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Claude Lévesque
Les familles vivent presque toutes dans les ruines ou sous des bâches. Les enfants sont privés d’instruction car les écoles ont toutes été détruites. Les hôpitaux et les cliniques ont tous été endommagés. La malnutrition est omniprésente, la famine a même été déclarée le 22 août 2025.
Les Gazaouis ont donc besoin, de toute urgence, de tentes solides et d’appareils de chauffage à l’approche de l’hiver, d’eau potable, de nourriture, de médicaments, de prothèses et autres fournitures médicales, ainsi que d’écoles, fussent-elles temporaires.
En somme, les besoins sont immenses et l’aide humanitaire ne devrait pas être entravée par des considérations politiques, répètent les intervenants. Elle l’est malheureusement : tracasseries aux points de passage, fragilité d’un cessez-le-feu violé par des parties qui s’accusent mutuellement … La quasi-totalité des organisations vouées à l’aide humanitaire pressent les autorités israéliennes de permettre l’acheminement massif et sans entrave des secours.
« Dans le sud de Gaza, plus d’un million de personnes déplacées sont toujours contraintes de survivre sur une minuscule parcelle de terre et dans des conditions de vie dangereuses », notait Médecins sans Frontières en octobre. « Outre la destruction massive des infrastructures civiles et du système de santé par les forces israéliennes, ce déplacement crée un terrain propice à la propagation des maladies », poursuivait l’organisation.
La situation humanitaire dans l’enclave s’est considérablement détériorée lorsqu’Israël a rompu, le 18 mars 2025, un précédent arrêt des hostilités, qui avait été en vigueur depuis janvier de cette même année.
La bonne nouvelle, c’est que les volumes d’aide ont « sensiblement augmenté » depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu-le 10 octobre, comme l’a constaté l’Organisation des Nations unies fin octobre.
Une goutte dans l’océan
Tom Fletcher, le chef de l’OCHA, déclarait : « C’est un véritable progrès, mais c’est une goutte d’eau dans l’océan. C’est seulement le début de ce que nous devons faire. » M. Flesher avait fait plus tôt état d’un « plan massif » de 60 jours pour intensifier l’approvisionnement alimentaire visant à distribuer un million de repas par jour et à commencer à reconstruire le secteur de la santé et à installer des tentes.
L’autre bonne nouvelle, c’est que les pillages de convois humanitaires auraient diminué considérablement, de même que les fusillades qui étaient attribuées à des soldats israéliens, à des mercenaires à l’emploi de la Gaza Humanitarian Foundation ou à des gangs criminalisés.
Le 23 octobre, MSF a pu rouvrir un certain nombre de cliniques et d’unités de soins au sein des hôpitaux de Gaza, que ses employés avaient dû quitter devant l’assaut donné contre la principale ville de l’enclave un mois plus tôt. L’ONG a également pu livrer quelques dizaines de milliers de litres d’eau potable dans cette ville presque entièrement réduite à l’état de gravats.
Dans un échange de courriels, En Retrait a demandé à la Dre Sandra Smiley, membre du conseil d’administration de Médecins sans frontières Canada, de commenter la situation.
Quelles sont les priorités de l’aide humanitaire dans l’enclave de Gaza ? Israël montre-t-il des signes qu’il laissera entrer l’aide massivement et sans entraves comme le réclament les ONG ?
Malgré le cessez-le-feu, la population de Gaza continue de faire face à d’extrêmes souffrances. Si nos équipes constatent une légère augmentation de l’aide humanitaire qui entre dans la bande de Gaza, cette assistance n’est pas à la hauteur des besoins. La destruction entraînée par deux ans d’attaques a laissé les communautés exposées aux éléments et privées des nécessités de base. Sans une amélioration immédiate des systèmes d’eau et d’assainissement, des abris, et de la nutrition, la souffrance ne fera que s’intensifier, et davantage de personnes mourront de causes évitables. Il faut donc l’entrée sans restriction d’aide dans la bande de Gaza et une augmentation urgente de l’assistance humanitaire, y compris la nourriture et les abris adaptés aux conditions hivernales.
Israël permet-il l’évacuation vers d’autres pays des cas les plus lourds pour qu’ils soient soignés ?
Si les évacuations médicales depuis Gaza ont repris fin octobre, le nombre d’évacuations qui s’effectuent n’est pas suffisant pour répondre aux besoins. L’Organisation mondiale de la santé estime à 15 600 le nombre de patients dans la bande de Gaza qui ont besoin d’une évacuation médicale, dont 3 800 enfants. Parmi ces patients se trouvent des personnes souffrant de traumatismes complexes causés par des balles et des fragments de bombes, et vivant avec des maladies potentiellement mortelles, comme le cancer ou l’insuffisance rénale. Le système de santé gazaoui, affaibli par le blocus et deux ans de guerre génocidaire, n’est pas en mesure de prendre en charge ces patients. Sa reconstruction prendra beaucoup de temps, ce que ces patients n’ont pas : tragiquement, plus de 700 patients ont déjà perdu la vie en attendant une évacuation médicale. MSF appelle les gouvernements internationaux à soutenir et à accueillir des personnes pour qui l’évacuation médicale est nécessaire. Les autorités israéliennes, pour leur part, doivent permettre à ces patients de se déplacer pour accéder aux traitements dont ils ont besoin, tout en garantissant leur droit au retour à Gaza.
Assiste-t-on à une «fatigue des donateurs» vu les autres crises: Soudan, Afghanistan, Haïti, pour ne mentionner que ces exemples, considérant aussi que les pays réduisent leurs budgets d’aide à l’étranger ?
La crise à Gaza se déroule sur fond d’un niveau de besoins humanitaires mondiaux sans précédent. Au même moment, certains bailleurs de fonds internationaux réduisent leur soutien à la santé et à l’assistance humanitaire. Le Canada a été par le passé un chef de file mondial dans la défense des personnes dans les situations de crise. Malheureusement, avec l’annonce d’une réduction de 2,7 milliards de dollars de l’assistance internationale dans son nouveau budget, le Canada a rejoint d’autres grands donateurs internationaux qui ont déjà opéré des coupes dans leurs budgets d’assistance.
Que la fatigue des donateurs y joue un rôle ou pas, cette situation ne doit pas devenir la norme. En générale, MSF n’est pas directement affectée par les coupes budgétaires, car plus de 97 % de notre financement provient de dons privés. Nous pouvons donc continuer à fournir des soins médicaux humanitaires d’urgence dans les endroits où il y en a le plus besoin. Mais à travers leur travail dans les contextes humanitaires, nos équipes voient de près comment les récentes coupes ont privé certaines communautés du soutien dont elles ont besoin. Sans un renversement de cette tendance à la baisse du financement, beaucoup plus de personnes risquent de mourir dans les crises humanitaires. C’est pourquoi nous continuons à demander au gouvernement canadien d’augmenter son soutien financier au système humanitaire international.

Sandra Smiley


