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ONU
L’ONU profite du cessez-le-feu à Gaza pour intensifier l’acheminement de l’aide à la population assiégée de l’enclave. Des cuisines collectives ont été mises en place pour nourrir le plus grand nombre et éviter la famine.
Claude Lévesque
L’échec de leur gouvernement et de leurs forces armées à les défendre lors des attaques du 7 octobre 2023 a traumatisé les citoyens israéliens.
Plus de deux ans après les évènements, c’est le même gouvernement, issu d’une coalition de droite et d’extrême droite, qui est en poste. Le premier ministre, Benyamin Netanyahou s’est opposé jusqu’ici à la mise en place d’une « enquête d’État », comme on en avait tenu, par exemple, après la guerre du Kippour de 1973.
Le motif invoqué pendant deux ans : un tel exercice aurait nui à la conduite des opérations de représailles contre le Hamas et les terroristes responsables des massacres perpétrés dans les kibboutz et au festival de musique Supernova. Opérations qui ont été qualifiées de génocidaires par plusieurs organisations internationales et pour lesquelles M. Netanyahou est accusé de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité par les procureurs de la Cour pénale internationale.
Les armes s’étant tues, ou presque …
Officiellement, les hostilités ont cessé en vertu du cessez-le-feu entré en vigueur le 10 octobre 2025, première étape d’un plan de paix concocté par le président américain et ses conseillers et qui en compte une vingtaine.
On aurait pu s’attendre à ce que le premier ministre israélien s’empresse de demander enfin la tenue d’une « enquête d’État », comme on le fait normalement dans de telles circonstances en Israël. M. Netanyahou continue au contraire de s’y opposer tant que son pays n’aura pas « remporté la victoire »(1). On peut se demander ce qu’il lui faudrait de plus pour se considérer comme victorieux.
En lieu et place d’une enquête d’État, il a proposé de créer une commission d’enquête « indépendante », dont le mandat sera défini par son gouvernement, c’est-à-dire par des ministres qui étaient tous en poste le 7 octobre 2023. Il répond à ses détracteurs que la moitié des membres de la commission seraient issus de l’opposition. Cette dernière craint que ses représentants ne pourraient pas poser toutes les questions qu’ils souhaitent. La majorité des Israéliens semblent donner raison à cette opposition si on en juge par les sondages.
Un vieux contentieux
Si le premier ministre s’oppose à la tenue d’une « enquête d’État », c’est en grande partie parce qu’il ne fait pas confiance à la Cour suprême (qui aurait son mot à dire sur le choix de la personne ou des personnes qui la présideraient) et au pouvoir judiciaire dans son ensemble. Il s’agit d’institutions avec lesquelles il avait déjà eu maille à partir pendant les mois précédant la tragédie du 7 octobre.
Pendant cette période-là, des foules nombreuses avaient manifesté inlassablement contre un projet de loi qui visait à limiter les pouvoirs du plus haut tribunal. Des réservistes de l’armée s’étaient alors joints aux protestataires pour critiquer ce plan.
Pendant le conflit, des manifestants ont continué de se réunir au square Habima, à Tel Aviv, surnommé le « square des otages », mais pour d’autres raisons: il s’agissait alors d’exiger que le gouvernement fasse plus d’efforts pour libérer ces otages, de préférence par la négociation.
Depuis le-cessez-le feu entré en vigueur le 10 octobre 2025 (mais fréquemment violé), les manifestations n’ont pas discontinué. Maintenant, c’est le bras de fer entre le gouvernement et le pouvoir judiciaire qui a repris de plus belle. Et cette fois, il concerne essentiellement le genre d’enquête à mener.
Non à la politisation
Le 22 novembre 2025, les manifestations ont réuni des dizaines de milliers de personnes pour exiger une enquête d’État sur les évènements du 7 octobre 2023. Plusieurs personnalités politiques d’opposition, dont Naftali Bennett, Yair Lapid et Benny Gantz, s’étaient jointes aux familles des ex-otages (2).
« Nous ne coopérerons pas avec un comité d’enquête politique », a déclaré Rafi Ben Shrit, le fondateur du Conseil d’Octobre, une des organisations qui regroupent ces familles.
Un ancien ministre, Yizhar Shai, dont le fils est mort le 7 octobre 2023, a souligné que sept des neuf ministres qui ont voté pour le comité chargé de définir le mandat de l’éventuelle enquête ministérielle avaient négligé d’assister à une réunion de sécurité deux semaines avant le jour fatidique (3).
Des faits troublants
Il faut dire qu’un certain nombre d’enquêtes de moins grande envergure ont déjà été menées relativement aux ratés du 7 octobre. Elles ont été réalisées soit par des journalistes, soit par le renseignement militaire de l’armée israélienne, une des agences prises en défaut ce jour-là. Des détails troublants ont ainsi été révélés.
Pendant les semaines précédant le 7 octobre, des observateurs militaires, surtout des femmes, avaient observé des mouvements suspects du côté palestinien de la frontière et en avaient averti leurs supérieurs.
« On a commencé à voir des entraînements. Ces derniers temps, leur fréquence a augmenté, il y avait cinquante personnes voire plus, c’est quelque chose qui aurait dû alerter. Dernièrement, au lieu de deux voitures, c’était dix camionnettes, plusieurs fois par jour », se souvient une de ces militaires interviewée par une chaîne de télévision française (4).
« Ils s’arrêtaient à chaque endroit, regardaient nos caméras, inspectaient la clôture, ses portes, ils calculaient combien de temps mettaient nos forces à arriver et avec quels effectifs. Ainsi petit à petit ils testaient nos limites.»
