À propos de l'auteur : Robert Frosi

Catégories : Sports

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La nouvelle présidente du CIO, Kirsty Coventry.

Robert Frosi 

Et si finalement, le Comité international olympique, n'était qu'une multinationale comme une autre ? Depuis qu'il est devenu une fantastique machine à imprimer de l'argent, le CIO est de moins en moins regardant sur ses partenaires financiers. On peut immédiatement citer ceux qui sont devenus les commanditaires majeurs de la Maison de Lausanne, les investisseurs chinois.

Alibaba, TCL, Mengniu, China Media Group, ont déversé des centaines de millions, pour ne pas dire des milliards dans les coffres de Comité international en signant des partenariats de plusieurs années.

Une autre offensive de la Chine pour se donner une certaine virginité.

En disant vouloir « moderniser » la maison olympique, les Chinois ont rapidement compris que leurs placements allaient les légitimer aux yeux du monde.

Le respect des droits humains est devenu ainsi, très secondaire pour le mouvement olympique. Oubliée la répression envers les Ouïghours, les Mongols, les Tibétains, les Kazakhs ou les Kirghiz. Disparus des radars des organisations de défense des droits humains, les tortures, les meurtres, les viols, les stérilisations forcées …

Ce n'est pas un hasard si le premier déplacement important de la nouvelle présidente du CIO, Kirsty Coventry, s'est déroulé en Chine. Elle a même été accueillie en grande pompe par nul autre que le président Xi Jinping.

Certains des plus grands dirigeants de ce monde rêveraient de le rencontrer aussi facilement.

Lors de cette rencontre le président de cet État totalitaire, déclarait sans le moindre scrupule : « L'esprit olympique est un élément important de la civilisation humaine, il porte les aspirations des peuples à un monde meilleur, et est en parfaite adéquation avec la vision de la Chine de la construction d'une communauté d'avenir partagé pour l'humanité. »

La nouvelle présidente a également rencontré les grands groupes de presse chinois en louant leur travail. Une position crasse quand on sait comment la presse est muselée dans ce pays.

Devant les représentants chinois elle a poussé l'odieux en déclarant : « Je tiens à vous remercier pour le soutien que votre pays a apporté au CIO tout au long de ces années. Je m'engage à poursuivre cette collaboration des plus fructueuses. Nous apprécions tout particulièrement les efforts considérables déployés par la Chine pour permettre aux jeunes d'avoir accès à la pratique sportive. Cela laisse présager d'un avenir encore plus radieux pour la Chine. »

Le CIO se comporte comme un État. Les Comités nationaux olympiques sont ses ambassadeurs qui préparent les voyages en vue des ententes commerciales et politiques et accessoirement sportives. Et la présidente et les présidents avant elle, sont reçus sur le tapis rouge avec les honneurs d'un chef d'État.

Un autre sinistre partenariat

Le 28 avril dernier le CIO a signé un nouveau partenariat qu'il a qualifié d'historique. JPMorganChase, une grande institution bancaire des États-Unis et première banque mondiale en termes de capitalisation boursière, s'est associée avec le CIO, une entente sur de nombreuses années. Cette signature va encore gonfler les caisses de la déjà luxueuse Maison de Lausanne.

Voilà ce qu'a déclaré la présidente Kirsty Coventry lors de la signature :  «  JPMorganChase est le premier partenaire mondial issu du secteur bancaire de toute l'histoire des Jeux olympiques. Nous sommes fiers de l'accueillir au sein du programme des partenaires olympiques mondiaux. Ce partenariat reflète nos valeurs communes d'ambition, d'excellence et de confiance. Il contribuera à soutenir le Mouvement olympique et le sport à travers le monde. Le rayonnement international de JPMorganChase et son expertise apporteront un soutien pérenne aux athlètes et contribueront à créer un impact durable dans le monde entier. »

On peut se demander raisonnablement si les principaux bénéficiaires de cette entente seront les athlètes. On peut aussi s'interroger sur l'expertise de la célèbre banque.

Mais au-delà de savoir ce que le CIO fera de ces fonds, interrogeons-nous sur la probité de ce géant bancaire. Quelques petites recherches suffisent à sentir les odeurs nauséabondes des scandales.

En 2023 :

Scandale Jeffrey Epstein : la banque a accepté de verser 290 millions de dollars pour solder un recours collectif. Elle était accusée d'avoir maintenu des relations d'affaires avec le financier Jeffrey Epstein, accusé de trafic sexuel de mineures. Pour ne pas être accusée de complicité et faire face à un procès médiatique, elle a accepté ce coûteux accord de principe.

En 2020 :

Manipulation de titres.

JPMorgan a payé 920 millions de dollars pour solder des poursuites pour manipulation de cours sur les marchés des métaux précieux et des bons du Trésor.

En 2021:

Fraude fiscale en France.

La banque a accepté de payer 25 millions d'euros au fisc français pour complicité de fraude fiscale dans le cadre d'une affaire visant d'anciens dirigeants de la société Wendel.

En 2014, crise des subprimes :

La banque a payé 13 milliards de dollars pour des négligences dans les prêts hypothécaires à l'origine de la crise financière.

Plus récemment, le régulateur financier allemand BaFin a infligé à JPMorgan une amende de 45 millions d'euros après avoir constaté des lacunes dans les dispositifs de prévention du blanchiment d'argent de la banque américaine.

Cette année encore, JP Morgan a été citée en Suisse dans le cadre du scandale 1MDB. On reproche à sa succursale suisse d'avoir été peu regardante sur le blanchiment d'argent reliée à une vaste escroquerie. Pour tout règlement, JP Morgan a accepté de verser 370 millions de dollars au gouvernement malésien. Le tribunal suisse a par ailleurs condamné la banque à une amende de quatre millions de dollars.

Ce ne sont que quelques exemples de scandales attribués à la banque de réputation mondiale, qui, pour le CIO, reflète les valeurs de l'olympisme.

Comment croire encore aux vertus humanistes que l'olympisme revendique, lorsque ses dirigeants s'enorgueillissent de pactiser avec des acteurs qui foulent aux pieds les valeurs mêmes qu'ils prétendent défendre.

Finalement, il va peut-être falloir corriger notre vision et constater que les anneaux ne sont pas le symbole de l'union et de la fraternité des continents mais plutôt celui des chaînes qui unissent les grands argentiers de ce monde.

« Les valeurs ne valent que par ceux qui les incarnent. »

Le sport, une arme politique aux éditions Édito, c'est une enquête percutante sur les coulisses du monde du sport. Depuis le Baron Pierre de Coubertin qui a relancé les Jeux olympiques, le monde du sport est dirigé par de vieilles institutions sportives. Certains pays comme la Russie ou les pays du Golfe, veulent redistribuer les cartes pour contrôler à leur tour les grands évènements sportifs. Dans cette enquête, on découvre également comment les dictateurs se sont emparés de ces évènements pour forger leur idéologie et se donner une légitimité. Le journaliste Robert Frosi a utilisé ses trois décennies de carrière à Radio-Canada et ses nombreux contacts pour réaliser cet essai.

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