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La dernière mouture du gouvernement caquiste n’y peut rien changer : le Québec traverse un passage à vide. Panne de croissance, finances publiques sans marge de manœuvre et décroissance démographique. Pour couronner le tout, un gouvernement usé et à court d’idées et de moyens susceptibles de redynamiser une société qui ne demande pourtant que ça.
RUDY LE COURS
L’an dernier, l’économie québécoise a connu une expansion plus faible que la canadienne, pour une quatrième année d’affilée (1).
Pour 2026, le pronostic n’est guère mieux. Tant chez Desjardins, qu’à la Banque Nationale ou celle de Montréal, on voit une croissance d’à peine un pour cent, peut-être moins même. Ce sera une bataille avec l’Ontario pour connaître laquelle des deux provinces centrales échappera au dernier rang.
Pour l’une, comme pour l’autre, les droits de douane imposés par l’Agent orange font mal. Chez nos voisins, ils frappent les industries sidérurgique et automobile. Chez nous, ils visent l’aluminium, le bois d’œuvre, les camions et les autobus. À terme, si l’Accord Canada-États-Unis-Mexique n’est pas renégocié avec l’abolition des tarifs actuels, c’est toute l’industrie du matériel roulant sur routes qui est menacée avant toute autre.
Les droits frappant le bois d’œuvre se veulent des mesures anti-dumping, les Américains soutiennent que les producteurs canadiens sont subventionnés pour faucher les forêts de la Couronne moyennant des droits de coupe jugés peu élevés. Quand on regarde les écosystèmes dévastés sur la Basse-Côte-Nord, au Saguenay, en Abitibi ou en Gaspésie, on est porté à ne pas leur donner complètement tort …
Au net, des exportations québécoises vers les États-Unis ont diminué de 6,9 %, l’an dernier contre 1,2 % pour le Canada dans son ensemble, selon l’Institut de la statistique du Québec (2). La flambée des prix de l’or noir, autre gracieuseté de l’Agent orange, pèsera davantage sur la balance commerciale. Ensemble, le pétrole et les carburants se classent au troisième rang de nos importations, derrière les véhicules et camions légers et les pièces et composantes aérospatiales (3).
Heureusement, le tissu économique québécois ne se limite pas à ces industries. Ailleurs, malgré un certain dynamisme dans la construction, plusieurs secteurs toussotent, néanmoins, tant dans la production de biens que celle de services.
Si on peut se réjouir de l’investissement de 250 millions par Kraft-Heinz à son usine de Ville de Mont-Royal pour augmenter sa production de beurre d’arachide, de ketchup ou de fromage à la crème, on doit aussi prendre acte des licenciements de quelque 120 personnes chez Eidos-Montréal. Cette filiale du géant suédois des jeux vidéos Embracer peine à se renouveler.
Ce n’est pas le cas de Walmart. Pourtant le géant du commerce de détail va fermer deux magasins dans le Grand Montréal, éliminant 200 emplois environ.
Ce ne sont là que des exemples. À l’échelle macroéconomique, la lecture de mars de l’indice PMI, qui mesure les intentions des décideurs d’achat du secteur manufacturier, cotait 50, soit le point de bascule entre l’expansion et la contraction de l’activité manufacturière canadienne. En février, l’indice cotait 51. Comme le Québec traîne de la patte, il faut y voir au mieux un mauvais signe.
L’indice canadien PMI des services inquiète davantage : il cotait 46,5 en mars, soit deux points de moins qu’en février (4) . Le Québec, ne l’oublions pas, est avant tout une économie de services.
Un budget sans ressort
Le ministre des Finances Eric Girard était tout fier de présenter un budget qui se compare à ses yeux avantageusement à ceux des autres provinces. Avec un déficit équivalent à 0,9 % de la taille de l’économie (le PIB nominal), c’est nettement mieux que le précédent (1,2 % du PIB nominal).
Vrai, l’Ontario a présenté un budget moins reluisant à ce chapitre: de 1% d’équivalent de son PIB nominal l’an dernier, il grimpe à 1,1 % pour 2026-2027 (5).
La Colombie-Britannique fait figure de cancre, ayant fait passer la taille de son déficit de 2,2 à 2,8 pour cent, sans perspective de retour à l’équilibre. Une troisième décote d’affilée par l’agence de crédit Standard & Poors est venue la rappeler à l’ordre.
C’est à tout prix ce qu’a voulu éviter M. Girard, qui n’avait pas du tout apprécié la sanction de l’agence new-yorkaise, en réponse à son budget de l’an dernier, une première en 30 ans.
