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Christian Tiffet
Robert Frosi
Tous les quatre ans, on n’y échappe pas, la poule aux œufs d’or continue de picorer dans la grande basse-cour du monde sans jamais être inquiétée car tous les prédateurs sont largement compensés.
Le ballon rond ne roule pas de la même manière sur notre petite planète. Loin de moi l’idée de remettre en question les découvertes de Galilée, mais je veux parler ici du sport le plus pratiqué dans le monde : le football.
La Coupe du monde, le Saint Graal du ballon rond s’est terminée au Mexique, au Canada et surtout aux États-Unis. On devrait dire surtout aux États-Unis car à l’image de l’ACEUM, l’accord de libre-échange entre ces trois pays, ce sont toujours les Américains qui ont mangé la plus grosse part du gâteau. La Coupe du monde de football n’y échappe pas. Pendant que le Canada et le Mexique accueillaient les matchs de seconde zone, les États-Unis ont ouvert leurs stades à 75 matchs alors que le Canada et le Mexique se sont contentés des miettes. À partir des seizièmes de finale, le Mexique et le Canada ont accueilli trois matchs, les USA douze.
Pour la suite de la compétition, quarts, demi-finales, le Mexique et le Canada se sont contentés de faire du tourisme, car toutes les parties ont eu lieu dans le pays de Trump.
Évidemment, cette compétition qui réunit le gotha du ballon rond, ne sera dorénavant que réservée aux plus nantis. Jamais, dans l’histoire de la Coupe du monde, les billets, les transports et les infrastructures d’accueil n’auront été aussi prohibitifs !
On parle de plus de 10 000$ pour assister à la finale ! Les prix des hôtels dans les villes hôtes ont bondi jusqu’à 961 %.
Et dire que ce sport est le plus joué sur la planète. On estime à plus de 270 millions de pratiquants dans plus de 200 pays dans le monde et surtout à quatre milliards de supporters.
En plus d’être la plus polluante de toutes les compétitions à ce jour, de nombreux supporters n’ont pu encourager leur équipe respective. Des visas ont été refusés par décret signé par Donald Trump. Une liste de personnes de pays indésirables a été édictée. De plus, le traitement infligé à l’équipe iranienne va à l’encontre de toutes les règles propres à la FIFA, la Fédération du football mondial. Les joueurs devaient systématiquement revenir dormir au Mexique après leur match joué sur les terres américaines.
Certains dirigeants de la fédération de football iranien et des membres du personnel technique ont été refoulés à la frontière. La guerre s’est également invitée dans les tribunes et aux alentours du stade lors du premier match de l’équipe iranienne. Une partie de la diaspora s’était déplacée, non pas pour soutenir l’équipe nationale, mais plutôt pour réclamer le retour du chah d’Iran. Même si les drapeaux de l’ancien régime iranien étaient interdits dans l’enceinte sportive, certains manifestants les ont tout de même déployés et ont montré leur hostilité envers les joueurs iraniens.
Quelques jours avant le coup d’envoi, l’arbitre somalien Omar Abdulkadir Artan, qui a été élu arbitre africain pour l’année 2025 a été refoulé, malgré un visa dument signé. L’équipe du Sénégal a été fouillée sur le tarmac de l’aéroport de Raleigh en Caroline du Nord devant les nombreuses caméras de télévision présentes. L’attaquant vedette de l’équipe irakienne Aymen Hussein a été interrogé durant sept heures à l’aéroport de Chicago. La sélection de l’Ouzbékistan a été soumise à une fouille minutieuse et surtout humiliante à sa descente du bus, avec palpations et chiens renifleurs. Des supporters de certains pays comme Haïti ou la Côte d’Ivoire se sont vu refuser des visas malgré qu’ils étaient en possession de billets. La police de l’émigration américaine ( ICE ) était systématiquement postée aux abords des stades, lors de certains matchs, alimentant l’inquiétude des supporters.
Un scandale n’attend pas l’autre
Lors du tirage au sort de la Coupe du monde, Gianni Infantino a offert, à la grande surprise de son comité exécutif qui n’était pas au courant, le prix FIFA de la paix à Donald Trump. Un lot de consolation pour ne pas avoir eu le prix Nobel. Le président de la FIFA lui avait également fait cadeau d’un carton rouge comme ça il pouvait expulser qui il veut.
