Partagez cet article
CIO
La nouvelle présidente du CIO, Kirsty Coventry.
Robert Frosi
C’est exactement l’annonce faite le 7 juillet 2026 par le Comité international olympique. L’instance olympique mettait fin à des années d’exclusion en intégrant de nouveau les athlètes russes en son sein. Ces derniers ont été bannis des compétitions en février 2022, quand leur armée a envahi l’Ukraine. Un geste qui avait été dénoncé aussi par le monde sportif et qui avait amené son lot de sanctions.
Le CIO, comme à son habitude, avait jusqu’ici ménagé la chèvre et le chou. Fermant les yeux sur les fédérations qui avaient décidé de réintégrer les Russes. Voyant peut-être son pouvoir sur elles s’étioler, les instances olympiques ont décidé de suivre le mouvement.
Le judo, cher au président Poutine et sa fédération internationale ont été les premiers en 2025 à accepter les Russes sans conditions. La natation, l’escrime, la boxe, le taekwondo et le handball ont décidé d’être eux aussi dans la parade.
Certaines fédérations comme le patinage, le ski ou la luge ont décidé de ne pas contrarier le tout puissant CIO et suivre ses recommandations, d’accepter les athlètes sans drapeau, uniforme ou hymne national.
Des poches de résistance demeurent et des grandes fédérations comme l’athlétisme, le football ou le hockey continuent, pour le moment, leur politique d’exclusion. Leur position n’a pas changé, tant que l’invasion de l’Ukraine perdure, les sanctions seront maintenues.
Selon les données vérifiées par l’ONU, 15 000 civils ukrainiens ont été tués depuis le début de l’invasion russe. Mais, selon des spécialistes, le chiffre pourrait être multiplié par trois ou quatre ! Dans l’armée ukrainienne, on a dénombré plus de 100 000 soldats tombés au front.
Le bilan chez les athlètes et les entraîneurs ukrainiens se chiffre à 500 morts.
Au moment d’écrire ces lignes, entre neuf et 14 civils ukrainiens meurent quotidiennement.
On peut maintenant se demander ce qui a véritablement changé depuis février 2022, sinon les morts qui s’accumulent parmi la population ukrainienne.
Dans quel monde de licornes ou d’hypocrisie vivent les dirigeants du Comité international olympique ? Quand il s’agit de signer des contrats faramineux avec des dictatures comme la Chine ou certains pays du Golfe, ils se cachent derrière les nobles valeurs du sport pour mieux faire avaler la pilule. Mais là on a encore dépassé la ligne rouge.
Encore une fois, dans les luxueux salons du palace de Lausanne, on essaie de réécrire l’histoire. Un jour, les Russes sont exclus parce qu’ils ont enfreint les règles olympiques et sans que la situation ne change, on les réintègre. Quel est le message qui est envoyé à tous les athlètes qui croient encore aux vertus olympiques ? Que les morts ne sont plus les mêmes aujourd’hui qu’en février 2022 ? Que les Russes ne sont plus aussi méchants que cela ? Qu’en les intégrant de nouveau, la guerre va se terminer comme par enchantement ? Un peu à la manière trumpienne !
Sans vouloir être complotiste, on peut se demander si ce geste lourd de symboles et de conséquences n’est pas l’œuvre et la volonté d’une seule personne, la nouvelle présidente du CIO, Kirsty Coventry. Cette dernière est Zimbabwéenne et ancienne ministre dans son pays. Un pays qui est dénoncé et sanctionné depuis plus de 20 ans par l’Union européenne et les États-Unis pour ses violations des droits humains et irrégularités électorales. En 2025, son ministre des Affaires étrangères, Amon Murwira, a signé une entente avec son homologue russe Sergueï Lavrov pour faire face aux sanctions de l’Occident. Tous les secteurs stratégiques comme l’exploitation minière, agricole, la défense ou l’énergie sont concernés.
Lors de son élection en 2025, l’un des premiers à avoir félicité chaleureusement la nouvelle présidente du CIO est curieusement celui dont les athlètes avaient été exclus du monde olympique, le président Poutine. « Les résultats du vote sont un témoignage convaincant de votre haute position dans le monde du sport et de la reconnaissance de vos remarquables succès personnels. »
Et le concert d’éloges russes ne s’arrête pas là. « Nous nous réjouissons de voir un mouvement olympique plus fort, plus indépendant et plus prospère sous la houlette d’une nouvelle dirigeante, et de voir la Russie remonter sur le podium olympique », a déclaré le ministre russe des Sports et patron du Comité olympique russe, Mikhaïl Degtiariov.
Il est besoin de rappeler ici que lors de son exclusion de toutes les compétitions sportives après l’invasion en Ukraine, la Russie avait traité le CIO de néo-nazi et de raciste !
La décision du CIO de réintégrer les Russes, alors que la situation en Ukraine se dégrade quotidiennement et que les pourparlers de paix sont dans une constante impasse, est donc aussi incompréhensible que révoltante. Sauf, si on la relie avec les liens étroits qu’entretient Kirsty Coventry avec son pays d’origine et surtout l’admiration qu’elle voue à son président Emmerson Mnangagwa. Un despote qui fait régner dans son pays un climat de terreur et de répression. Le même qui, après deux mandats de cinq ans, vient de promulguer un amendement pour rester au pouvoir encore cinq ans !
En 2024, le président du Zimbabwe avait été reçu en grande pompe par Vladimir Poutine, qui déclarait : « Je suis ravi de vous accueillir en Russie. Les relations entre la Russie et le Zimbabwe ont été établies il y a longtemps lorsque votre nation luttait pour son indépendance, et elles continuent de progresser de manière considérable. »
Le dirigeant russe, a insisté sur la croissance du commerce bilatéral en exprimant son souhait de diversifier les liens entre les deux pays.
Il faut savoir que la présidente du CIO n’a jamais dénoncé les atteintes aux droits humains encore actuelles au Zimbabwe. Lors de son élection en 2025, le président Emmerson Mnangagwa avait organisé un banquet officiel en son honneur, la présentant comme « la fierté de l’Afrique ». Les élections en 2023 qui l’ont portée au pouvoir, ont été dénoncées par plusieurs instances internationales, malgré cela, elle a maintenu sa confiance et à défendu la légitimité du gouvernement Mnangagwa. De là à penser qu’elle ne veut pas froisser son président en le dénonçant et en critiquant les liens étroits qu’il entretient avec la Russie de Poutine, il n’y a qu’un pas. La réintégration des Russes, alors que la situation en Ukraine reste inchangée, est peut-être une réponse à ce laxisme politique.


