À propos de l'auteur : Paul Tana

Catégories : Cinéma

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Paul Tana

Trois femmes travaillent dans le même hôpital à Mumbai.

Nous sommes en pleine mousson. Une chape lourde de chaleur humide enveloppe la mégapole de 21 millions d’habitants qui accueille femmes et hommes venus de tous les villages et régions de l’Inde.

C’est une ville où tous les espoirs semblent permis comme nous le disent, au tout début du film, ses habitants qu’on entend en off sur les images des marchés, des autobus, des rues bondées.

Prabha (Kani Kusruti), début de la quarantaine peut-être ou un peu moins, est une infirmière d’expérience, rigoureuse et discrète. Tout le contraire de Anu (Divya Prabha) : jeune folichonette sympathique avec qui elle travaille et partage le même petit appartement. Parvaty (Chhaya Kadam) est une cuisinière de l’hôpital, plus âgée qu’elles : la doyenne de ce trio magnifique.

Le film raconte leur histoire, en révélant peu à peu les évènements, les situations qui définissent leur condition dans une société, une culture où leur parole, leurs désirs ne comptent pas.

Prabha, est mariée depuis quelques années à un homme  qui a été choisi par sa famille. Il est arrivé en Inde pour leur mariage puis est reparti en Allemagne où il travaille. Elle ne l’a plus revu et est sans nouvelles de lui.  Un jour elle reçoit un colis mystérieux, elle l’ouvre et en extrait un cuiseur à riz. Anu, sa coloc, déchiffre un Made in Germany gravé en petits caractères sur le fond. C’est peut-être son mari qui après tout ce temps lui envoie un cadeau ?

À l’hôpital le Dr Manoj lui fait une cour discrète, pudique. Elle lui rappelle, polie, qu’elle est une femme mariée même si ce mari est on ne peut plus fantomatique.

Une nuit assise sur le plancher de la cuisine elle étreint le mystérieux cuiseur de riz dans la chaleur étouffante de la mousson comme si elle avait dans ses bras son mari absent …

Anu est Hindoue et elle sort secrètement avec Shiaz qui, lui, est musulman. Leurs familles n’accepteront au grand jamais leur mariage. Mais Anu aime Shiaz envers et contre tous et pendant tout le film, ensemble, ils cherchent un endroit calme pour s’embrasser et faire enfin l’amour. Une fois, c’est la pluie torrentielle qui coupe court à leurs étreintes, une autre fois c’est le hasard qui déjoue leur ruse pleine d’ironie.

Anu, Shiaz, Prabha, nous sont montrés avec une tendre délicatesse, une humanité qui fait d’eux des vrais personnages, des êtres humains qui sont là devant nous sur l’écran qui nous interpellent et nous émeuvent. Ils n’ont rien de schématique : voici les victimes emblématiques d’une société dominée par le patriarcat et la tradition religieuse.

C’est la grande réussite du film.

« Au-delà de la lumière » tourne le dos au didactisme (si commun, en passant, dans nos films) et s’ouvre au grand cinéma celui où les personnages sont d’abord et avant tout ce qu’ils sont, avec leurs contradictions, leurs forces, leurs vulnérabilités.

Parvaty, elle aussi, possède une humanité telle qu’elle échappe à tout victimisme. Pourtant elle est veuve et expropriée de son appartement par un entrepreneur véreux. Son mari ne lui a pas laissé les documents nécessaires pour prouver qu’elle est sa légitime  propriétaire légitime  : sans cet homme, sa signature point de salut pour cette femme.

Elle décide alors de retourner vivre dans son village au bord de la mer. Prabha et Anu l’accompagnent pour l’aider à s’installer dans la nouvelle maison. Shiaz, les suit à l’insu de Prabha et Parvaty.

Dans l’air plus léger du village de pêcheurs, loin de l’oppressante Mumbai, Prabha réussit à se débarrasser du fantôme de son mari qui hante sa vie.

Elle se libère de lui et de ce qu’il représente littéralement.

Anu et Shiaz font l’amour avec une douce fougue dans une caverne/temple où les graffitis kitsch, naïfs, romantiques, des amoureux qui y sont passés témoignent de leur soif de liberté.

C’est la liberté et sa lumière que célèbre le film.

Il se termine, comme si de rien n’était, avec nos quatre protagonistes qui prennent le frais, le soir, sur la plage dans une petite cabane-café illuminée d’ampoules de toutes les couleurs.

Avec ce premier long métrage de fiction, tout en retenue, et nuance, Payal Kapadia, jeune cinéaste indienne de 37 ans, a imaginé un film qui porte en lui l’éclat de la lumière.

 

« Au-delà de la lumière/All we imagine as light »

Écrit et réalisé par Payal Kapadia

Festival de Cannes 2024 : Nominé pour la Palme d’Or/ Gagnant  du Grand Prix 2024.

Production : Thomas Hakim et Julian Graff. Direction de la photographie : Renabir Das. Avec : Kani Kusruti, Divya Prabha, Chhaya Kadam, Hridhu Haroon, Azees Nedumangad, Anand Sami

Inde/France 2024

Durée :115 minutes

Étoiles : ****

 

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