Le OK des agences de notation a toutefois un prix. On cherche en vain dans le Plan budgétaire des mesures susceptibles de relancer des secteurs qui en auraient grand besoin comme le logement vraiment abordable ou les transports collectifs. Même la remise en l’état d’écoles et d’hôpitaux en piètre état est échelonnée. Quant à la nécessaire réfection des aqueducs et usines de traitement des eaux usées des municipalités, tout report fait obstacle à la construction d’habitations, surtout dans une perspective de densification.
Bref, un budget attentiste et sans vision avec en prime un écart à résorber estimé à deux milliards par année. Le combler exigera davantage que la plus faible augmentation des dépenses prévue à ce jour. À 1,2 %, on n’est plus dans la rigueur ou l’austérité, mais bel et bien dans les compressions à vif. Si rien ne change, le communautaire ne sera pas seul « à boutte ».
L’entêtement caquiste à baisser taxes et impôts l’empêche d’occuper l’espace fiscal libéré par Ottawa. Depuis juillet dernier, le premier palier de l’impôt fédéral sur le revenu des particuliers est en baisse d’un pour cent. Dans une édition précédente En Retrait avait suggéré que Québec s’empare de points d’impôt pour combler en partie le déséquilibre fiscal avec le gouvernement fédéral qui sévit toujours.
Il faudra attendre le prochain gouvernement pour voir comment on entend remédier à ce manque flagrant d’imagination, d’initiatives et de courage.
Une démographie qui favorise la stagnation
Il y a deux façons de stimuler l’activité économique : l’innovation et l’augmentation de la population active.
On ne peut guère compter sur la première. Selon l’innovateur en chef du Québec, Luc Sirois, on a assisté dernièrement à une chute de l’innovation chez les entreprises. Ce qui est sidérant, c’est que la moitié des entreprises n’en sentent même pas le besoin (6). Il s’agit d’un constat lucide, bien loin du simplisme d’un Lucien Bouchard qui avait soutenu que les Québécois ne travaillent pas assez. La productivité ne se mesure pas à la quantité de sueur, mais surtout à la façon dont on organise le travail, une prérogative avant tout patronale.
Reste donc l’augmentation de la population active, c’est-à-dire celle qui détient ou recherche un emploi. En gros, les personnes âgées de 20 à 64 ans.
À ce chapitre non plus, il n’y a pas matière à réjouissance. L’an dernier, cette cohorte représentait 58 % des Québécois, contre 64 %, 20 ans plus tôt. Dans le reste du Canada, la cohorte correspond à 61 % de la population. Bref, on vieillit moins vite, dans le reste du Canada parce que le baby-boom y a été moins marqué et l’immigration plus soutenue.
La situation ne se redressera pas de sitôt. Selon l’ISQ, cité par l’économiste Pierre Fortin, le poids des 20-64 ans baissera jusqu’à 55 % d’ici 2031 avant de se stabiliser (7).
C’est donc dire que le prochain gouvernement aura à traverser le pire segment du vieillissement de la population alors que ses finances sont à mal.
Pour y remédier en partie, une politique d’immigration dictée par une vision non dogmatique s’impose beaucoup plus qu’une nouvelle revanche des berceaux préconisée par les tenants de la « pureté de la race ». Hélas !, c’est plutôt un esprit obtus qui guide le gouvernement en cette matière, stimulé en partie, il est vrai, par quelques volte-faces parfois déroutantes d’Ottawa.
Chose certaine, si les entreprises ne peuvent pas fonctionner, faute de main-d’œuvre, et qu’elles ne comprennent pas la nécessité d’innover, le Québec fonce dans un mur.
Là-dessus, le premier ministre sortant François Legault n’a pas tout faux. Le Québec a besoin d’un État interventionniste.
Tout est toutefois dans la manière. Ce n’est pas en jouant son va-tout dans une seule filière qu’on dynamise et diversifie un tissu industriel.
Ce n’est pas non plus en offrant un congé de taxe de bienvenue aux premiers acheteurs de maison ou d’appartement qu’on brisera le cercle vicieux de la pénurie de main-d’œuvre et du manque d’appétit pour l’innovation.
Vivement des élections!
4- https://www.investing.com/economic-calendar/services-pmi-2265
5- https://nbf.bluematrix.com/links2/pdf/fb3e7f41-3ba5-4b90-8f5a-2c3a523ba530


