À propos de l'auteur : Robert Frosi

Catégories : Sports

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Robert Frosi

Pour le commun des mortels, prendre un raccourci est synonyme d’arriver plus vite à sa destination. Dans le monde du sport il porte un nom : le dopage. 

Il n’existe aucun sport où le dopage ne fait pas son apparition. Certains seront surpris d’apprendre que le golf, le curling et même les échecs sont atteints par ce mal insidieux. 

Le problème dans le monde du sport c’est que la définition du dopage est à géométrie variable. Que l’on soit nageur chinois, numéro un mondial au tennis, jeune vedette du patinage artistique ou cycliste slovène, la sentence est loin d’être la même. Un peu d’histoire. 

En 1999, à la suite de l’une des plus grandes affaires de dopage, celle de l’équipe cycliste Festina, on a décidé de créer l’Agence mondiale antidopage. À l’époque, tout le monde saluait l’initiative. On allait enfin harmoniser les règles et surtout bâtir une liste des produits prohibés. Il faut dire que durant des années, la pharmacopée qui était légion dans les vestiaires sportifs aurait faire pâlir d’envie tous les Jean Coutu de ce monde.   

Mais, ce qui devait être une révolution va rapidement se transformer en guerre de tranchées. Les problèmes de l’Agence mondiale vont vite ressurgir. Harmoniser les cultures et les lois européennes, asiatiques, américaines, océaniques … devient une mission impossible. Les luttes de pouvoir vont rapidement devenir quotidiennes. Ce qui devait arriver, arriva et la crédibilité de l’AMA sera de plus en plus remise en question. Il faut dire qu’au siège de l’organisation mondiale, on a développé l’art de l’opacité.  

Des sentences à deux vitesses 

Il y a eu ce scandale retentissant de la jeune patineuse russe Kamila Valieva aux Jeux olympiques en Chine en 2022. Une jeune adolescente qui va être l’otage d’une guerre entre les Russes, l’AMA et le CIO. On va retrouver un produit dopant chez la patineuse qui va subir l’opprobre internationale. Les limiers de l’antidopage sont convaincus de la tricherie, même si certains spécialistes sont dubitatifs car le produit incriminé n’aurait aucun effet sur la performance.  

À ce jour rien n’est encore réglé dans cette affaire. Même si les Russes ont une réelle responsabilité dans cette affaire, le CIO et l’Agence mondiale ont fait preuve d’un certain laxisme. La solution aurait été de revisiter l’histoire et de proposer un jugement de Salomon avec une justice équitable. Ces  « adultes » ont lâchement laissé cette jeune patineuse étouffer dans l’étau qu’ils avaient créé. Personne ne voulant le desserrer même si tout le monde connaissait l’irrémédiable fin. Celle d’une adolescente victime de l’ignorance et de l’indifférence humaine et qui a vu sa vie et carrière ruinée. 

Une affaire incroyable qui arrive de Chine 

À quelques mois des Jeux olympiques de Paris, un autre scandale éclate et va éclabousser l’Agence mondiale antidopage. Plus de vingt nageurs chinois ont échoué à des tests antidopage lors de compétitions en Chine. L’Agence mondiale va tenter de camoufler l’affaire. Prise en flagrant délit, elle fera marche arrière en avançant une histoire rocambolesque. Le produit dopant était dans une cuisine de l’hôtel et aurait été versé de manière malencontreuse dans l’alimentation des sportifs. De plus, la quantité retrouvée était trop infime pour parler d’un avantage certain. 

Dans cette affaire plusieurs questions se posent. Un cas de dopage est un cas de dopage et il doit être signalé, c’est ce qui prévaut dans les règlements de l’AMA. Pourquoi alors, l’Agence mondiale n’a-t-elle pas demandé une enquête ? Pourquoi s’est-elle fiée uniquement aux conclusions de l’agence chinoise ? Le produit retrouvé chez les nageurs chinois est le même que celui qui a causé l’exclusion de la jeune patineuse russe, on peut se demander pourquoi les deux affaires n’ont pas eu droit au même traitement ? Le fait que la Chine soit le plus grand bailleur de fonds de l’Agence mondiale est-il une des explications ? 

Cette affaire a déclenché l’ire de certains pays européens et principalement celle des États-Unis qui ont fini par retirer leur importante contribution à l’Agence mondiale. Le quasi-silence du Comité International Olympique face à cette affaire est aussi questionnable. Il faut dire que l‘équipementier chinois ANTA sports a signé une entente lucrative avec le CIO pour habiller tout son personnel. De plus, le géant chinois du commerce en ligne Alibaba a signé un contrat pharaonique pour avoir les droits olympiques jusqu’en 2028. Certaines sources l’estiment à plus de 800 millions de dollars américains. 

