À propos de l'auteur : Claude Lévesque

Catégories : Environnement

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    Un glacier dans le Montana.   

Claude Lévesque
 
Les glaciologues étudient le phénomène scientifiquement. Les populations directement affectées, les alpinistes et même les randonneurs du dimanche l’ont constaté eux aussi et ce, depuis un bon moment : les glaciers de montagnes, qui ont pris des dizaines, voire des centaines de milliers d’années à se constituer, fondent à vue d’œil et risquent presque tous de disparaître à plus ou moins brève échéance.
 
Le Parc national des Glaciers, dans l’État américain du Montana, devra probablement changer de nom avant la fin du siècle, peut-être beaucoup plus tôt. La Mer de glace, un important glacier situé sur le flanc nord du Mont Blanc dans les Alpes françaises, a reculé d’environ 100 mètres en 30 ans, tout en s’amincissant bien entendu. 
 
Le réchauffement planétaire affecte sérieusement les glaciers de montagnes presque partout. Ces masses constituées de glace et de neiges qu’on hésite maintenant à qualifier d’« éternelles » contribuent à la hausse du niveau des océans, entre autres conséquences. 

Bien sûr, les calottes glaciaires du Groenland et de l’Antarctique sont les principales responsables de ce phénomène vu leur étendue et leur masse incroyables : elles ont perdu plus de 400 milliards de tonnes par année entre 2005 et 2015, ce qui correspond à une élévation du niveau des océans de près de 1,2 millimètres chaque année. 
 
« La montagne et l’eau finiront par se rencontrer »
 
Les glaciers de montagne ne sont pas vraiment en reste cependant, puisqu’ils ont perdu 280 milliards de tonnes annuellement pendant la même période, ce qui n’est quand même pas négligeable. [1] Comme le dit le proverbe chinois, « la montagne et l’eau finiront par se rencontrer ».
 
C’est le GIEC[2], ce groupe de savants empêcheurs de polluer en rond, qui nous rappelle ces chiffres et le sentiment d’urgence qu’ils devraient susciter. 
 
Pour la première fois, il a consacré un chapitre entier à la situation des régions de hautes montagnes dans son dernier « Rapport d’évaluation », qui a paru en août 2021 en prévision de la COP26 tenue à Glasgow en novembre. 
 
Le GIEC note que les changements climatiques dans ces régions affectent aussi bien les populations humaines que la flore et la faune, donc la biodiversité, l’agriculture, l’approvisionnement en eau, la production hydro-électrique, le tourisme et l’économie en général. Le groupe rappelle qu’environ 15 % de la population mondiale habite dans des régions de haute montagne.
 
Sur tous les continents
 
On compte environ 220 000 glaciers de montagne dans le monde. Des plus petits aux plus grands. On en trouve sur tous les continents. Lesquels sont les plus menacés ? La réponse n’est pas simple. Elle dépend de l’échéance considérée et des hypothèses retenues pour l’ampleur du réchauffement planétaire. 
 
« Sur 20 ans, il s’agit de l’Alaska, de l’Islande, des Alpes et des Andes. Sur des périodes plus courtes (5 ans) on voit que cela varie d’une région à l’autre. Par exemple, sur les cinq dernières années l’amincissement record est mesuré en Nouvelle Zélande : les glaciers y ont perdu plus de 1m50 en moyenne chaque année », répondait, le 4 avril dernier, le glaciologue Étienne Berthier du CNRS, interrogé sur France-Culture. 
 
Les trois montagnes qui abritent des glaciers en Afrique sont situées près de l’Équateur. Il s’agit du Kilimandjaro, du Mont Kenya et du Rwenzori. Ces névés n’en ont plus que pour une ou deux décennies[3]. La disparition des glaces et des neiges situées sur la pyramide de Carsten en Nouvelle-Guinée, le plus haut sommet de l’Océanie, également situé sous l’Équateur, est encore plus imminente.
 
Un demi mètre par année
 
Les glaciers de montagne s’amincissent tous à un taux moyen d’un demi mètre par année, selon les spécialistes. « Ce taux a doublé au cours des vingt dernières années », notait Regine Hock, professeure de Géosciences à l’Université d’Oslo, lors de la COP26. [4].
 
Dans l’Himalaya et l’Hindou Kouch, où se dressent les plus hauts sommets de la planète, une bonne partie des glaciers auront disparu à la fin du siècle au rythme où vont les choses. Même si l’humanité réussit à limiter le réchauffement planétaire à 1,5 degré, un bon tiers d’entre eux auront fondu d’ici l’an 2100.
 
Il s’agit de sources d’eau essentielles pour environ 250 millions d’habitants dans les vallées avoisinantes. En outre, ils alimentent les rivières et les fleuves (Yangtze, Gange et Mékong, notamment) dont dépendent environ 1,6 milliard d’autres personnes pour l’énergie et la nourriture.
 
Au Pérou, en ce moment, la fonte des glaciers rend disponible une plus grande quantité d’eau que précédemment et contribue à une production agricole accrue, mais cette embellie risque d’être de courte durée.
 
Châteaux d’eau
 
Les hautes montagnes constituent des châteaux d’eau pour de très nombreuses personnes. L’eau y est stockée en hiver et libérée au moment où les populations en ont le plus besoin, notamment pour l’agriculture. 
 
Sur la planète, 70% de l’eau douce est emprisonnée dans les glaces. « Ce rôle est menacé alors qu’il est vraiment important dans certaines régions arides. Donc il est important d’anticiper le moment où il n’y aura plus de glaciers », note le glaciologue Étienne Berthier, dans la même entrevue accordée à France-Culture. 
 
Sont-ils tous appelés à disparaître et que peut-on faire? « Il n’y a pas d’autre solution que d’aller vers une réduction de nos émissions de gaz à effet de serre et donc de limiter l’augmentation de température ».
 
L’UNESCO a élevé au rang de sites du patrimoine mondial plusieurs massifs montagneux dont certains sont couverts de neige et de glace. La haute montagne a inspiré des écrivains célèbres comme Henri Troyat. 
 
Des alpinistes professionnels comme Roger Frison-Roche et Jon Krakauer sont devenus des écrivains de talent. Il n’est cependant pas nécessaire d’avoir remporté le Goncourt ni d’avoir conquis des sommets pour en apprécier la beauté. Et qui pourrait dire que ceux-ci seraient aussi éblouissants sans leurs chapes blanches? 
 
Les changements climatiques ont dans ces régions des impacts négatifs sur le tourisme et les sports tels que le ski, le snowboard et l’alpinisme. De gros rochers ayant perdu leur ancrage dans la glace se détachent régulièrement du Mont Blanc et dégringolent vers la vallée, réduisant considérablement le nombre de voies que les alpinistes peuvent emprunter pour se rendre jusqu’au sommet. 
 
Les glaces servent à réguler le climat car elles réfléchissent jusqu’à 95% des rayons du soleil. Leur disparition constitue donc un cercle vicieux qui accélère considérablement le réchauffement planétaire.
 
[1]«La fonte des glaciers, aussi inquiétante que celle des calottes polaires, estime l’ONU», une dépêche de l’Agence France-Presse datée du 29 août 2021
[2]Groupe international d’étude sur le climat
[3]“Africa’s Last Rare Glaciers May Soon Disappear”, Smithsonian Magazine, 21 octobre 2021
[4]Propos rapportés par le site de UKClimbing.

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