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Suleiman al-Obeid est mort après des frappes israéliennes sur Gaza en tentant d’aller chercher de la nourriture pour sa famille. On le surnommait le « Pelé palestinien », « la gazelle » ou la «Perle noire ».
Robert Frosi
Depuis le 27 octobre 2023, date à laquelle a commencé l’offensive militaire israélienne à Gaza, le nombre de morts palestiniens est atterrant. Ils seraient plus de 60 000.
Depuis cette date, ils sont nombreux à parler maintenant de génocide devant l’ampleur du massacre de la population palestinienne par l’armée israélienne.
On retrouve parmi eux de grandes organisations internationales comme Human Right Watch, Médecins sans frontières, Amnesty International, la Fédération Internationale des droits humains, la Commission d’enquête internationale indépendante de l’ONU et certains parlementaires européens. Sans oublier, le monde culturel et les nombreux intellectuels. Parmi ces voix on retrouve aussi un grand nombre d’athlètes.
Au moment d’écrire ces lignes, car la situation évolue dramatiquement d’heure en heure, ils sont au moins 800 sportifs à avoir perdu la vie à Gaza.
Ces chiffres ont été colligés par plusieurs ONG indépendantes. On peut donc parler aussi d’une hécatombe dans le milieu sportif.
Au début du mois d’août, c’est nul autre que Suleiman al-Obeid qui est mort après des frappes israéliennes sur Gaza. On le surnommait le « Pelé palestinien », « la gazelle » ou la «Perle noire ». Suleiman est mort sous les balles de l’armée israélienne en tentant d’aller chercher de la nourriture pour sa famille.
La perte de celui qui était considéré comme une légende du soccer palestinien, s’ajoute à une longue liste de plus de 300 joueurs de soccer morts depuis le 7 octobre 2023.
Le 19 août dernier, une autre légende du sport palestinien va perdre la vie dans les mêmes circonstances. Mohammad Shalaan, que l’on surnommait « Le tremblement de terre » va tomber sous les balles parce qu’il voulait, lui aussi, nourrir sa famille. Durant 20 ans, il aura contribué à la réussite de l’équipe nationale de basketball.
En plus de la macabre liste des sportifs gazaouis disparus, il faut ajouter les 264 infrastructures sportives détruites par les bombes.
Certaines ONG et des spécialistes du conflit israélo-palestinien pensent que ces destructions sont délibérées afin de priver les populations d’activités sportives. À cela, Il faut ajouter maintenant la famine qui frappe toute la population.
Certains athlètes disent qu’ils ont perdu des dizaines de kilos et ne peuvent plus s’entraîner. Une situation qui peut paraître futile quand on regarde l’immensité du désastre humanitaire, mais il faut savoir que le sport a toujours été un outil de résistance en Palestine. (Voir article du mois de juin 2025)
Le monde sportif palestinien témoigne
Malgré les bombardements intensifs et le manque criant de nourriture, certains athlètes essaient de faire abstraction de cette situation dramatique comme cet athlète palestinien,
« L’idée ici va au-delà du simple fait de s’entraîner. Nous recherchons la vie que nous voulons mener en toute sécurité et tranquillité. Gaza et son peuple continueront à vivre malgré le génocide dont ils sont victimes. Le sport est l’un des aspects de cette vie. »
Ehad Abu Jazar est l’entraîneur de l’équipe nationale de soccer. Malgré la guerre, le onze palestinien essaie de se qualifier pour la prochaine coupe du monde. Il lance ce cri du cœur aux journalistes du quotidien français L’Équipe,
« On se sent vidé, isolé, il manque une part de soi et on ne sait pas quand elle reviendra. Je suis né à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza. Aujourd’hui, c’est une ville qui n’existe plus. Elle a été rasée. Le championnat est suspendu depuis trois ans et il n’y a plus de compétitions pour les jeunes. Le nombre de morts liés au sport s’élève à plus de 800. Lorsque je dois procéder à des convocations, je fais appel à des joueurs étrangers ou à des agents libres qui s’entraînent à l’étranger. J’ai perdu plus de 250 personnes dont des membres de ma famille, des collègues et des amis, mais ils sont toujours là. »
Nelly El-Masry est une des rares journalistes à couvrir encore la guerre à Gaza. C’est la première femme journaliste sportive palestinienne. Malgré les bombardements quotidiens, la pionnière continue à raconter les histoires sportives qui se déroulent dans les camps. Pour elle, toutes ces histoires sont le reflet de la résistance et de la résilience du peuple palestinien.
