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Robert Frosi
En 1985, une campagne contre le racisme est née en France et a même traversé les frontières. Les plus vieux se souviendront de la fameuse main où était écrit : Touche pas à mon pote. On arborait alors fièrement son macaron lors des manifestations.
Malheureusement ce slogan a encore une raison d’être. Celle de l’espoir que le racisme finisse par disparaître un jour.
Alors pourquoi revenir sur cet épisode de l’histoire ?
Tout simplement parce que l’on peut imaginer maintenant une tout autre utilisation de ce macaron.
Les Jeux olympiques d’hiver se sont conclus en Italie après deux semaines de compétitions. En dehors des victoires et des défaites, il s’en est passé des choses.
Certaines en particulier, méritent que l’on se pose la question : pour les prochaines éditions, va-t-on assister à un défilé des membres du mouvement olympique avec le badge : Touche pas à mes JO ?
On pourrait le penser en regardant de plus près les articles 40 et 50 de la Charte olympique brandie à chaque jeu et qui stipulent : « Le rôle du CIO est de (…) s’opposer à toute utilisation abusive politique ou commerciale du sport et des athlètes. »
Puis : « Aucune forme de démonstration ou de propagande politique, religieuse ou raciale n’est permise sur les sites, lieux ou autres zones olympiques. »
C’est dans ce contexte que l’athlète ukrainien Vladislav Heraskevytche a été disqualifié de l’épreuve de skeleton des Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina. Son crime ? Il a refusé d’enlever son casque qui rendait hommage à une vingtaine d’athlètes et d’entraîneurs qui sont morts pour sauver leur pays de l’invasion russe.
Faut-il rappeler que depuis le début de la guerre plus de 400 athlètes et entraîneurs ont perdu la vie. L’hypocrisie du CIO a atteint son paroxysme quand sa présidente a dit comprendre le geste de l’athlète ukrainien. Elle s’est défendue en arguant qu’on l’avait, tout de même, laissé porter son casque durant les entraînements. Alors pourquoi le disqualifier ? Parce qu’il faut respecter les règles.
Vladislav a maintenu sa position, sachant qu’elle était synonyme de mettre fin à son rêve olympique. Il a tout de même déclaré sur son compte Instagram : « Cette décision me brise le coeur. J’ai le sentiment que le Comité international olympique trahit des athlètes qui ont fait partie du mouvement olympique en ne leur permettant pas d’être honorés là où ils ne pourront plus jamais se produire. Certains d’entre eux étaient mes amis. »
Ce n’est pas la première fois que des athlètes subissent les affres du CIO ou de leur comité national olympique.
Souvenons-nous des Jeux de Mexico en 1968. Les deux athlètes afro-américains Tommie Smith et John Carlos ont remporté l’or et le bronze au 200m. Sur le podium, ils vont brandir leurs poings gantés de noir pour dénoncer la ségrégation raciale aux États-Unis. Leur geste équivaudra à leur exclusion et au bannissement total de toute activité sportive. Ils ne seront réhabilités qu’après plus de cinq décennies. L’Australien Peter Norman qui avait remporté la médaille d’argent avait soutenu leur geste. Il sera lui aussi ostracisé par le CIO et les autorités sportives australiennes.
Aux derniers Jeux olympiques de Paris, deux judokas ont été sanctionnés. Le Tadjik Nurali Emomali et l’Égyptien Islam El Shehaby. Tous deux ont refusé de serrer la main de leurs adversaires israéliens, protestant contre le génocide à Gaza.
N’oublions pas le comité olympique indonésien qui a récemment refusé les visas d’entrée à la délégation israélienne de gymnastique qui devait participer aux championnats du monde. Le CIO, qui affirme que sa charte a été violée, l’a sanctionné de manière dramatique en lui interdisant dorénavant d’organiser des évènements sportifs internationaux.
Presque 60 ans après les Jeux de Mexico, rien ne semble avoir changé.
Pour justifier sa position, le CIO se retranche derrière sa charte comme ultime rempart à son hypocrisie. Les larmes de crocodile de sa nouvelle présidente Kirsty Coventry n’y changeront rien. ( Elle a pleuré lors de la conférence presse qui annonçait la décision du CIO de disqualifier l’athlète ukrainien).
L’organisme olympique se défend de faire de la politique et dit se battre contre la politisation dans le sport. Pourtant, le plus haut dirigeant olympique est accueilli dans le monde entier comme un chef d’État. Il ne se gêne pas pour signer des contrats avec des pays totalitaires qui bafouent les droits les plus élémentaires. N’en déplaise au CIO, mais ses décisions sont hautement politiques.
