À propos de l'auteur : Dominique Lapointe

Catégories : International

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Capture d’écran

11 avril 2026, manifestation du mouvement Alphabet Resistance sur le viaduc de 50e rue, Seattle. 

Il y a un an, En Retrait exposait un trait de caractère de Donald Trump qui s’apparentait à un trouble de personnalité pathologique, soit un narcissisme malin (1). La vengeance contre des personnalités s’étant opposées à lui et la persécution des migrants relevant d’un sadisme symptomatique de cette déviance. Nous nous basions sur l’analyse d’une trentaine d’experts qui avaient mis en garde les Américains sur les dangers présumés de sa santé mentale en 2017. Aujourd’hui, plus de la moitié des Américains croient que leur président n’est pas mentalement apte à la fonction (2) !

Dominique Lapointe

12 avril 2026, une nuit Truth Social dans la vie de Donald Trump (3):

21:49: il poste une image IA de lui-même en Jésus

21:50: il poste une image IA d’une Trump Tower sur la Lune

22:10: il partage une blague vue sur le net

22:32: il partage une vidéo de nouvelles

22:53: il partage une autre vidéo de nouvelles

12:43: il annonce son propre blocage du détroit d’Hormuz

02:35: il partage un article sur Joe Biden

02:36: il partage un article sur son blocage naval annoncé 2 heures plus tôt

02:37: il partage un article sur le représentant démocrate Eric Swalwell

02:38: il partage un article sur sa future salle de bal

04:10: il partage un article sur l’Iran

Donc, avant et après une décision de portée mondiale à 12:43, soit de concurrencer l’Iran dans son blocus du détroit d’Hormuz, que se passe-t-il dans le cerveau noctambule de Donald Trump ?

Et le jour, quand il n’est pas en conférence de presse dans le Bureau ovale, pendant laquelle il sommeille à l’occasion, Trump accorde des interviews en ligne et par téléphone aux médias qu’il aime bien.

Car Trump adore visiblement être vu, entendu, lu. Beaucoup.

Le soir où il est une fois de plus victime d’une tentative d’assassinat, il proposera de poursuivre la cérémonie afin de livrer le discours qu’il avait prévu pour les journalistes et ses invités. Quand on lui fera comprendre que la chose serait pour le moins insensée, il convoquera les médias à la Maison-Blanche pour 22 heures. Au bout d’une envolée factice qui se voulait rassembleuse (l’attentat sera la faute des démocrates et leur Antifa dès le lendemain), il finira par se dire honoré d’être si souvent la cible de tireurs, car c’est le destin des grands de ce monde.

Il aura même publié sur les réseaux sociaux la photo du suspect plaqué au sol que lui avaient transmise les services secrets quelques minutes après son arrestation.

Pour Trump, le spectacle improvisé ici est total. Il profitera même de la tribune pour y balancer une pub pour sa salle bal « haute sécurité ». L’occasion parait tellement parfaite qu’elle alimentera encore les théories complotistes sur une mise en scène, comme lors de l’attentat du ralliement de Butler en 2024.

Trop c’est Trump

La charge d’un chef d’État démocratique dépasse la capacité cognitive d’un seul individu. C’est pour cette raison qu’ils disposent de conseillers, ministres et autres hauts fonctionnaires pour gérer la nation. Par son rôle géostratégique et la complexité de sa politique intérieure, on peut facilement multiplier ce défi par dix aux États-Unis d’Amérique.

Mais qu’arrive-t-il quand un président nomme de purs incompétents aux commandes du pays, impose des tarifs douaniers aux pingouins, se met en scène dans un avion virtuel et déféquant sur ses citoyens, démarre une guerre contre l’avis de son entourage civil et militaire, somnole devant les caméras, et finalement se transforme en Jésus sur les médias sociaux juste après avoir attaqué le pape sur son média social?

Outre une majorité du public, des élus démocrates et même certains militaires à la retraite qui mettent en doute la cohérence de Donald Trump, d’autres experts se sont ajoutés à la cohorte de 2017 pour s’inquiéter vivement de la santé mentale du président. Certains, comme le psychiatre français connu, Boris Cyrulnik, évoquait récemment une personnalité psychopathe, c’est-à-dire un être obsédé par sa réussite individuelle, sans limites à ses pulsions de quelque nature qu’elles soient, mais toujours responsable de ses actes. Pas de la pure folie insiste-t-il.