En plus de son métier, elle a largement collaboré pour l’égalité des sexes dans le sport en Palestine.
Les journalistes du magazine français So Foot ont réussi à recueillir ses propos et en voici un extrait assez évocateur de la force du sport dans la résistance palestinienne,
Question de So Foot : D’après les rapports de la fédération de football palestinienne, des centaines de footballeurs amateurs et professionnels ont été assassinés depuis le 7 octobre, sont-ils spécifiquement visés pour ce qu’Ils peuvent représenter ?
« Oui, tout le monde est visé, et les athlètes le sont spécifiquement. Ils sont des cibles lors des déplacements de population parce qu’ils mènent des initiatives sportives qui apportent un soutien psychologique aux enfants et aux jeunes. Parfois, par exemple, les joueurs de football de Deir al-Balah, dans le centre de la bande de Gaza, louent un terrain de football à cinq, partagent le loyer et jouent un match de football pour évacuer le stress. Le Comité olympique palestinien a publié une déclaration le 28 juin indiquant que 615 sportifs ont été martyrisés.»
Les athlètes porte-parole de la paix
Les championnats du monde d’athlétisme ont eu lieu à Tokyo en ce mois de septembre et le seul représentant palestinien était Mohammed Dwedar. Le spécialiste du 800m a envoyé ce message après sa course,
« Mon rêve est que tout le monde soit libre. Je veux juste envoyer un message au monde entier. Nous les enfants palestiniens, nous avons beaucoup de rêves et nous voulons les réaliser. »
Pendant ce temps en Belgique avaient lieu les championnats du monde de paracyclisme.
En 2018, Alaa al-Dali est atteint par une balle israélienne. On va être obligé de lui amputer la jambe. Depuis il est réfugié en Belgique. Il était le seul à représenter la Palestine à ces mondiaux. Ajoutons que l’Union Cycliste Internationale (UCI) a officiellement reconnu la Palestine comme pays.
Son rêve est de se qualifier pour les prochains Jeux olympiques en 2028. Mais avant cela, il pédale pour que sa voix soit entendue,
« Mon handicap a été causé par l’occupation. Je ne l’utilise pas comme un prétexte, mais je pédale comme un rêveur pour transmettre un message. L’occupation a essayé d’effacer mon rêve, mais elle n’y est pas parvenue. »
Depuis le début de l’offensive israélienne, Gaza compte le plus grand nombre de personnes amputées au monde. Selon l’ONU, elles seraient au nombre de 26 000. On recense à l’heure actuelle, 10 enfants qui sont amputés chaque jour.
En Ukraine, les sportifs envoient des messages de paix mais comptent aussi leurs morts
Depuis l’invasion russe en 2022, ils sont plus de 400 à avoir perdu la vie. Parmi les victimes, de nombreux olympiens comme l’haltérophile Oleksandr Pielieshenko. Deux fois couronné champion d’Europe et quatrième aux Jeux olympiques de Rio. Gymnastes, joueurs de soccer, biathlètes … s’ajoutent à la longue liste des victimes.
Pendant que des expositions sont organisées pour honorer leurs mémoires, la lutte continue et les démonstrations de force aussi. Ils étaient 140 à représenter leur pays en guerre lors du défilé des athlètes aux derniers Jeux olympiques de Paris.
La préparation de tous ces athlètes est un formidable exemple de résilience. La déclaration de la boxeuse Anastasia Kovalchuk illustre à elle seule la situation qui est vécue au quotidien,
« On est obligé de s’entraîner avec le son des explosions, avec le son des missiles quand les murs et les fenêtres tremblent. Mais on n’y peut rien, on est habitué à cela, on ne peut pas baisser les bras ! »
L’équipe nationale de soccer qui essaie de se qualifier pour la prochaine Coupe du monde de 2026 a dû s’exiler pour s’entraîner. La Slovénie, la République tchèque, l’Allemagne, l’Espagne et maintenant la Pologne sont les terres d’accueil de la Zbirna , le surnom de l’Équipe nationale.
Cette dernière a toujours été utilisée comme un emblème de la résistance ukrainienne. A plusieurs reprises, les joueurs ont profité de leurs déplacements pour défier le pouvoir russe. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, ils ont même osé défier les nazis !
