À propos de l'auteur : Dominique Lapointe

Catégories : International

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US Navy/Tyler Thompson

Récupération des débris du ballon chinois abattu dans l’Atlantique.

Dominique Lapointe

La première puissance militaire du monde qui se fait passer des ballons-espions par la Chine à quelque 20 kilomètres d’altitude. Plus de deux fois la hauteur du mont Everest. Et pas de minces intrusions. L’une d’elles a traversé le continent pendant plusieurs jours. Tout laisse croire à une bande d’amateurs, mais il n’en est rien. Ce sont plutôt de simples civils américains qui ont joué un tour au Pentagone.

Ovni en vue

Le personnel de bord et les passagers d’un vol commercial ont été les premiers à observer un objet blanc bizarre qui semblait stationnaire, beaucoup plus haut qu’eux dans le ciel, le 1er février dernier.

Assez pour piquer la curiosité d’un journaliste et d’un photographe du Montana qui venaient d’apprendre que l’espace aérien de la région venait d’être fermé. À l’aide de téléobjectifs puissants, ils ont été les premiers à fournir des clichés de ce qui semblait être un énorme ballon.

Ces observations civiles n’étaient cependant pas les premières. On apprendra que le commandement du NORAD suivait déjà depuis quelques jours le premier ballon, et qu’on avait une idée bien arrêtée sur son origine et sa fonction. Après tout, quoi qu’on dise sur la difficulté technique de repérer ce type d’aéronef, nous sommes ici en présence du système de surveillance aérien le plus étendu et sophistiqué au monde, le NORAD.

Et en matière d’espionnage, espionner l’espion est parfois beaucoup plus intéressant et rentable que de mettre fin à ses opérations. Mais ici, trop tard. « Ils sont chez nous », diffusaient tous les médias du pays. Alors, comment justifier dans l’opinion publique qu’on laisserait violer l’espace aérien des États-Unis par une puissance étrangère sans rien faire, en apparence à tout le moins ?

Le prétexte du danger au sol, sûrement fondé, donnera cependant plus de temps pour continuer à étudier, regarder, écouter « la chose » avec entre autres des avions U2 capables de naviguer à ces altitudes stratosphériques.

Mais l’aventure chinoise prendra fin au-dessus de l’Atlantique et forcera le secrétaire d’État Antony Blinken à reporter sa visite en Chine sine die. On ne peut quand même pas rendre visite à un hôte qui nous espionne et qui nous ment sur la météo qu’il fait. Surtout à la veille d’un discours sur l’état de l’Union du président.

Que de ballons !

« Abattez ce foutu ballon », a claironné Donald Trump aux premiers jours de l’affaire. Mais on apprend maintenant que trois autres aérostats du même type auraient survolé le territoire américain pendant sa présidence. Le Pentagone affirmant même que son administration en aurait été avisée. « Fake news ! », répond Trump.

Pas moins d’une quarantaine de ballons d’observation auraient été repérés ces dernières années dans l’espace aérien d’autant de pays. Et depuis une semaine, les ballons semblent former une belle grande famille dans le ciel de l’Amérique.

On savait donc. Mais pourquoi tout cet émoi autour de ce qui semble être une affaire connue ?

Peut-être simplement parce que les Chinois sont juste les premiers à se faire prendre publiquement la main dans le sac de ballons, par des civils rappelons-le.

À qui le ballon ?

Cette chasse aux ballons marque le retour aux sources de la plus vieille technique de vol réussie des êtres humains.

Si l’invention de la montgolfière remonte au XVIIIe siècle, il faudra attendre la Grande Guerre pour que l’armée allemande développe des systèmes multiples à vocation purement militaire pour localiser les positions ennemies.

Pendant la Guerre froide, les États-Unis développeront des prototypes pour surveiller le territoire de l’URSS. Toutefois, la conquête spatiale avec ses satellites fera oublier la guerre stratosphérique.

Mai au XXIe siècle, le ballon, c’est redevenu très tendance.

Depuis 2016, les Américains travaillent à la mise au point de ballons stratosphériques de surveillance avec radars, caméras panoramiques et infrarouges, capteurs en tous genres et systèmes de communication en réseau.

L’intérêt est de pouvoir observer un périmètre donné le temps désiré, à peu de frais, ce qui est impossible avec les satellites de télédétection et de reconnaissance qui balaient le globe sans arrêt et dont le coût est considérable.

Autres avantages, la proximité des cibles qui renvoie une définition beaucoup plus fine que celle offerte par les orbites basses des satellites à plus de 500 kilomètres. Ajoutons la capacité d’enregistrement des données, qui permet de rembobiner pour mieux comprendre le déroulement d’un événement.

L’entreprise américaine qui a décroché un des contrats du Pentagone, Sierra Nevada Corporation, a aussi été choisie par le gouvernement britannique pour présenter un projet de ballons stratosphériques de surveillance.

Les Français aussi se sont lancés dans l’aventure gonflable. L’entreprise Hemeria a été mandatée pour concevoir des ballons géants d’observation capables de voler à plus de 50 kilomètres d’altitude et complètement dirigeables depuis le sol.

Et tout ce beau monde revendique essentiellement de nobles objectifs civils, comme la gestion de la circulation, la lutte contre la drogue, l’observation du territoire ou la prévision des catastrophes naturelles. Et tiens, pourquoi pas .. la météo !

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