En février 2023, le CIO a décidé de bannir la Russie du monde du sport. À l’époque voilà ce que déclarait le président du CIO, Thomas Bach : « Le CIO a condamné cette guerre insensée avec la plus grande fermeté, le jour même de l’invasion. Constatant que les combats ne semblent pas près de prendre fin après un an de carnage, le CIO réitère sa condamnation de la guerre en Ukraine, qui constitue une violation flagrante de la trêve olympique en vigueur à l’époque et de la Charte olympique. C’est pourquoi nous continuons d’exclure la Russie et son comité olympique. »
Voilà maintenant ce que dit la Cour internationale de justice : « Israël mène une guerre marquée par des actes pouvant s’apparenter à un génocide, il occupe illégalement une autre nation, la Palestine, et il soumet la population de cette nation occupée à une discrimination systémique fondée sur la race, la religion et l’origine ethnique. »
Autant d’éléments qui devraient obliger le CIO qui a reconnu officiellement la Palestine comme nation, d’exclure Israël. L’exclusion des Russes relève d’une décision sportive et éthique du CIO en réaction à une violation du droit international. Si on comprend la déclaration de la Cour internationale de justice ainsi que de nombreuses ONG, il y a donc deux poids, deux mesures que l’histoire jugera peut-être un jour.
On peut parler ici de répression de la part du CIO, car il s’agit bien d’un autre châtiment arbitraire, cette fois, contre l’athlète ukrainien. Ce dernier a dû réaliser un véritable parcours du combattant pour se rendre jusqu’en Italie alors que son pays compte les morts. Qu’importe pour les dignitaires de la Maison de Lausanne. Un hommage aux victimes, pour eux, n’est pas digne de l’esprit olympique.
Mais là, ne s’arrête pas la politique injuste du Comité International.
L’aspect financier doit également être protégé !
Touche pas à ma caisse !
Quand les Jeux débutent, un blackout total est imposé aux athlètes. Ils doivent impérativement laisser tomber toutes traces de publicité. Si un athlète a un commanditaire qui ne correspond pas à ceux des Jeux, il doit le dissimuler, le cacher sous peine de poursuites.
Les posts sur les réseaux sociaux, les photos, les vidéos ne doivent pas être réalisés sur les sites des Jeux. L’athlète ne peut même pas utiliser son costume officiel des Jeux avec son commanditaire personnel.
Rien ne doit faire référence aux anneaux, même pas un Hashtag ne sera accepté. Tout affichage sera donc interdit, si vous n’êtes pas au préalable, passé par la caisse olympique.
On ne le répètera jamais assez que la plupart des athlètes doivent réaliser des prouesses pour se hisser jusqu’au Gotha mondial du sport. Durant des années, ils vont organiser des soupers-bénéfices et des recherches de commanditaires locaux pour parvenir à s’entraîner dans les meilleures conditions.
Certains athlètes canadiens doivent trouver au moins 25 000$ par année pour pouvoir se déplacer dans les compétitions internationales. Dans certains sports, on parle même de 60 000$. À la fin de chaque Jeu, on crie famine et on s’étonne ensuite de la disette canadienne.
Avant de fermer la parenthèse canadienne, il faut crier haut et fort, qu’il n’existe aucune politique sportive sérieuse au Canada. Le tableau final des médailles parle de lui-même. Le pays compte près de 42 millions d’habitants et a terminé 11e.
La Norvège, et ses cinq millions d’habitants, occupe la première place. Les 3e sont les Pays-Bas et leurs 18 millions d’âmes, les Suédois sont 7e avec 10 millions d’habitants. Suisse et Autriche sont également devant le Canada alors que leur population atteint à peine neuf millions.
Alors arrêtons de faire tourner tous les deux ans le même disque rayé et investissons véritablement dans le sport. Mais non pas en partant du haut de la pyramide, mais en bâtissant de véritables fondations. La médaille ne doit pas être le seul objectif.
Mais n’oublions pas que l’argent à investir n’est pas seulement celui des États.
Les athlètes sont les véritables acteurs du spectacle olympique et pour seule récompense, seuls les trois meilleurs repartiront avec une breloque plaqué or, argent ou bronze et une mascotte en peluche. Les autres se contenteront de souvenirs.
Les athlètes sont les dindons de la farce. La définition de cette expression est assez claire: se faire avoir, se faire tromper, être victime d’une duperie..
On peut alors se demander le plus sérieusement du monde, ce que fait l’Organisation internationale du travail. Celle qui a fait sienne cette devise : « si vis pacem, cole justitiam », « si tu veux la paix, cultive la justice. »
L’OIT est chargé de veiller à ce que les droits du travail soient respectés par les gouvernements et les différents employeurs. On parle ici des pays qui font partie de l’Organisation des Nations Unies.
Si on regardait de plus près l’organisation de tous ces Jeux olympiques, on pourrait aisément considérer que le CIO ne respecte pas les droits élémentaires des travailleurs.
Le philosophe Kant a dit : « La dignité n’a pas de prix, mais elle a des droits.» Alors qu’attend le CIO pour les respecter ?


