À propos de l'auteur : Marie-Josée Boucher

Catégories : Société

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Marie-Josée Boucher

Vivre une belle retraite est souvent lié, à juste titre, à une saine sécurité financière. Pourtant, elle est également fondée, et ce trait est largement sous-estimé, sur une préparation psychologique adéquate.

Marie-Josée Boucher

Selon les données de son document Statistiques 2020, l’Institut de la statistique du Québec démontre que de 2000 à 2020, les bénéficiaires du Régime de rentes du Québec âgés de 60 ans sont passés de 18 845 à 25 244 par année, avec des pointes à plus de 27 000 de 2009 à 2012, et à un sommet inégalé jusqu’à présent de 39 134 en 2014.

À la lumière de ces chiffres, vivre une belle retraite prend de plus en plus d’importance pour les 60 ans et plus.

Changement de vie et équilibre

Même si le volet financier est capital à la retraite, cette période clé de la vie de toute personne n’en est pas le seul élément, bien au contraire. « La retraite, ça va au-delà de l’aspect financier. C’est un changement de rôle important.  »

Sébastien Grenier est psychologue et professeur agrégé au département de psychologie de l’Université de Montréal. Il est également chercheur au Centre de recherche de l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal (CRIUGM).

En entretien téléphonique, M. Grenier explique que du jour au lendemain, une personne passe de travailleur(se) à retraité(e). Ce sont trois piliers de sa vie qui disparaissent : le sentiment d’être utile, l’identité professionnelle et le réseau social.

« Si la personne s’est longtemps définie par son travail, voire si elle y a surinvesti ses énergies, ce sera plus difficile de réussir sa retraite. » C’est pourquoi, souligne-t-il, une planification s’impose, un an ou même quatre à cinq ans à l’avance, dans certains cas.

Le psychologue estime que si la nouvelle personne retraitée menait déjà une vie équilibrée, c’est-à-dire qu’outre le travail, elle compte, par exemple, des amis, une vie amoureuse, des loisirs et des activités sportives, elle réagira mieux au changement et vivra moins de détresse psychologique.

De plus, ajoute-t-il, les gens vivent maintenant plus longtemps. « Une personne qui prend sa retraite à 60 ans peut facilement vivre 20 ans à la retraite, voire plus. On a hâte d’avoir du temps libre, mais il y en a beaucoup à la retraite. Il faut trouver un ou des centres d’intérêt où l’on puisse s’épanouir. »

Lise-Michet Sickini ([email protected]) est psychosociologue. En entrevue téléphonique, elle rapporte qu’avant de prendre elle-même sa retraite il y a dix ans, elle a travaillé dans le milieu de l’éducation.

Depuis près de 25 ans, elle dispense des sessions de préparation à la retraite sur mesure pour les entreprises.

« Au début, la question qui motive les participants, c’est l’aspect financier. À la fin, c’est unanime. Les gens me disent : Nous n’avions jamais pensé que l’aspect psychosocial était aussi important que le volet financier », confie-t-elle.

Une réflexion sur soi s’impose alors, poursuit-elle. « Un des plus grands secrets de la retraite réussie, c’est la connaissance de soi », affirme-t-elle.

Elle suggère, par exemple de prévoir une, deux ou trois activités par semaine comme première étape, tout en demeurant disponible pour d’autres activités qui pourraient se présenter.

Pour diverses raisons, comme la maladie, le décès d’un proche ou une abolition de poste, la retraite devient hâtive ou involontaire. « Il ne s’agit pas de penser au pire, mais la retraite ne se passe pas toujours de la façon dont on l’avait imaginé », signale Sébastien Grenier. C’est pourquoi, observe-t-il, il est sage de préparer plus d’un plan de retraite : un plan A, un plan B et un plan C.

Situation de vie

Lise-Michet Sickini et Sébastien Grenier abondent dans le même sens : la retraite ne se vit pas de la même façon, selon qu’on soit célibataire ou que l’on vive en couple. Pour Mme Sickini, le réseau social et les activités prendront davantage d’importance pour la personne célibataire. Elle estime qu’elle devra sortir souvent de sa zone de confort, et exercer des activités qui lui feront rencontrer des gens.

La dynamique est différente pour les couples. Dans sa formation offerte, Mme Sickini trace côte-à-côte trois cercles au tableau : moi, toi et notre couple. « Il faut trouver des activités agréables dans les trois cas. Ce sera important de maintenir cela à la retraite. »

À ce sujet, Sébastien Grenier avance que des études ont démontré qu’en général, pour un couple, la retraite est davantage réussie quand les deux conjoints ne la prennent pas en même temps, et laissent passer quelques mois, voire un an ou deux, entre les échéances respectives.

Mme Sickini favorise également un temps d’adaptation. « Allez-y mollo. Donnez-vous le temps. » Il peut s’agir, par exemple, d’attendre un an avant de décider de vendre la maison, devenue trop grande, pour changer d’environnement. Elle propose plutôt de réaménager, dans l’habitation, un espace où chacun pourra s’aérer.

Lise-Michet Sickini et Sébastien Grenier conseillent aussi de revoir régulièrement ses besoins à la retraite pour mieux s’ajuster.

Éviter le mirage

Chasser les illusions de paradis liées à la retraite est un autre facteur de succès. « Il n’y a rien de magique à la retraite », résume M. Grenier.

« Le danger, enchaîne Mme Sickini, c’est de perdre intérêt et de ne pas être conscient qu’on est en train de s’enliser. Il faut se ressaisir. Ça ne veut pas dire de ne pas profiter de la vie, mais d’assurer un juste équilibre.» Autrement dit, un savant dosage de relaxation et d’activités intéressantes et stimulantes.

Perspectives

Sébastien Grenier précise que ses propos touchent les baby-boomers, ceux et celles qui ont souvent occupé le même emploi pendant des années. Ce n’est pas le cas, selon lui, des jeunes générations, plus mobiles en emploi. « Le concept de retraite va probablement changer », prédit le psychologue.
Lise-Michet Sickini fait valoir que la retraite offre tout un éventail de possibilités. « C’est le temps d’être égoïste. Enlevez vos œillères! Plus on se met en action, plus on obtient de l’information qui nous emmène à des endroits où nous ne serions pas allés ! », lance-t-elle.

En somme, il n’y a pas de recette miracle ni de liste précise d’ingrédients pour réussir sa retraite. « La retraite idéale, c’est vraiment celle qui nous rend heureux(se) », conclut Mme Sickini.

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