À propos de l'auteur : Robert Frosi

Catégories : Sports

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Robert Frosi 

La chambre de Donald est remplie de jouets. Il n’arrive pas à choisir lequel va le distraire aujourd’hui. Les GI Joe, les avions de combat, la bataille navale, Call of duty, plus rien ne l’amuse. Quand soudain apparaît un nouveau jeu : Le Maître du monde.

Les règles sont simples, conquérir le plus de territoires en ramassant au passage le plus d’argent possible. Les pays aux richesses naturelles sont les plus visés. La famille peut participer en achetant des actions dans des compagnies d’armement et ses meilleurs amis, comme Peete, vont pouvoir venir jouer avec lui au jeu vidéo. Tout cela peut paraître surréaliste, mais malheureusement la réalité finit invariablement par nous rattraper. La guerre va devenir un jeu.

Pour mieux faire avaler la pilule de ce conflit qui coûte au bas mot, 1 milliard de dollars par jour, Donald et ses conseillers politiques ont mis sur pied une campagne vidéo montrant la force et le courage de la grande Amérique. Les héros, sauveurs indestructibles comme Superman, Gladiateur ou Iron Man, sont appelés sous les drapeaux

Dans des montages grossiers réalisés par intelligence artificielle et diffusés en masse aux États-Unis, on peut les voir apparaître entre deux explosions qui elles, sont bel et bien réelles.

Dans ces courtes vidéos de propagande, le sport, symbole éternel de virilité et de puissance, n’est pas en reste. Des placages violents au football se mêlent à de vrais bombardements de cibles iraniennes. Un concept qui se répète au baseball après chaque coup de circuit. Ces images d’explosions mêlées à des actions sportives sont accompagnées d’extraits musicaux du groupe AC/DC ou encore de la très festive Macarena, utilisée comme si la guerre se résumait à un voyage dans le Sud.

D’ailleurs, Trump n’a-t-il pas comparé l’attaque en Iran à une simple « excursion » ?

Pendant ce temps, les Iraniens qui gardent un peu d’espoir dans le retour d’une démocratie, continuent, au péril de leur vie, de poser des gestes hostiles au pouvoir.

C’est le cas de l’équipe féminine de football qui participait récemment à la Coupe d’Asie féminine de football en Australie. Lors de son premier match, contre la Corée du Sud, aucune des joueuses de l’équipe n’a voulu chanter l’hymne national. Plus grave encore pour le régime totalitaire des mollahs, certaines d’entre elles ne portaient pas de foulard. L’image a fini par atterrir sur l’un des derniers bureaux de l’Autorité islamique. À la télévision d’État, on n’a pas hésité à qualifier les joueuses de traîtresses. Les menaces ne se sont pas fait attendre. La terrible Naja, la police des mœurs iranienne, a dû intervenir auprès des familles des joueuses car, lors de leur deuxième match, l’équipe a finalement chanté l’hymne et les foulards sont réapparus.

Comme s’il voulait se racheter une certaine honorabilité et un restant d’humanisme, le président Trump a exhorté le premier ministre australien Anthony Albanese d’offrir aux joueuses un visa humanitaire. Il a même ajouté, à ce qui ressemblait à une menace à peine voilée, que si l’Australie ne le faisait pas, elle ferait une terrible erreur humanitaire que s’empressera de corriger son pays.

Sur les 26 membres de l’équipe, cinq avaient accepté l’asile politique. Mais c’était sans compter avec les pressions et les menaces. Une des joueuses de l’équipe a alerté l’ambassade d’Iran et a rendu publique l’adresse où les filles étaient gardées au secret. C’en était trop pour trois d’entre elles qui sont revenues sur leur décision. Finalement seules deux joueuses sont restées à Brisbane. Elles sont maintenant sous haute protection policière dans une résidence sécurisée.

Pendant ce temps, au siège de la FIFA, on ne se préoccupe pas vraiment du sort des joueuses iraniennes. Pas plus pour celles qui ont fait défection que celles qui risquent des représailles une fois rentrées au pays. Ce qui inquiète le président Gianni Infantino, c’est l’avenir de sa Coupe du monde prochaine.

