À propos de l'auteur : Guy Gendron

Catégories : Environnement

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Guy Gendron

L’Alberta est l’un des sites les plus riches au monde en fossiles de dinosaures. De Calgary jusqu’à Drumheller, ville située à 130 kilomètres plus à l’Est, la route qui longe la rivière Red Deer est décrite par les guides touristiques comme « la vallée des dinosaures », là où, il y a 70 millions d’années, régnait le plus redoutable d’entre eux, le Tyrannosaurus Rex, de même que son cousin, légèrement plus petit, l’Albertosaurus.

Aujourd’hui, c’est l’exploitation d’un différent type de fossiles présents en abondance dans le sous-sol de cette province – charbon, pétrole et gaz – qui est menacée d’extinction par la nécessité de freiner les émissions de CO2 responsables des changements climatiques.

Le constat est incontournable puisque ces trois combustibles fossiles sont la source de près de 90% des rejets de dioxyde de carbone dans le monde.

L’atteinte de la carboneutralité en 2050, « un grand pas qui est absolument nécessaire », a déclaré le premier ministre Justin Trudeau, va donc nécessiter des gestes concrets: plafonner les émissions de ce secteur, puis imposer leur réduction graduelle.

Les pétrolières pourraient même y trouver leur compte en vendant à d’autres secteurs industriels les crédits de carbone générés par les gains d’efficacité de leur production ou par la baisse de leurs activités.

Ce que les gouvernements ne leur donneront plus en subventions directes, elles le recevront sous forme d’encouragement à réduire leurs émissions – qui sont particulièrement considérables dans l’exploitation des sables bitumineux.

Comme si de rien n’était

Au lendemain de la conférence de l’ONU sur les changements climatiques – la COP26 qui s’est tenue à Glasgow, en Écosse, le mois dernier – l’orchestre continue pourtant à jouer sur le pont du Titanic albertain comme si de rien n’était. Le rebond du marché du pétrole est en effet spectaculaire.

À preuve, le gouvernement de l’Alberta comptait recevoir, au cours de l’année courante, 3 milliards de dollars en redevances sur ce qu’il appelle pudiquement les « ressources non-renouvelables », mais la plus récente mise à jour des prévisions les évalue maintenant à 11 milliards.

Alors que le prix du baril de pétrole qui avait atteint une valeur négative (!) au début de la pandémie de COVID-19, l’an dernier, il dépasse aujourd’hui les 70 $US.

Cette embellie cache cependant les coûts exorbitants que nécessiteront, d’ici la fin du siècle, le démantèlement des infrastructures, la remise en état des sites d’exploitation, le calfeutrage des puits inactifs et la décontamination des immenses réservoirs de résidus toxiques issus de l’extraction du pétrole des sables bitumineux.

Ce grand ménage représente une dette environnementale se chiffrant déjà en dizaines, sinon en centaines de milliards de dollars. Et qui paiera cette facture, une fois que ces entreprises auront pris le chemin des dinosaures?

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