « MAGA est mort ! ». Vraiment ? Comme le fut le cas du Tea Party, né en 2009 et enterré cinq ans plus tard ? L’expression , faut-il le rappeler, est un clin d’oeil aux colons américains qui, à Boston en 1773, avaient jeté la cargaison de bateaux britanniques remplis de thé. « No taxation without representation », leur slogan bien connu, reste toujours collé à l’imaginaire américain.

Pour beaucoup, MAGA est un avatar de ce mouvement populiste ultraconservateur qui lors des élections de mi-mandat de 2010, avait remodelé le Congrès et permis aux républicains de dominer pendant une décennie les assemblées législatives d’une trentaine d’États.

Dans les deux cas, tout candidat républicain dans le paysage fragmenté américain doit tenir compte des exigences radicales des militants ultraconservateurs qui sont pour une intervention minimale de l’État, des baisses d’impôt, des coupes claires dans les dépenses et le respect de la doctrine isolationniste en tournant le dos aux interventions étrangères.

Une différence majeure cependant, « le Tea Party était principalement motivé par l’hostilité envers l’ancien président Obama. Il n’a jamais eu de leader charismatique dont la notoriété aurait constitué une force motrice en soi, pour le meilleur ou pour le pire. Le mouvement MAGA actuel est, quant à lui, essentiellement défini par Trump. Son avenir, à court comme à long terme, dépendra largement de lui ». (2)

Six mois avant les élections du 3 novembre, 62 % des électeurs républicains de base s’identifiaient encore comme MAGA, contre 38 % quatre ans plus tôt, selon des données de l’Institut Brookings.

Trump a toujours trouvé de la « viande rouge » pour l’inscrire au menu de MAGA. Sa gestion musclée de l’immigration est sans aucun doute son « plat de résistance ». Quant aux  « meilleurs emplois, les salaires les plus élevés et l’avenir économique le plus prometteur que le monde ait jamais connu » promis lors de sa campagne électorale de 2024, ils se font toujours attendre et si ses « fidèles » commencent à s’impatienter ils ne lui tournent pas encore vraiment le dos. Reconnaître que l’on s’est trompé n’est pas toujours facile.

Énorme boîte à surprise

En clair, pas de MAGA sans Trump. Mais voilà, le locataire de la Maison-Blanche a beau être depuis le 3 novembre un « lame duck president », le « canard boiteux » est une énorme boîte à surprise. À l’instar de nombreux présidents ayant vu leur parti mordre la poussière aux « mid-terms », se repositionnera-t-il au centre  en tournant le dos à sa base ?

Il a dans son sac, plus d’un tour. Et si l’ère post-Trump a bel et bien commencé, le 45 et 47e président sait, plus que quiconque, revenir d’entre les morts.

Avant d’être enterré politiquement « Trump et ses acolytes ont tout le loisir de se reconstruire. Il exerce toujours une emprise ferme sur le pouvoir exécutif. Il a réussi à placer des fidèles à des postes clés, prêts à bafouer la loi, à contourner le Congrès, etc.», croit Anne Kim, du Washington Monthly. (échange de courriel)

De plus, pour la rédactrice en chef du bimensuel de centre gauche, « la Cour suprême s’est montrée plutôt encline à accepter l’idée que Trump soit un exécutif   » suprême  » doté d’une autorité relativement illimitée. Il peut causer beaucoup de dégâts et continue de capter l’attention sur les réseaux sociaux, etc. L’écosystème médiatique de droite est plus extrême que jamais. S’il a pris ses distances avec Trump, ce n’est pas parce qu’il rejette le slogan MAGA. Au contraire, bon nombre réclament des mesures encore plus sévères, notamment des expulsions massives.

« Les démocrates et les opposants à Trump ne disposent pas encore d’une alternative crédible à la vision MAGA. Ils y travaillent, mais les causes profondes de l’essor de ce mouvement n’ont pas été résolues. L’insécurité économique a engendré le MAGA et s’est même aggravée. Si les démocrates ne parviennent pas à trouver rapidement une solution pour améliorer concrètement la vie des Américains, le populisme xénophobe ne lâchera pas prise sur le pays. »

Et ce populisme trouvera toujours un quelconque canal politique pour s’exprimer, comme on le voit un peu partout en Occident. Plus que jamais, la modération n’a jamais eu bon goût. Et toutes les fois qu’un mouvement voit le jour contre notamment les « élites », l’ « État profond », l’immigration, le multiculturalisme et la mondialisation économique qui « fait mal aux petites gens », il fait sourciller avant d’être pris au sérieux en devenant une véritable identité politique.

Slogan repris de Reagan

Ce fut le cas lorsque Trump a repris le « Let’s Make America Great Again » de Ronald Reagan, alors candidat républicain en 1980 contre le président démocrate Jimmy Carter. La variante, reprise également par Bill Clinton en 1992, l’a propulsé à la Maison-Blanche en 2017, à la surprise générale et au grand dam de la candidate démocrate Hillary Clinton qui avait qualifié les membres de MAGA de « ramassis de déplorables ».

Par ailleurs, même avec la raclée des républicains, Seth Masket, professeur de science politique à l’Université de Denver et auteur de The Elephants in the Room : How Trump Voters Seized the Party From Republican Leaders, ne pense pas que Trump perde son emprise sur « son » parti.

« Il sera critiqué pendant un certain temps, certes, mais il restera la figure dominante des primaires républicaines et pourra toujours décider du maintien en poste des élus républicains ou de leur affrontement avec un adversaire sérieux. Je ne crois pas que l’emprise de Trump sur le parti prenne fin avant sa mort. À ce moment-là, l’aile populiste du parti qu’il a placée à sa tête existera toujours (et pourrait même encore s’appeler MAGA), mais elle n’aura plus la même influence qu’aujourd’hui. Il y aura des années de compétition lors des primaires entre les candidats MAGA et les conservateurs plus traditionnels et, contrairement à aujourd’hui, il est impossible de prédire qui l’emportera ». (échange de courriel)

Todd Starnes, auteur de The Golden Age: How Trump Saved America croit lui « sincèrement que certains éléments du mouvement MAGA survivront à l’ère post-Trump, mais je pense qu’il faut se préparer à une véritable guerre civile au sein du Parti républicain après les élections de mi-mandat ». (3)

Si Donald J. Trump est désormais radioactif pour un certain nombre de républicains, il ne l’est pas encore vraiment pour son mouvement qui, bien que loin d’être homogène, croit encore en lui (même si dans sa guerre contre l’Iran le détroit d’Hormuz devient Hormone Straight ou encore Hormuz Street), à son idéologie du virilisme, à ses récits complotistes et pourrait très bien lui survivre car la bataille politique aux États-Unis est aussi et surtout une bataille culturelle.

Dans cet univers, gravite la droite religieuse pour qui le locataire de la Maison- Blanche est un personnage biblique malgré ses nombreux travers, les « anti-woke », et les libertariens notamment. Ils veulent tous vivre dans le monde qu’ils chérissent. Alors, un MAGA 2.0 ?

 

 

(1) https://ca.news.yahoo.com/three-time-trump-voter-rages-013942645.html

(2) https://wamu.org/story/22/05/21/trumps-maga-is-marching-down-a-trail-blazed-by-the-tea-party/

(3) https://cbs4local.com/news/nation-world/can-maga-survive-beyond-trump-todd-starnes-weighs-in-on-gop-divisions-and-2028-contenders-golden-age-make-america-great-republican-party-midterm-elections-marco-rubio-aoc-politics-congress-white-house?teaserSource=trending

 

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