L’Iran qui s’est qualifié a annoncé qu’il doutait que l’équipe se rendrait aux États-Unis au mois de juin. L’Iran fait partie du groupe G de la Coupe du monde et doit jouer en Californie. Il doit affronter la Nouvelle-Zélande, le 15 juin, la Belgique, le 21 juin, et enfin contre l’Égypte le 26 juin. Il va donc falloir rebattre les cartes. Tout ce que peut haïr le président de la FIFA, c’est l’improvisation. La Coupe du monde doit paraître sans anicroches. Le ballon doit rouler, c’est tout ce qui importe pour lui. Pourtant on n’est pas parti pour cela.

On sait que pour cette Coupe du monde, certains spectateurs ne seront pas les bienvenus dans le pays de Donald Trump. Leur demande de visa sera systématiquement refusée. Soixante-quinze pays, dont 15 font partie des 48 qualifiés, sont sur la liste noire. Haïti, le Sénégal ou la Côte d’Ivoire font partie de ces indésirables. Sans oublier évidemment l’Iran.

On peut se demander si cette liste ne va pas s’allonger avec les pays qui ne font pas le bonheur du président américain.

On pense immédiatement à l’Espagne bien sûr, qui est une des rares nations européennes à avoir osé tenir tête à « l’homme orange ».

Si dans son bac à sable, l’enfant Trump a réussi à déstabiliser toute la garderie mondiale, le sport n’est pas en reste. Pendant que les avions sont cloués au sol et que les bombes tombent un peu partout faisant leur lot de victimes, les fédérations internationales, elles, s’inquiètent pour l’avenir immédiat de leurs lucratives compétitions. Annulations d’évènements, calendriers chamboulés, aucun sport n’est à l’abri. Même la très riche Formule 1 a dû s’adapter en annulant deux de ses courses.

Le plus grave dans cette guerre, ce sont évidemment les victimes collatérales. Les populations en tête. Parmi elles, il y a des athlètes. Plusieurs d’entre eux sont morts sous les bombes comme de jeunes joueurs de volley-ball iraniens.

Faut-il rappeler ici que 800 athlètes et entraîneurs sont morts à Gaza et que plus de 400 sont tombés en Ukraine sous les bombes russes ?

Un dernier macabre bilan qui ne semble pas émouvoir les responsables du Comité International Paralympique (CIP). Ils ont finalement décidé d’accueillir à bras ouverts les athlètes russes lors des derniers Jeux de Milan-Cortina.

Rappelons que les Russes sont bannis des Jeux olympiques et paralympiques depuis les Jeux de Rio en 2016. D’abord à cause d’un dopage étatisé, ensuite avec l’invasion de l’Ukraine. Le CIP a fait fi des protestations internationales et des nombreuses huées à l’encontre de la délégation lors de la cérémonie d’ouverture.

Ce bras tendu des autorités paralympiques semble plaire à la nouvelle présidente du CIO, Kirsty Coventry. Elle a déjà évoqué la possibilité de réintégrer les Russes lors des prochains jeux d’été à Los Angeles en 2028.

L’intervention de l’armée américaine au Venezuela et plus récemment en Iran va à l’encontre de toutes les règles du droit international et également de celles du droit sportif.

On peut se demander pourquoi les athlètes américains sont encore tolérés dans les enceintes sportives internationales. On peut se poser la même question avec Israël et ses interventions à Gaza et en Iran. Pour les Russes, l’exclusion du monde sportif a été quasi immédiate, pourquoi alors les instances sportives n’appliquent pas les mêmes règles à ces deux pays ?

On constate donc que la devise des trois singes est malheureusement encore d’actualité chez les dirigeants sportifs. Finalement il est préférable pour eux de ne rien entendre, ne rien voir et ne rien dire. Surtout se tenir loin de tout geste politique.

Ce n’est sûrement pas la direction qu’a prise le président américain, qui inonde le monde de fausses informations, de décrets et de guerres pour affirmer le pouvoir de sa nation. Comme un sale gosse qui a délaissé Call of Duty pour jouer au Maître du monde.

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