À propos de l'auteur : Serge Truffaut

Catégories : International

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Christian Tiffet

Serge Truffaut

À bien y penser, Jacques Chirac aurait dû faire du journalisme plutôt que de la politique, car il avait une maîtrise aiguisée du constat. À preuve, celui formulé par lui il y a des lunes et qui reste d’actualité comme jamais : « Les emmerdes, ça vole toujours en escadrille . » Depuis un mois maintenant, l’escadrille regroupant les gros maux plane au-dessus de Mar-a-Lago. Autrement dit de Donald John Trump.

Au constat de Chirac, il faut absolument greffer un titre car il résume l’état déplorable du contexte dans lequel Trump évolue depuis la mi-novembre. Le 7 décembre, le New York Times titrait un article signé à quatre mains comme suit : « Donald Trump et ses terribles, horribles, pas bonnes, très mauvaises trois semaines . »

Elles furent ainsi, les semaines en question, pour la bonne et « platte » raison que les ennuis, pour demeurer poli, évoqués appartiennent à diverses catégories et non à une seule. Il y a eu la politique, il va sans dire, la morale, la juridique et la financière.

L’ennui politique

Au soir du 6 novembre, on apprenait que le démocrate Raphael Warnock avait remporté le poste de sénateur contre Herschel Walker. À cela, il faut ajouter que les candidats républicains qui avaient refusé d’obéir aux ordres de Trump au soir de la dernière élection présidentielle, qui avaient refusé de lui donner les votes qu’il demandait, ont tous été réélus.

De tous les candidats que Trump a soutenu lors de la campagne pour les législatives, Walker était son chouchou. Les deux se connaissent depuis longtemps. Depuis que Trump, propriétaire dans les années 1980 d’une équipe de football de la USFL qui a fait faillite, l’avait mis sous contrat.

Pour Trump et tout le camp républicain, la victoire de Warnock confirme de fait que le démocrate Biden a obtenu le meilleur score de tous les présidents démocrates depuis Kennedy lors du scrutin de mi-mandat.

Il confirme surtout que les démocrates disposant désormais d’un siège supplémentaire à la Chambre haute n’auront plus à se plier aux exigences du démocrate Joe Manchin, le sénateur des ambiguïtés politico-financières. Pardon ? Lui et sa famille ont fait fortune dans le commerce du charbon et combattent de fait toute loi ou règle environnementale balisant le commerce en question.

L’ennui moral

Trump ne savait pas. Trump ne connaissait pas. De quoi s’agit-il ? De l’antisémitisme. Dans le courant de novembre, on apprenait que Trump avait encore invité Kanye West, le rappeur, à dîner à Mar-a-Lago. Antérieurement à cette rencontre, West avait ciselé à plus d’une reprise des saillies antisémites. Fut également présent à Mar-a-Lago, Nick Fuentes, raciste affiché, sympathisant nazi et négationniste.

Interpellé à ce propos, Trump a dit ne pas savoir que West avait dit ce que tout un chacun savait qu’il avait dit. Fuentes ? Il a assuré ne pas le connaître. Quand on sait que Trump est un accro aux chaînes d’information en continu, c’est à se demander s’il a le courage de ses opinions.

Toujours est-il que cet épisode a fait passablement mal au Parti républicain. On sait même à quel endroit : Las Vegas. Lors du congrès des membres de confession juive de cette formation qui se tint en cette ville, toujours en novembre, les bonzes républicains, dont les possibles candidats à la présidentielle Ron DeSantis et Nikki Halley, se sont faits chauffés les oreilles, pour dire le moins.

À ce déficit moral, il faut ajouter le déficit éthique. Début décembre, celui qui avait juré être le gardien de la Constitution des États-Unis d’Amérique lors de son intronisation en janvier 2017, a martelé qu’il y avait amplement matière à bazarder la Constitution en question afin que soit reconnu après coup qu’il avait gagné la dernière présidentielle.

L’ennui juridique

Sur ce flanc, mettons que le nombre de décisions contraires à l’intérêt comme aux prétentions de Trump qui se sont additionnées au cours des trois dernières semaines permet d’avancer que la coupe est pleine.

Entre la Cour suprême qui ordonne à l’ex-président de remettre ses déclarations de revenus, un juge fédéral qui ordonne à ses avocats qu’ils fouinent dans les recoins de Mar-a-Lago car des documents n’ont pas toujours été remis et qui finissent, comme par hasard, par les retrouver, le tribunal de Manhattan qui annonce l’engagement d’un procureur réputé être un grand expert en fraudes diverses et le geste posé par le ministre de la Justice Merrick Garland on a retenu ce dernier.

Le 17 novembre , Garland a donc annoncé la nomination de Jack Smith, alors procureur au sein de la Cour internationale de La Haye, au poste de procureur spécial chargé des dossiers Trump. Il va sans dire que l’homme choisi pour occuper un poste délicat entre mille affiche une expérience digne de ce nom.

Si on a retenu cette nomination plus que d’autres faits, c’est justement parce qu’à la lecture de son curriculum vitae on a noté que Jack Smith avait été le patron de la Public Integrity section du ministère de la Justice de 2010 à 2015. En clair, il a dirigé des enquêtes sur des politiciens et des hauts fonctionnaires soupçonnés de corruptions ou de fraudes. Ouille !

L’ennui financier

C’est bien simple, il y a une semaine de cela la compagnie Trump Organization a été reconnue coupable de 17 fraudes comptables. En attendant la communication de la peine qui sera infligée ultérieurement, cette décision prise par un tribunal de Manhattan renforce passablement la position du procureur général de l’État de New York qui poursuit pour 250 millions $ US Trump et ses enfants pour des magouilles, notamment fiscales, pendant une décennie.

Cela étant, le mot de la fin appartient à Mitt Romney, le sénateur républicain de l’Utah : « Je connais bien des gens qui dans notre parti aiment l’ancien président. Mais il est, si vous permettez, le baiser de la mort pour qui veut gagner une élection générale. » Le baiser de la mort… Point.

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