L’Histoire ressemble parfois à une série de portes qui coulissent, certaines ouvrant sur des lieux dont la vue suscite l’étonnement quand l’image que révèle une simple archive photographique ne correspond pas à ce que nous savons ou croyons savoir d’un site connu de tous.
À la vue de cette « Femme lisant » (Alexsei et Sergei Tkachev), l’historien Patrick Cabanel aurait pu lui chuchoter que « nous avons besoin de livres et de pierres », compagnons des lieux que nous habitons et qui nous habitent. Une façon de dire que les maisons qu’on habite sont plus que des constructions en dur : des édifices mémoriels où l’on pénètre sans savoir si on en ressortira un jour. Ainsi vont certaines lectures.
Tant de choses ont été écrites sur la Seconde Guerre mondiale que le sujet semble usé à l’os. Surgissent tout de même parfois des ouvrages dont le propos nous étonne encore. Ainsi en est-il de celui d’Emmanuel Droit dont le titre à lui seul mérite qu’on s’y attarde.
S’approprier un livre, c’est aussi garder la mémoire des mots qu’il renferme. D’où cet article qui – pour en mieux transmettre le propos – met à profit ceux même d’Olivier Weber dans « Massoud, le rebelle assassiné ». Ce livre – écrit pour ne pas oublier un homme de courage – est un texte bref qui magnifie la grandeur de celui qui rêvait de désapprendre à faire la guerre.
La conquête de l’Ouest, grand moment fondateur du mythe américain blanc, a toutes les allures d’un génocide. Suffit de mentionner que : « En 1890, selon le Bureau du recensement des États-Unis, il ne restait qu’un peu moins de 200 000 Indiens sur une population qui en avait sans doute compté plus de 20 millions à l’arrivée des Européens. » [1]. Dans Notre cœur bat à Wounded Knee, David Treuer, un Indien Ojibwé, met en évidence que, en dépit de cette politique d’effacement, le « cœur de l’Amérique indienne bat toujours, envers et contre tout ».
De l’Europe bouleversée, meurtrie, assassinée, dépouillée par les nazis, restent certaines photographies. Dont celles des spoliations. Hermann Göringau Jeu de Paume, venu à Paris choisir ses prises de guerre dans ce qui est alors le siège des œuvres d'art volées aux familles juives de France. Des soldats américains – les Monument Men lancés sur la trace de tableaux, statues, dessins, bas-reliefs – qui exhibent le butin retrouvé dans des mines abandonnées.
Depuis le lieu où ils sont nés et ont grandi, jusqu’aux années au cours desquelles ils se sont adonnés à la publicité, puis au cinéma, « en imposant tous deux un style reconnaissable, qui valorise le visuel, comme le ferait un peintre [, œuvrant]avec les même techniciens et les mêmes acteurs [, leurs]films partage[a]nt une même vision critique et désenchantée du monde »[1], tout les unit, même leur ADN.

