À propos de l'auteur : Marie-Josée Boucher

Catégories : Société

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Radio-Canada
La série Liaison influente, version française d’Atlantic Crossing.

De 1940 à 1945, la princesse héritière Martha de Norvège s’est exilée aux États-Unis pour fuir l’occupation allemande. Son mari Olav et son beau-père Haakon VII ont pour leur part trouvé refuge en Grande-Bretagne. La princesse est devenue une femme d’action dans ses interventions auprès du président Franklin Delano Roosevelt pour aider son pays. Cette histoire a donné lieu à la série télévisée Liaison influente, version française d’Atlantic Crossing. Dans le premier volet de cet article, intitulé Un pan inconnu de l’histoire, Kari-Gro Balzersen Quraeshi, une Montréalaise d’origine norvégienne, nous a fait part de ses commentaires sur la série.
Dans ce second volet, l’octogénaire nous raconte ses souvenirs liés à la famille royale ainsi que le rôle et la place que celle-ci occupe dans la société norvégienne.

 Marie-Josée Boucher

Dans la série Liaison influente, qu’on peut voir sur tou.tv.extra, la famille royale doit fuir en 1940, car les Allemands sont aux portes du pays. La princesse héritière Martha, son mari le prince Olav ainsi que leurs trois enfants, les deux filles, Ragnhild et Astrid, et le benjamin, Harald, prennent un train. Malheureusement, il est bombardé par l’aviation allemande et la famille royale doit fuir dans la forêt.

Pour Kari-Gro Balzersen Quraeshi, il a été difficile de voir ce passage, car elle a vécu une expérience semblable en 1940. Fille unique, elle n’avait que huit ans quand elle a dû fuir Oslo et emprunter le même chemin avec sa mère. « Nous y avons marché, puis nous avons dû nous mettre à courir pour prendre le train.»

Le père de Kari-Gro Balzersen Quraeshi, àl’emploi d’une institution bancaire, était retenu au travail, car il devait cacher des papiers, avait-il affirmé à sa femme et à sa fille.

La petite fille d’alors et sa mère ont pu arriver à destination et trouver refuge, pour quelques jours, à la ferme de la tante de sa mère, à Blaker, à 60 km d’Oslo. « Quand nous sommes arrivées, les Allemands s’étaient déjà installés et manoeuvraient avec des canons pour résister à l’aviation britannique. » Celle-ci a finalement battu en retraite.

« Nous avons été chanceux. Mon père a pu nous rejoindre, il n’est pas allé en prison et personne de ma famille n’a été blessé ou torturé », rapporte Kari-Gro Balzersen Quraeshi.

Elle se souvient également qu’un trio changeant de soldats allemands a occupé une grande chambre de la ferme de la tante de sa mère pendant toute la durée de la guerre.

Olive Kleve 

Au début des années 1960, par l’église norvégienne de MontréalKari-Gro Balzersen Quraeshi a fait la connaissance d’Olive Kleve, qui avait été gouvernante, pendant la guerre, des trois enfants de la famille royale.

Plus âgée que Kari-Gro Balzersen Quraeshi, Olive Kleve avait résidé à la Maison-Blanche, puis à Pook’s Hill, la résidence en banlieue de Washington, où la princesse Martha a vécu pendant la guerre. Olive Kleve a dit à Kari-Gro Balzersen Quraeshi avoir adoré son travail auprès des trois enfants, et elle a confirmé avoir vu un jour le président Roosevelt venir en visite à Pook’s Hill.

Expo 1967

L’Exposition universelle de 1967 a donné lieu à la venue, à Montréal, de nombreuses personnalités et têtes couronnées. Harald, alors prince héritier de Norvège et âgé de 30 ans, est venu à l’Exposition.

Kari-Gro Balzersen Quraeshi se souvient que l’église de la communauté avait organisé une réception pour accueillir le prince. « On avait délibérément placé Olive Kleve à la vue à l’entrée. Quand Harald l’a vue, il s’est écrié : Olive!, et il l’a prise dans ses bras. Ça a été un beau moment! », raconte l’octogénaire.

Olive Kleve, restée célibataire, est décédée au début des années 1980. Elle a passé les dernières années de sa vie à Westmount, à peindre et à côtoyer la communauté norvégienne.

Retour triomphal en 1945

Une fois la guerre terminée, la princesse Martha et ses enfants sont rentrés au pays par bateau le 7 juin 1945, un passage présenté dans la série Liaison influente.

Ils ont été accueillis avec enthousiasme par son mari Olav et par la population. « C’était un grand jour. Je les ai vus arriver. J’étais placée  en haut du quai, dans un fort appelé Akershus Festning. J’avais 13 ans à l’époque, et je m’en souviens comme si c’était hier!», relate Kari-Gro Balzersen Quraeshi, la voix nouée par l’émotion.

Décès de la princesse Martha

La princesse héritière Martha n’a pas pu être reine. En 1954, elle a succombé à un cancer. Kari-Gro Balzersen Quraeshi était étudiante au collège à l’époque. « Elle avait des problèmes de santé. Dans la série, nous voyons qu’il lui arrive de saigner du nez. C’était tragique. Nous étions tous tellement tristes. »

En 1957, à la mort de son père Haakon VII,le prince Olav est devenu roi. Il ne s’est jamais remarié. Olav est décédé en 1991. Son fils Harald V, aujourd’hui âgé de 85 ans, assume les fonctions de roi depuis lors.

Famille royale traditionnelle

La famille royale de Norvège n’a aucun pouvoir politique. La population y est par contre très attachée. Lors d’un référendum en 1905, les Norvégiens ont voté à 78,9 % pour la conservation de leur monarchie.

En 2020, la Norvège comptait 5  379 000 habitants.
Si la famille royale dispose d’un service de sécurité, elle ne vit pas pour autant dans sa tour d’ivoire.« Elle très près de la population », souligne Kari-Gro Balzersen Quraeshi.

D’ailleurs, les trois enfants d’Olav et de Martha ont épousé des roturiers. Par exemple, le fils d’Olav, devenu roi Harald V en 1991, a convolé avec Sonia Haraldsen en 1968. Kari-Gro Balzersen Quraeshi raconte que le roi Olav, sévère avec ses enfants, souhaitait que Harald épouse une princesse. Devant la menace d’Harald d’abdiquer s’il était tenu à cette règle, Olav a dû céder.

Fête nationale incontournable et communauté au Canada

Le 17 mai est jour de Fête nationale en Norvège, car il souligne la signature de la Constitution du pays en 1814. « Un grand défilé se tient dans la capitale. Il n’y a rien de tel dans le monde entier! », s’exclame Kari-Gro Balzersen Quraeshi. « On voit des milliers de drapeaux partout et les écoliers marchent dans les rues de la capitale jusqu’au palais. »

La famille royale est toujours là, au balcon, pour saluer la population.
Selon les données de Statistique Canada, en 2016, on comptait 463 275 Canadiens d’origine norvégienne au pays, et 4 415 dans la grande région de Montréal.

Kari-Gro Balzersen Quraeshi est intarissable de souvenirs. « C’est comme ça quand vous avez une longue vie », répond-elle, avec un sourire malicieux. La très sympathique dame franchira le cap des 90 ans en juin prochain. « Je suis Canadienne, mais une partie de mon cœur appartient à la Norvège ! »

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Kari-Gro Balzersen Quraeshi est intarissable de souvenirs.

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