À propos de l'auteur : Antoine Char

Catégories : International

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Capture d’écran

Sud-Africains blancs arrivés à l’aéroport international de Washington Dulles, en Virginie, le 12 mai 2025.

Bonne nouvelle pour l’administration Trump le 25 juin : la Cour suprême, majoritairement conservatrice, a levé une protection juridique contre l’expulsion de 350 000 Haïtiens et validé le blocage des demandes d’asile à la frontière mexicaine. «Aujourd’hui, les fidèles de Trump à la Cour suprême se sont alliés à lui pour bafouer les droits humains internationalement reconnus des migrants et promouvoir un programme autoritaire et suprémaciste blanc aux États-Unis», a dénoncé Delia Ramirez, la représentante démocrate de l’Illinois au Congrès. Le président républicain veut expulser 15 millions à 20 millions de personnes des États-Unis. Pendant ce temps …

Antoine Char

Ils sont Africains. Sud-Africains. Blancs. Victimes de « génocide », les portes des États-Unis leur sont grandes ouvertes. Ainsi en a décidé Donald Trump. Dix mille d’entre eux sont accueillis cette année. Combien de réfugiés venus d’ailleurs fouleront le sol américain ? Sept mille cinq cents. Les chiffres parlent d’eux-mêmes.

En quelques mots, le New York Times titrait ceci dans son édition du 15 octobre 2025 : « Trump envisage une refonte du système d’accueil des réfugiés qui favoriserait les Blancs. » (1)

On est loin des années 1990, où pas moins de 50 000 Africains débarquaient tous les ans, légalement il est vrai, au pays de l’Oncle Sam.

L’influent quotidien rappela alors : « Pour la première fois, davantage de Noirs viennent aux États-Unis en provenance d’Afrique qu’à l’époque de la traite négrière. » (2)

« Remigration »

Illégaux ou non, ils dépasseraient aujourd’hui les quatre millions. C’est trop pour Trump qui mise à fond sur la « remigration », l’expulsion des immigrants, notamment vers le continent le plus pauvre de la planète.

Dès son retour au 1600 Pennsylvania Avenue, l’adresse présidentielle, il déchirait le Refugee Admissions Program qui permettait d’admettre en moyenne 125 000 réfugiés tous les ans.

Puis le 7 février 2025, il revint sur sa décision en décidant d’ouvrir les bras aux Sud-Africains blancs. « Ils sont persécutés ! »Trois mois plus tard, une quarantaine de fermiers afrikaners, groupe ethnique issu principalement des colons néerlandais, allemands et français, furent reçus en grande pompe à Washington et vite qualifiés de « lâches » par Cyril Ramaphosa, le président sud-africain.

Pour l’évêque Sean Rowe, chef de l’Église épiscopale américaine, trop c’est trop. « Il a été douloureux de voir un groupe de réfugiés, sélectionnés d’une manière tout à fait inhabituelle, bénéficier d’un traitement préférentiel par rapport à beaucoup d’autres qui attendaient depuis des années dans des camps de réfugiés ou dans des conditions dangereuses. »  (3)

Pas de « génocide blanc »

De son côté, Michelle Gumede, la correspondante de l’Associated Press (AP) à Johannesburg, rappelle ceci : « L’idée d’un “ génocide blanc” a été fermement réfutée par le gouvernement sud-africain, les Afrikaners et plusieurs organisations de la société civile » (échange de courriel).

Il est vrai que l’Afrique du Sud est loin d’être un pays sûr. Bon an, mal an, le taux d’homicides par habitant dépasse les 43 pour 100 000 habitants. Aux États-Unis, ce taux est de 6,5 pour 100 000 habitants.

Dans la « nation arc-en-ciel », ce sont surtout les quatre millions de migrants venus du reste du continent qui sont les plus touchés. Ils sont les boucs émissaires d’un taux de chômage dépassant les 30 % . Nigérians, Ghanéens, Zimbabwéens et Mozambicains notamment cherchent de plus en plus à quitter le pays par crainte pour leur sécurité. Le 29 juin, Pretoria annonçait que plus de 25 000 immigrés avaient été rapatriés ces dernières semaines.