Ces soldates n’ont pas obtenu de réponses aux rapports qu’elles faisaient à leurs supérieurs. Au moins un militaire aurait été menacé de poursuites s’il s’obstinait(5).
Liaisons dangereuses
Pendant des années, la politique suivie par les gouvernements israéliens, surtout par le Likoud ou par des coalitions menées par ce parti de droite, aura visé à affaiblir l’Autorité palestinienne dirigée par Mahmoud Abbas et le Fatah, tout en favorisant sans le dire ouvertement le mouvement islamiste Hamas, le but étant d’empêcher l’avènement d’un État palestinien.
Ces gouvernements israéliens n’ont pas hésité à mener des négociations avec le Hamas (pourtant désigné comme terroriste par plusieurs pays), ni à favoriser l’afflux d’argent comptant vers ce parti qui dirigeait la bande de Gaza. L’argent venait du Qatar où résidaient une partie des dirigeants de la branche politique du Hamas (6).
Tsahal (l’armée israélienne) a publié un certain nombre de rapports sur la façon dont elle a «échoué dans sa mission de protéger les civils israéliens». En résumé, y affirme-t-on, l’armée se serait longtemps méprise sur les intentions et les capacités du Hamas, portant plutôt son attention sur l’Iran et le Hezbollah, un groupe chiite libanais. Quelques mois avant les attaques, la direction du renseignement militaire aurait commencé à réévaluer cette position, mais les nouvelles idées n’auraient pas été soumises à la haute direction de Tsahal(7).
Le 21 février 2025, le chef d’état-major de Tsahal, Herzi Halevi, a remis sa démission, s’attribuant la responsabilité des événements du 7 octobre 2023.
Le chef de la direction du renseignement de Tsahal, Aharon Haliva, avait déjà démissionné dix mois auparavant. Une chaîne de télévision israélienne, Canal 12, a diffusé récemment l’enregistrement d’une conversation privée au cours de laquelle M. Haliva raconte les heures ayant précédé les attaques du Hamas, prenant sur lui une partie du blâme, mais mettant aussi en cause un « problème systémique » plus large qu’une simple faiblesse du renseignement militaire, et lançant au passage des flèches contre le Shin Bet (sécurité intérieure) et le premier ministre Netanyahou. Comme le font bien des observateurs de la politique israélienne, il a accusé ce dernier d’avoir « renforcé le Hamas pour des raisons qui lui appartiennent.» (8)
Une Nakba pédagogique ?
La partie la plus inquiétante des propos tenus par M. Haliva concerne la guerre ou, si l’on préfère, l’opération de représailles lancée dans les jours qui ont suivi le drame du 7 octobre. Selon plusieurs journaux, israéliens et internationaux, il aurait dit : « Le fait qu’on compte déjà 50,000 morts à Gaza est nécessaire pour les générations futures […] Pour ce qui est arrivé le 7 octobre, pour chaque personne tuée ce jour-là, 50 Palestiniens doivent mourir. Ça ne fait rien si ce sont des enfants. Ils ont besoin d’une Nakba de temps en temps pour connaître le prix à payer. »
La question suivante se pose (ou risque d’être posée dans le cadre d’une éventuelle enquête sérieuse) : cette opinion était-elle assez largement répandue chez ceux qui ont failli à la tâche le 7 octobre 2023 pour avoir pu faciliter, volontairement ou non, la tâche des terroristes ce jour-là ?
Que l’échec des forces de défense israélienne le 7 octobre 2023 ait résulté de ce genre de calcul sinistre ou de la seule incompétence, le fait est que la stratégie consistant à punir les Gazaouis en frappant toujours plus fort n’a pas mené à la libération des otages. C’est plutôt la pression que le gouvernement américain de Donald Trump a fini par exercer sur Benyamin Nétaniahou qui a produit ce résultat en octobre 2025.
Il est évident qu’une partie des Israéliens ont voulu se venger. C’est là-dessus que la coalition dirigée par M. Netanyahou a misé pour rester au pouvoir. D’autres Israéliens, y compris chez les militaires, réalisent que, dans un contexte de guerre « asymétrique », l’usage de la force contre des civils, sans véritable stratégie et en mettant de côté la diplomatie, a ses limites. Sans compter que cela contrevient au droit international et dresse l’opinion publique mondiale contre l’État hébreu.
(1) High Court orders government to explain why it’s not launching Oct. 7 State inquiry, Jeremy Sharon, Times of Israel, 19 novembre 2025
(2) Protesters in Tel Aviv, including opposition leaders, demand Oct. 7 State inquiry, Noam Lehmann, Times of Israel, 22 novembre 2025.
(3) ‘We diserve to know’: October 7 families lead tens of thousands of Israelis demanding State inquiry, Haaretz, 22 novembre 2025
(4) « Ils testaient nos limites » : ces soldates israéliennes avaient signalé des agissements suspects du Hamas, Hugo Septier, BFMTV, 7 janvier 2024
(5) Attaque du Hamas le 7 octobre: Israël savait, mais il n’y a pas cru, Pascal Brunet, Les Échos, 25 novembre 2023, mis à jour 4 août 2025
(6) For years Netanyahu propped up Hamas. Now it’s blown up in our faces, Tal Schneider, Times of Israel, 8 octobre 2023
(7) Israel’s Military failed to protect civilians, first report on 7 October attack says, Paul Adams, BBC News, 27 février 2024
(8) Former IDF intel chief : October 7 was ‘much deeper’ than an intelligence failure, Times of Israel, 17 août 2025; et: Ex Israeli intelligence says 50 Palestinians must die for every October 7 victim, Emma Graham-Harrison, The Guardian, 17 août 2025]