Lors du match contre la Bosnie-Herzégovine, la vedette de l’équipe américaine Folarin Balogun a été expulsé après un geste dangereux. Ce carton rouge a pour conséquence que le joueur est exclu pour le prochain match.
L’attaquant américain devait donc regarder des gradins, le match de huitièmes de finale contre la Belgique. C’est sans compter sur l’intervention de Donald Trump. Il a avoué avoir téléphoné à Gianni Infantino pour revoir la décision et retirer le carton rouge au joueur de l’équipe américaine. Il a ajouté que selon lui le joueur américain n’avait commis aucune faute.
Ce geste presque sans précédent va à l’encontre de tous les règlements de la FIFA. La fédération belge s’est insurgée en rappelant les règles de la FIFA . L’article 66.4 du Code disciplinaire de la FIFA prévoit qu’un carton rouge (expulsion) entraîne automatiquement une suspension pour le match suivant. Il en a d’ailleurs été ainsi pour tous les cartons rouges distribués jusqu’à présent lors de cette Coupe du monde. Cette pression politique n’est pas une première. Il faut tout de même remonter à 1962 lors de la Coupe du monde qui se tenait au Chili. Le Brésil qui est le pays de l’heure et que tout le monde attend comme grand favori de la compétition, est privé de son meilleur joueur, le Roi Pelé ! C’est Manoel Francisco Dos Santos plus connu sous son surnom Garrincha qui sera chargé d’emmener la Seleçao jusqu’à la victoire. Seulement voilà, auteur d’un doublé face à la sélection chilienne en demi-finale, il est expulsé après une altercation avec un adversaire. Il est automatiquement suspendu pour la finale face à la Tchécoslovaquie. Une catastrophe pour le Brésil.
Les dirigeants sportifs, politiques et toute la nation brésilienne font pression sur la FIFA pour qu’elle intervienne et réhabilite Garrincha. Le premier ministre brésilien Tancredo Neves va faire pression directement sur le président de la FIFA. Curieusement, la faute de Garrincha n’avait pas été inscrite sur le carnet de l’arbitre péruvien de la rencontre, une bévue dont s’est servi la FIFA pour transformer le carton rouge en simple avertissement. Le Brésil remporte la finale en battant la Tchécoslovaquie 3-1 et ajoute une deuxième Coupe du monde à son palmarès. Voilà pour l’Histoire.
Infantino, un pantin
On peut raisonnablement se dire que cette Coupe du monde était dirigée par Donald Trump et non par le président de la FIFA, Gianni Infantino, relégué au rang de spectateur.
Ce silence crasse du président de la FIFA est celui des soumis au pouvoir. Celui qui se plie devant les rois, qui s’abaisse devant les plus grandes têtes couronnées de ce monde, surtout celles des Émirats.
Et dire qu’il a été jusqu’à offrir le prix de la paix à son « ami » Donald !
Infantino est un pantin et c’est Trump et les puissants de ce monde qui tirent les ficelles pour qu’il puisse avoir l’impression de régner sur son royaume. Renversons le sens originel de ce proverbe d’Alfred de Musset, car il illustre bien l’arrivisme de l’homme qui dirige les destinées de la plus puissante fédération sportive au monde : « Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse. »
Sous prétexte que la politique n’a pas sa place lors d’événements sportifs, à la Coupe du monde au Qatar en 2022, les joueurs avaient été avertis que des sanctions seraient appliquées s’ils portaient le brassard arc-en -ciel, en soutien à la cause LGBTP + .
Lors des Jeux olympiques de Paris, les costumes des athlètes de la délégation haïtienne avaient dû subir des changements à 24 h du début de la cérémonie d’ouverture. Sur l’habit on pouvait voir un cheval rouge lancé au galop qui occupait toute la surface du vêtement. Sur la tenue on distinguait aussi le portrait de Toussaint Louverture, une figure emblématique de la révolution haïtienne et fondateur de la première république noire indépendante en 1804. Un geste de mémoire de la part de la créatrice l’ Italo-haïtienne Stella Jean.
La présence de Toussaint Louverture sur les vêtements haïtiens va scandaliser le Comité International Olympique qui y voit une manifestation politique. Il faut impérativement effacer toute présence politique sur les costumes.
Vous pensez que le CIO est la seule organisation sportive à surveiller le moindre signe de manifestations politiques. Détrompez-vous, la toute puissante FIFA n’est pas en reste. C’est une nouvelle fois Haïti qui est dans le viseur des snipers du ballon rond. Encore une fois, ce sont les maillots qui posent problème. Quelques jours avant son match d’ouverture de la Coupe du monde contre l’Écosse, l’équipe est avisée par la FIFA que son maillot n’est pas conforme car il envoie un message politique.
