À propos de l'auteur : Dominique Lapointe

Catégories : International

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Capture d’écran

18 juin 2026, Moscou sous un gigantesque panache de fumée après une troisième nuit d’attaques par des drones ukrainiens sur des installations pétrolières. 

L’opération militaire spéciale russe qui devait durer trois jours en Ukraine est terminée. C’est le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, qui le confirme devant les médias. Moscou affirme maintenant être en « guerre » contre l’Ukraine et ses alliés occidentaux. À l’origine, Vladimir Poutine et ses généraux n’avaient pas imaginé qu’une arme du pauvre allait devenir la hantise de la 2e puissance militaire du monde : le drone.

Dominique Lapointe

Donald Trump pensait bien humilier Volodymyr Zelensky lorsqu’il l’a provoqué devant la presse en février 2025 dans le Bureau ovale, « …vous n’avez pas les bonnes cartes !», lui a-t-il lancé. Trois ans après l’agression russe en Ukraine, il était encore question de cobelligérance à éviter, et de contenir le plus possible le conflit en territoire ukrainien.

Depuis, l’opération spéciale est devenue une guerre on ne peut plus spéciale.

Après des premières attaques de bases aériennes stratégiques en territoire russe et quelques coups fumants au cœur de Moscou, la guerre avec le voisin n’est plus seulement un bulletin du soir pour les Moscovites.

Presque la moitié des capacités de raffinage de pétrole ont été détruites par des drones ukrainiens.

Des files interminables de centaines d’automobilistes  attendent des heures pour faire le plein au pays du troisième producteur mondial de pétrole.

Les flottes fantômes de pétroliers russes ont été frappées massivement en mer Noire et mer d’Azov, et cette menace perpétuelle retient maintenant à quai ce qui reste de ces vaisseaux clandestins pourvoyeurs de devises pour la Russie. C’est l’économie entière du pays prise en otage par ces armes bon marché.

Le drone kamikaze FP-1 fabriqué en banlieue de Kiev, comme celui qui vient de frapper la plus importante raffinerie de pétrole de Russie, à Omsk situé 2 500 kilomètres de l’Ukraine, coûte quelque 75 000 $CA à fabriquer, fuselage furtif et contre-mesures d’interception inclus. Le prix unitaire d’un missile américain Patriot désiré si longtemps par le président Zelensky dépasse facilement les cinq millions $CA pièce, jusqu’à un milliard de dollars CA pour une batterie complète.

Produits en série depuis l’automne 2024, le nouveau fabricant Fire Point, fondé par de jeunes ingénieurs, peut livrer une centaine de FP-1 et FP-2 par jour actuellement.

La capacité d’adaptation

Que ce soit en Turquie, en Chine, en Israël ou aux États-Unis, les plus importants producteurs de drones actuels avec l’Ukraine, la prolifération du drone militaire de surveillance et de repérage remonte à plusieurs décennies.

Mais la nécessité est mère de l’invention. On aura finalement pigé, dans l’urgence pour certains, que l’idée d’armer ces engins, avec une poussée suffisante pour ce faire, représentait une avenue de défense beaucoup plus accessible que les armes lourdes et chères de l’industrie classique. En prime, les bonnes idées se vendent toujours bien à l’étranger.

C’est comme ça qu’est née, lentement mais sûrement, l’industrie du drone en Ukraine. Juste au lendemain de l’invasion du territoire de la Crimée par la Russie en 2014.

Quelques centaines d’entreprises privées et nationales produisent maintenant entre 500 000 et 800 000 drones par mois. En plus des drones kamikazes de longue portée et des drones de reconnaissance sophistiqués, on dispose et on offre sur le marché des drones intercepteurs, contre, entre autres, les fameux drones Shahed iraniens utilisés par la Russie.

Des drones bombardier de charges plus ou moins lourdes avec système de guidage et repérage par intelligence artificielle qui reviennent au bercail en fin de mission.

S’ajoutent des véhicules de transport, de déminage, et de largage de multiples drones FPV (drones légers à vision embarquée).

Ce sont ces derniers engins aux allures de jouets qui ont décimé la partie la plus importante des troupes russes sur le front.

Le commandement ukrainien prétend que ces divisions de l’armée ont réussi à éliminer jusqu’à 30 000 soldats russes par mois (information non confirmée par une source indépendante).

On raconte que Poutine enverrait au front des recrues néophytes uniquement pour tenter d’épuiser les stocks de drones FPV ukrainiens. Abject.

Des centaines de vidéos ont été publiées sur les médias sociaux par des sources militaires ukrainiennes où on voit des soldats à genoux implorant la clémence de l’opérateur ou agitant des fanions blancs.

C’est un des macabres avantages du drone, épargner son personnel pour frapper avec surprise et sans échappatoire possible l’ennemi. Foudroyant !

Si le drone n’est pas un engin de suprématie, il est plus lent et plus vulnérable aux défenses anti-aériennes et au brouillage, il a en contrepartie l’attribut indéniable de ne pas avoir besoin obligatoirement des systèmes de guidage par satellite qui ont souvent fait défaut en Ukraine pour les raisons politiques que l’on sait.

Les succès ukrainiens se paient toutefois cher en ripostes russes sur Kiev et d’autres centres urbains du pays.

On ne gagne pas une guerre à coups de drones. On résiste.

Un leader mondial

Commandant des forces américaines en Irak et en Afghanistan et ancien directeur de la CIA, le général à la retraite David H. Petraeus a déclaré lors de récentes interviews que l’Ukraine était devenue un leader mondial en termes d’innovations et de production industrielle militaires. Un exemple à suivre pour les pays de l’OTAN, selon lui.

Les quelque 50 000 opérateurs de drones ukrainiens forment aujourd’hui des pilotes dans plusieurs pays de l’OTAN. De même pour cette expertise industrielle unique beaucoup plus souple qui fait l’envie de tous ces États qui cherchent à augmenter la cadence du développement de leur défense dans le contexte des tensions actuelles.

À l’Eurosatory 2024 de Paris, un des plus importants salons militaires au monde, l’Ukraine y tenait une petite dizaine de  stands. En juin dernier, 80 entreprises de défense y présentaient leurs dernières nouveautés de drones de reconnaissance, de brouillage, d’attaque navale et sous-marine, une niche en plein essor.

Il est intéressant de noter ici le risque anachronique plausible de la récente annonce du gouvernement canadien de doter le Canada d’une flotte de 12 sous-marins classiques qui seraient construits par la multinationale d’origine allemande TKMS.

Il faudrait attendre 10 ans avant les premières livraisons de ces vaisseaux. Toutefois, la véritable négociation reste à faire.

D’ici là, on peut facilement imaginer que la surveillance et l’intervention en milieu marin seront en partie robotisées à la faveur d’engins « intelligents » moins imposants, plus polyvalents et surtout moins chers à produire et opérer.

Mais là encore, comme c’est le cas dans quelques dossiers épineux, il faut peut-être temporiser entre la volonté exprimée du premier ministre Carney et sa réelle obsession de faire baisser la pression avec l’ennemi actuel du Canada qui se plaint de la minceur de notre armée, le voisin d’en-dessous.

Le guignol qui y siège finira bien par quitter son trône …

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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