Et le terme psychopathe est intéressant comme on verra.

Le devoir d’alerter

L’American Psychiatric Association et certains de ses membres ne sont pas d’accord avec ces avis publics d’experts. Ils rappellent la fameuse règle Goldwater (1973) de la profession, un principe qu’on voulait sacro-saint, qui impose l’évaluation clinique avant tout jugement sur la santé mentale d’un individu (1). On avance le risque de porter des diagnostics dans des débats qui relèveraient avant tout de la politique et qui peuvent devenir précisément des armes politiques.

Mais depuis le Trump 45 de 2017, cette règle n’a jamais été aussi controversée. Jugée même obsolète par plusieurs.

On invoque ici le devoir des professionnels d’alerter le public des dangers que peut représenter un dirigeant instable et impulsif. Pour ce faire, on affirme que les connaissances actuelles en la matière sont amplement suffisantes pour porter un jugement pertinent par des observations fondées, et pas exclusivement par des rencontres en cabinet.

Ce qu’illustrent quantité de biographies de dirigeants qui décrivent avec justesse l’enjeu de leur santé dans les affaires de l’État. Faut-il avoir eu Bokassa, Pinochet, Lénine ou Hitler sur le divan pour juger de leur équilibre psychologique?

On fait d’ailleurs valoir la limite d’une rencontre privée avec un manipulateur professionnel, alors que sa véritable nature se révèle dans son comportement public.

En matière de valeur tout aussi médicale que politique, on rappelle que les gouvernements et les militaires avisés produisent couramment des évaluations  avec des experts pour mieux connaitre leurs vis-à-vis à l’étranger.

Encore plus concrètement, on souligne que les profils psychologiques de délinquants à partir de leurs seuls agissements et des témoignages d’experts et de témoins sont communs devant les tribunaux pour juger non seulement de la gravité des actes reprochés, mais également de la responsabilité du prévenu et de son risque de récidive.

Par exemple, alors que le diagnostic distinct de psychopathe ne s’inscrit pas dans la nomenclature officielle de la psychiatrie moderne (on préfère l’évoquer dans les troubles de la personnalité antisociale), il sera souvent avancé en cour pour décrire la dangerosité, la chronicité du comportement délinquant et sa pleine conscience du mal perpétré, quand ce n’est pas sa jouissance.

Mais le diagnostic et le pronostic se compliquent considérablement quand on a affaire à un homme vieillissant, de peu de culture générale (4), avec une intelligence visiblement pas débordante, outre des réflexes d’entrepreneur qui l’ont conduit plus d’une fois à la faillite et à la fraude alléguée et condamnée.

Se sachant en observation plus que jamais, Donald Trump se vante aujourd’hui d’avoir réussi plus d’une fois le test cognitif de Montréal, un outil reconnu de dépistage précoce de la démence sénile mis au point à l’Université McGill. Un aveu qui, dans les circonstances, est en soi troublant pour un chef d’État en train de bouleverser l’ordre mondial.

Il a évoqué une question du test où il faut identifier des animaux:  « Il y a un lion, une girafe, un ours, un requin, et ils demandent lequel est un ours », a-t-il précisé.

Selon lui, il aurait donc finalement identifié avec succès l’ours.

Dans le test de Montréal … il n’y a pas d’ours.

 

 

 

1 – Lire TRUMP FOU? PIRE ENCORE, En Retrait, février 2025

2 – Lire, Most Americans say Trump is mentally, physically          unfit to serve effectively: Poll, The Hill, 4 mai 2026, https://thehill.com/homenews/administration/5862406-trump-mental-fitness-physical-health-poll/

3 – Il s’agit ici d’un des nombreux échantillons compilés par le jeune influenceur démocrate Harry Sisson, un nouveau diplômé de sciences politiques (NY University) qui compte plus de 4 millions d’abonnés sur quatre plateformes numériques aux États-Unis.

4 – Lire TRUMP ET L’IGNORANCE DE DESTRUCTION MASSIVE, En Retrait, décembre 2024.

 

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