À l’origine, on pouvait distinguer sur les maillots haïtiens une représentation de la bataille de Vertières. Véritable symbole de la victoire haïtienne contre l’armée française de Napoléon. Ce dernier voulait alors reprendre le contrôle de l’île et surtout y rétablir l’esclavage. Une victoire qui va être décisive pour établir l’indépendance.
Encore une fois, on ne doit pas rendre un quelconque hommage sur les maillots. Le règlement de la FIFA stipule que
l’équipement ne doit représenter aucun slogan, inscription ou image à caractère politique, religieux ou personnel.
On ne doit pas transformer les maillots en panneaux politiques. Par contre, faire de la publicité pour visiter le Congo ou le Rwanda, alors que ces deux pays sont en guerre et pratiquent toutes sortes d’exactions, est tout à fait louable. Et que dire de la publicité d’Aramco autour de la pelouse dans les stades ? La pétrolière saoudienne qui est désignée comme le plus grand pollueur de la planète est aussi le plus grand bailleur de fonds de la FIFA.
Les Haïtiens ont dû se plier au diktat de la FIFA.
Vrais partisans dupés
Les grands perdants de cette Coupe du monde 2026 sont ceux qui regardent encore aujourd’hui les plus beaux joueurs de la planète avec leurs yeux d’enfants. Qui sont prêts à oublier les pires atteintes aux droits humains, une fois que le coup d’envoi de la compétition est donné. Ceux qui se retrouvent aux quatre coins du monde autour de leur drapeau, leurs chants et leurs mets cuisinés, qu’ils vont ensuite partager avec les habitants des pays qui les ont accueillis.
Les vrais partisans ont été une nouvelle fois dupés, trompés par des dirigeants sans scrupules. Les pays d’accueil de cette Coupe du monde veulent faire croire que les retombées économiques de l’événement sont les meilleurs investissements. Alors que jamais les populations ne verront la couleur de cet argent.
Les conditions draconiennes pour ne pas dire staliniennes pour que le grand barnum du ballon rond dresse son chapiteau dans les villes, sont dignes des plus vieilles dictatures. Tous les bénéfices doivent revenir dans les caisses de la FIFA (on estime à plus de 15 milliards$ les bénéfices de cette Coupe du monde. Du jamais vu !) et aucun autre événement ne doit porter ombrage à son spectacle lucratif. On voulait presque interdire les bouteilles d’eau non officielles dans les stades. C’est sans oublier la dernière trouvaille de Gianni Infantino. Les pauses rafraîchissantes. Sous prétexte de se soucier des joueurs qui évoluent sous une chaleur intense, on a morcelé le match. Une pause par mi-temps. Derrière ce qui pourrait être un acte sanitaire se cache encore une fois l’appât du gain.
Cette pause a été immédiatement été prise d’assaut par les responsables des finances de la FIFA qui voient une manne publicitaire s’ajouter à celle déjà existante. Si les spots de 20 secondes de publicité à la mi-temps coûtent 250 000$, les pauses rafraîchissantes rapportent à elles seules 324 000$. Avec cette nouveauté qui vient casser le rythme des parties, la FIFA va gonfler ses bénéfices de 40 %. On s’attend à voir entrer sept milliards$ de plus dans les coffres de Zurich.
Quel que soit le résultat sur la pelouse de la grande finale, les milliards de spectateurs dans le monde se souviendront d’avoir découvert le jeu de petits pays comme Cap vert, Curaçao, la Jordanie ou le Panama. Assister au retour d’Haïti après sa première participation en 1974 ou celui de l’Écosse après 28 ans d’absence.
Ce bonheur, qui ne revient que tous les quatre ans, ne doit pas occulter les activités usurières de la FIFA. Aujourd’hui c’est le pays de Trump qui s’est octroyé l’évènement sans la moindre contestation ou appel d’offres. De la même manière, un autre pays où le totalitarisme s’est installé accueillera celle de 2034, soit l’Arabie Saoudite.
Qu’importe que le premier organise dans ses rues des chasses à l’émigré ou que le deuxième détienne le macabre record des condamnations à mort, le ballon doit continuer de tourner, les têtes de tomber et les dollars de s’accumuler !


