À propos de l'auteur : Robert Frosi

Catégories : Sports

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Robert Frosi

Pendant que l’armée israélienne continue son offensive dans la bande de Gaza, cela peut paraître incongru et surtout ne pas correspondre à une réelle urgence, de parler de sport en Palestine. Pourtant, il a été depuis longtemps un outil de résistance.

Déjà dans les années 1930, le nom de certains clubs de soccer étaient ceux de leaders militaires. Le sport en Palestine est au cœur de l’identité nationale. Pour la plupart des observateurs, c’est l’un de ses ciments.

Le sport va servir la cause palestinienne car il va la sortir de ses frontières. Pendant que certains pays tergiversent sur la reconnaissance de la nation palestinienne, le monde du sport va lui donner une légitimité.

Depuis 1995, le Comité International Olympique, pourtant très frileux à l’idée de s’immiscer dans le domaine politique, va reconnaître la Palestine comme nation. Ce qui est curieux, c’est que la Palestine était autorisée à participer aux derniers Jeux olympiques à Paris alors que la France ne reconnaît pas encore l’État palestinien, alors que plus de 140 pays membres de l’ONU reconnaissent son existence. Les fédérations de natation et d’athlétisme font partie de ces instances sportives internationales qui ont reconnu la Palestine comme un pays.

Le fait d’avoir cette reconnaissance internationale dans le monde du sport, va irriter les autorités israéliennes qui vont aussi cibler les infrastructures sportives lors de leurs bombardements.

Depuis les années 1920, Gaza va être au cœur de l’activité sportive en Palestine. Pour certains, c’est même le poumon du sport palestinien. Selon la plupart des ONG, plus de 70 % de ses infrastructures ont été détruites. Des centaines d’athlètes et entraîneurs ont perdu la vie. La fédération palestinienne de football, estime que depuis le mois d’octobre 2023, début de la guerre, plus de 400 sportifs ont été tués. Des clubs comme celui de l’Amitié ont perdu l’ensemble de leurs dirigeants. D’ailleurs les sièges du Comité olympique et de la Fédération nationale ont été détruits. La plupart des stades sont aujourd’hui des ruines. Ceux qui n’ont pas été encore bombardés font office d’hôpitaux de campagne.

La FIFA et la politique des trois singes

Devant cet anéantissement du sport palestinien, la fédération de football a réclamé en mai 2024, l’expulsion d’Israël de la FIFA (Fédération Internationale de Football Association ). Son président Gianni Infantino a refusé qu’un vote soit tenu sur l’expulsion d’Israël, renvoyant aux calendes grecques sa décision.

Pendant ce temps, sur le terrain, les joueurs palestiniens, qui ont vécu, c’est le cas de le dire, un véritable parcours du combattant pour être réunis et s’entraîner, ont réussi l’exploit de se rapprocher d’une éventuelle qualification pour la Coupe du monde de 2026. Quand on sait que plus de 300 joueurs sont morts et que les joueurs encore vivants doivent s’entraîner aux Émirats arabes unis et sont à court de compétition, on peut parler de résultat historique. Et les « embûches » ne datent pas d’aujourd’hui.

Faut-il rappeler qu’en 2006, l’armée israélienne avait empêché les joueurs palestiniens de participer à la phase de qualification de groupes de la Confédération asiatique de football ? En 2007, on refuse aux joueurs de participer à un match décisif de qualification pour la Coupe du monde contre Singapour. Au lieu de condamner Israël, la FIFA a décidé de donner la victoire à Singapour.

Depuis, on ne compte plus les brimades israéliennes pour empêcher l’équipe nationale de se réunir. En 2019, on a même empêché la tenue de la finale de la coupe de Palestine car on a interdit à Khadamat Rafah, l’équipe basée à Gaza de se rendre en Cisjordanie.

Mais qu’importe, le caractère symbolique de la résistance des joueurs palestiniens est à l’image de leur peuple. Quand les joueurs de Gaza sont empêchés de rejoindre l’équipe, ce sont ceux de la Cisjordanie ou de la diaspora qui les remplacent.

Le monde du sport se mobilise

On dit souvent que les sportifs vivent dans leur bulle. Égoïstes, sans penser à ce qui se passe autour d’eux. Et pourtant, depuis le mois d’octobre 2023, ils sont nombreux à prendre la parole publiquement pour dénoncer l’horreur et les atrocités commises en Palestine.

S’il y a un monde feutré qui ne fait jamais de bruit, sauf sur les circuits, c’est celui de Formule 1. Le septuple champion du monde, Lewis Hamilton a déclaré sur son compte Instagram,

« Assez, c’est assez, nous ne pouvons pas continuer de regarder cette tragédie se dérouler sans nous exprimer. Le traumatisme et la terreur que subissent tant de personnes, en particulier des enfants innocents sont horrifiants. Cela doit s’arrêter ! »

L’ancienne grande vedette du soccer français et du club anglais Manchester United, Éric Cantona, a fait cette sortie : « Y a-t-il encore quelqu’un pour soutenir ces criminels … Y a-t-il encore quelqu’un qui ne qualifierait pas cela de génocide ? »

La joueuse de tennis, l’Américaine Coco Gauf, a, elle aussi, ajouté sa voix dans ce concert de condamnations.

« Je pense qu’il est très ignorant de dire que vous n’êtes pas au courant car c’est partout, vous le voyez aux informations et je pense qu’il est important pour nous, en tant que civils privilégiés, de faire nos recherches et de continuer à demander à nos dirigeants de provoquer un changement. »

Dans le cadre des Jeux olympiques de Paris, le spécialiste de la géopolitique du sport, Jean-Baptiste Guégan a déclaré en prenant l’exemple de la Palestine,  « le sport est un vecteur de reconnaissance internationale. Il permet de se montrer au monde. Là où vous pouvez ne pas être reconnu par l’ONU, le sport vous accueille au regard du mythe apolitique qu’il fonde ».

Malgré toutes les entraves dont ils sont victimes, les sportifs palestiniens continuent de défiler sous leur drapeau et leur hymne national pour montrer qu’ils sont toujours vivants.

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