Balle jaune et petite reine 

Une autre affaire rend la lutte contre le dopage de plus en plus problématique. Celle du numéro un mondial au tennis, l’Italien Janick Sinner. Il a été contrôlé positif à un produit prohibé. Il a plaidé qu’il n’ avait pas l’Intention de tricher et que la faute incombe à son entourage qui a utilisé un médicament sans le contrôler au préalable. La sanction est d’une telle légèreté (trois mois) qu’elle ne fait pas l’unanimité sur le circuit. Certaines grandes raquettes mondiales dénoncent cette sentence bonbon. Encore une fois, l’AMA va envoyer le mauvais message en entérinant la sentence. 

Si Sinner avait été trentième ou quarantième au classement mondial est-ce que la sanction aurait été la même ? La question mérite d’être posée. 

Le monde cycliste n’est pas épargné avec l’arrivée de la nouvelle fusée slovène. Le jeune cycliste Tadej Pogacar pulvérise les records et laisse ses premiers poursuivants à des années lumière des classements. 25 victoires en 2024, trois Tours de France, un tour d’Italie, un championnat du monde … 

Cet incroyable fossé qui le sépare de ses adversaires laisse passablement dubitatifs même les plus tolérants des observateurs du cyclisme. Le Français Antoine Vayer, est un fervent partisan de la lutte antidopage, il a été l’entraîneur de l’équipe cycliste Festina et il a côtoyé de près le monde du dopage cycliste. Depuis 30 ans, il surveille de très près les performances et celles du jeune Slovène sont tout simplement ahurissantes. 

Elles lui rappellent les années sombres des plus grands dopés. De Marco Pantani à Lance Armstrong. Il calcule méthodiquement, la puissance développée par les coureurs qu’on appelle les watts. 

Les constatations du chercheur sont renversantes. Les watts développés par Tadej Pocacar sont surhumains. Selon Antoine Vayer, on ne peut pas monter les cols les plus terribles avec une telle aisance et sans montrer le moindre signe d’efforts. Ses ascensions sont encore plus vertigineuses que les cols eux-mêmes. Voilà ce qu’Il me déclarait lors d’une entrevue : 

« On peut dire que sur des efforts de 40 minutes dans des cols après cinq heures d’efforts, Pogacar a réussi à faire l’exploit du cyclisme sur toute l’histoire. Armstrong a été la plus grande fraude de l’histoire et Pogacar est celui qui a fait la plus grande fraude de l’histoire du vélo. Dans le plateau d’Adet, Pogacar est arrivé avec deux minutes de moins que la meilleure performance de l’histoire d’Armstrong en 2001. Le lendemain sur le plateau de Beille, il bat de quatre minutes le record établi par Marco Pantani. »

Pour le moment Pogacar bénéficie du manque de preuve, mais il laisse un goût amer à la plupart des observateurs, même les plus amoureux de la petite reine. Comme dirait les plus cyniques, The show must go on ! 

Faut-il rappeler qu’on a fermé les yeux durant plus d’une décennie sur les performances plus que douteuses de l’Américain Lance Armstrong avant que l’on découvre la vérité crasse. 

Aujourd’hui encore on tergiverse sur la dangerosité des produits qui circulent dans le monde du sport et en particulier dans le cyclisme. On parle même de l’utilisation du monoxyde de carbone et de ses propriétés pour améliorer la performance. Durant des mois on a louvoyé pour savoir s’il fallait interdire le procédé.  

Même chose pour les cétones, des compléments qui permettent de maigrir tout en conservant ses forces et qui favorisent aussi la récupération. L’Union cycliste internationale (UCI) et l’Agence mondiale préfèrent fermer les yeux en laissant les coureurs les utiliser ou non malgré les risques pour leur santé. 

Les grandes fédérations sportives et l’Agence mondiale antidopage se font complices du grand flou qui est savamment entretenu pour donner le meilleur et surtout le plus rentable des spectacles. 

Pour se donner bonne conscience elles délivrent même des permissions de prendre des produits prohibés avec ce que l’on appelle AUT, Autorisation à Usage Thérapeutique. Cela permet à certains athlètes de prendre des produits pour se soigner même s’ils sont sur la liste des produits interdits 

Ce qui fait dire aux plus soupçonneux que même lorsque l’on est malade on peut se présenter à une compétition. Plusieurs athlètes remettent en cause l’équité sportive et dénoncent ce qu’ils appellent des « permis de se doper ». 

Ici, prendre un raccourci ne veut pas dire que le chemin sera plus rapide. Ce que devraient comprendre les tricheurs, c’est qu’il faut parfois prendre des chemins plus longs pour en apprécier tous leurs contours. Dans notre société avide de résultats, certains pensent que pour réussir il faut toujours aller plus vite quel que soit le prix à payer. Ils ne savent peut-être pas que le temps finira toujours par les rattraper. 

 

 

 

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