« La criminalité touche des personnes de toutes origines. Les criminels ne font aucune distinction de race, qu’ils soient noirs ou blancs, riches ou pauvres », précise Gumede.

Les meurtres de fermiers blancs, qui possèdent au moins les trois-quarts des terres agricoles, représenteraient moins de 1 %.

« Il n’y a pas eu de génocide blanc en 1994, lors de la fin de l’apartheid, et nous n’en avons pas été témoins aujourd’hui », insiste Michelle Gumede.

Même son de cloche pour bon nombre d’Afrikaners interrogés par Politico le 25 septembre dernier (4).

Mais rien n’y fait. L’imprévisible Trump croit dur comme fer son ancien allié Elon Musk, né à Pretoria, pour qui la thèse d’un « génocide blanc » est bel et bien vraie. « D’ailleurs quand il a reçu le président sud-africain [le 21 mai 2025] qui tentait de lui démontrer dans le Bureau ovale que ses allégations de persécutions des Blancs étaient fausses ou du moins largement exagérées, il ne l’écoutait pas vraiment et se désintéressait de ses explications/arguments », rappelle Kevin Mary, maître de conférences en géographie à l’Université de Perpignan (France) et spécialiste des migrations africaines. (échange de courriel).

Pourquoi ?  Il n’a peut-être pas prisé la décision de Pretoria de porter plainte contre Israël pour « génocide » à Gaza auprès de la Cour internationale de justice (CIJ), le tribunal de l’ONU chargé de régler les différends entre États.

Est-ce pour le mêmes raisons qu’il a boycotté en novembre dernier le sommet du G20 à Johannesburg et imposé des droits de douane de 30 % aux produits sud-africains concernés par ses taxes douanières, les plus élevées parmi les pays d’Afrique subsaharienne ?

Difficile d’avoir la moindre idée sur ce qui se passe dans la tête de l’homme le plus puissant de la planète qui joue régulièrement au golf avec Gary Player qui, dans les années 1960 appuyait l’apartheid en qualifiant la population noire de son pays d’origine de « barbares étrangers ». En 2020, Trump avait remis au golfeur, âgé de 90 ans, la Médaille présidentielle de la Liberté.

« Make America White Again »?

Avant Donald Trump, les États-Unis se sont longtemps « vendus » comme une terre d’asile ouverte aux exilés du monde entier. En fermant à double tour les portes aux réfugiés et en les entrebâillant uniquement aux Afrikaners « persécutés », craint-il la fin d’une «Amérique blanche » ?

Les chiffres sont implacables. Le Bureau du recensement des États-Unis rappelle ceci : d’ici la fin du siècle, les Blancs non hispaniques représenteront moins de 50 % de la population. Pour l’heure, la population se définissant comme  « blanche » uniquement a diminué de 8,6 % entre 2010 et 2020. Elle représentait 61,6 % de la population contre 72,4 % une décennie plus tôt.

Alors, « Make America White Again » ?

« Comme souvent avec Trump, la question a semble-t-il été instrumentalisée par les suprémacistes blancs états-uniens (issus du mouvement MAGA) et en dit finalement plus long sur la société états-unienne que sur la société sud-africaine », fait encore remarquer Kevin Mary.

Voici ce qu’écrivait le New York Times le 15 février 2018 dans sa section Opinion : « Ses tentatives pour blanchir l’Amérique sont vouées à l’échec car la révolution démographique est désormais irréversible. Le principal moteur du métissage de l’Amérique n’est plus l’’immigration, mais les taux de natalité et de mortalité. La majorité des nouveaux-nés sont de couleur, et la majorité des personnes décédées sont blanches. Les Blancs sont déjà minoritaires parmi les enfants de moins de cinq ans; par conséquent, même si toute immigration cessait demain, le pays poursuivrait inexorablement sa trajectoire vers une nouvelle réalité multiraciale. » (5)

À l’instar des « angry white men », à qui il doit sa première et seconde élection, Trump est conscient du séisme démographique actuel et joue à fond la carte de la « blanchitude » (whiteness) en accueillant uniquement des réfugiés afrikaners.

Mais sa tentative pour « blanchir » l’Amérique fait partie de ses nombreux coups d’épée dans l’eau depuis son retour à la Maison-Blanche.

 

 

 

 

 

 

 

 

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