En 1942, les Allemands décident d’organiser des rencontres entre l’équipe de aviateurs de la Luftwaffe et une équipe composée de joueurs du Dynamo et du Locomotiv de Kiev.
L’occupant veut montrer, par ces rencontres, la suprématie nazie et celle de la race aryenne. Malgré la présence sur le terrain d’un arbitre SS, l’équipe ukrainienne va ridiculiser à plusieurs reprises son adversaire allemande.
Malgré les menaces qui les obligeaient à perdre les matchs et le fait que les hommes étaient affamés, les joueurs ukrainiens vont tenir tête aux nazis et remporter haut la main les trois rencontres. La répression sera terrible. Certains seront assassinés et jetés dans le charnier du ravin de Babi Yar.
Utiliser le sport comme un moyen de résister à l’ennemi et envoyer un message au monde afin que l’on n’oublie pas que le conflit perdure, est donc bel et bien un outil.
« Ukraine, je t’aime, c’est pour toi ! », ce cri du cœur est celui de l’escrimeuse ukrainienne Olga Kharlan, après avoir remporté la médaille de bronze aux Jeux olympiques de Paris.
La première médaille de l’Ukraine. En 2023, aux championnats du monde, elle avait été disqualifiée car elle avait refusé de serrer la main à son adversaire russe. Elle avait alors déclaré,
« Nous les athlètes ukrainiens, nous sommes prêts à affronter les Russes sur un terrain sportif, mais nous ne leur serrerons jamais la main. »
Cette disqualification aurait pu lui coûter sa sélection pour les J.O de Paris, mais à la suite des pressions de sa fédération et du CIO, la jeune escrimeuse pourra réaliser son rêve olympique.
Perdre un membre mais pas l’espoir
La fin de semaine du 20 et 22 septembre dernier, la ville d’Odessa accueillait une compétition particulière, celle organisée par « Les guerriers libres ». Au basketball, le tir à l’arc et l’aviron, ils étaient des dizaines d’athlètes à être encouragés par la foule.
Comme le rapportent les journalistes de Radio-France qui ont réalisé le reportage, le point commun de tous ces athlètes c’est qu’ils ont été amputés en revenant du front ukrainien.
Depuis le début de l’invasion russe, ils seraient plus de 80 000 à avoir perdu l’usage d’un bras, d’une jambe et parfois les deux.
Pour la plupart, le sport a été une bouée de sauvetage à fois physique mais surtout psychologique. Le témoignage de Boris, un des joueurs de basketball illustre bien les traumatismes que vivent tous ces soldats et soldates qui reviennent du front,
« Je suis dans une période difficile … Les douleurs fantômes me font souffrir. Elles guident ma vie sociale. Le basket aide énormément : sur le terrain, c’est moi qui guide le fauteuil, c’est moi qui guide le ballon, pas la douleur. Ne pas sentir ces douleurs, c’est indescriptible. »
Marco, lui a perdu ses deux jambes dans une tranchée bombardée par un char russe. Le sport a été pour lui salvateur,
« Quand je suis rentré du front j’avais peur d’être inutile pour la société. J’ai trouvé ma place en aidant les gars qui sont dans la même situation que moi. »
L’Ukraine compte à l’heure actuelle cinq clubs de soccer professionnels avec des joueurs amputés. Il y a même un championnat qui est né malgré la guerre. Le sport devient ainsi une revanche sur la fatalité et pour la plupart des témoignages, une victoire.
Devant ce sinistre bilan et à la surprise générale, le Comité International Paralympique vient de voter à Séoul, la réhabilitation des athlètes russes et biélorusses pour les prochains Jeux paralympiques de Milan-Cortina en 2026.
Ce vote est fortement contesté et a déjà été rejeté par certaines fédérations sportives internationales paralympiques. Le CIO quant à lui maintient pour le moment l’exclusion des athlètes russes et biélorusses. Certains peuvent tout de même sous certaines conditions, participer sous bannière neutre.
Pendant que les instances sportives se déchirent, les athlètes ukrainiens blessés par la guerre, ont tous quitté les champs de bataille pour un terrain de jeu pacifique où ils réapprennent à vivre malgré le handicap.
Tous ces mutilés ont perdu un membre pour un idéal. Tant que leurs paroles seront présentes pour témoigner de l’horreur de la guerre, l’espoir de trouver une paix ne sera pas vain.


