À propos de l'auteur : Dominique Lapointe

Catégories : International

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Le champignon de Baker, deuxième essai nucléaire sur l’atoll Bikini aux Îles Marshall, par les États-Unis le 25 juillet 1946 (opération Crossroads). La région, toujours contaminée par la radioactivité, reste inhabitée.

Mon missile est plus gros que le tien … gnangnan ! On a l’impression d’une querelle de préados dans la cour d’école. La récente menace de reprise d’essais nucléaires lancée par Donald Trump, si elle tient de cette rhétorique gamine, n’en demeure pas moins un message qu’on ne peut prendre à la légère. Pas tant pour la concrétisation de la menace américaine à court terme, que dans le déséquilibre que peut provoquer le délire d’un type qui ne sait aucunement de quoi il parle. Et si, sous l’emprise d’un orgasme narcissique, il lui prenait l’envie de peser sur le bouton rouge ?

Dominique Lapointe

Dès le début de l’invasion russe en Ukraine, Vladimir Poutine et ses médias inféodés à Moscou se sont fait un plaisir de répéter que leur pays demeure la première puissance nucléaire du monde. Le calcul était simple, faire de cette menace un repoussoir pour tout appui militaire de l’Ouest aux efforts de guerre ukrainiens.

Mais voilà, personne ne croit Poutine prêt à anéantir son propre pays, et surtout sa personne, lors d’une riposte sur le seul principe d’avoir raison. En dehors du discours officiel, contrairement à son vis-à-vis de Washington, le chef du Kremlin sait très bien de quoi il s’agit avant d’aborder le sujet du nucléaire. Contrairement à l’entrepreneur immobilier Trump, Poutine reste un enfant de la machine soviétique qui savait jouer du missile avec nuance.

Toutefois sa guerre, qu’il espérait brève, s’enlise dans une bataille des tranchées qu’il n’avait pas prévue. Afin de peaufiner sa guerre hybride (1), il en rajoute. C’est moins de ses 4300 ogives qu’il est question maintenant, que de nouveaux vecteurs pour les lancer.

Les développements de la torpille nucléaire Poseïdon, sensée produire un tsunami côtier démesuré, et du missile de croisière Bourevstnik, ne sont plus classés secret défense mais pratiquement devenus spectacle.

C’est à une nouvelle donne de la menace nucléaire qu’on travaille : être capable de frapper l’ennemi avant même qu’il ne soit en mesure de détecter le missile et puisse riposter.

Si la mise au point de ces engins russes à propulsion nucléaire s’avère jusqu’à maintenant hasardeuse — des scientifiques auraient même été tués lors de tests — elle n’en produit pas moins déjà des effets pervers sur le marché de l’intimidation.

Fiction nucléaire

C’est dans ce contexte que Donald Trump a fait cette déclaration inopinée sur  une relance éventuelle des essais nucléaires à bord d’Air Force One alors qu’il se rendait à une tournée de rencontres diplomatiques en Asie :  « En raison des programmes d’essais menés par d’autres pays, j’ai demandé au département de la Guerre de commencer à tester nos armes nucléaires sur un pied d’égalité. Ce processus commencera immédiatement. »

Sauf que le récemment baptisé Département de la Guerre (jusqu’à tout récemment le département de la Défense) n’est pas le ministère chargé du développement et de l’entretien de l’arsenal nucléaire, mais cela relève plutôt du Secrétariat à l’Énergie. Oups !

Et Trump d’ajouter au sujet de la Russie et de la Chine, juste avant sa rencontre avec Xi Jinping : « Ils font des tests sous terre et les gens ne savent pas ce qui s’y passe … on ressent les vibrations … ils testent et nous, nous ne testons pas. Nous devons tester ! »  Une affirmation qui sera contredite par tous les experts et militaires du domaine qui soulignent que la dernière explosion nucléaire enregistrée par les instruments de détection du système IMS (International Monitoring System) remonte à 2017, par la Corée du Nord. Re-oups !

Le secrétaire à l’Énergie américain Chris Wright devra ajouter de l’eau sur le feu en précisant qu’il s’agit de tests de routine sur les systèmes de lancement et les vecteurs, et non pas des essais explosifs. Les essais grandeur nature sont d’ailleurs interdits depuis 1996 par le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (TICEN) signé et respecté, depuis par les puissances nucléaires, même si non ratifié par tous, en dehors de l’exception nord-coréenne. Re-re-oups!

Conclusion : le président et commandant en chef des armées américaines, qui confondait récemment l’Afrique du Sud et l’Amérique du Sud devant un parterre de gens d’affaires à Miami il y a quelques jours, délire au sujet des essais nucléaires.

Réponse du principal intimé à Moscou :  « J’ai ordonné aux instances compétentes  de tout mettre en œuvre pour recueillir des informations supplémentaires sur cette question (…) et de présenter des propositions concertées sur le lancement éventuel de travaux préparatoires en vue d’essais nucléaires. »

Réponse de « l’ami » Kim Jong Un, qui s’est payé la tête de Trump lors de sa visite en Corée du Nord en 2019 : un énième lancement d’un missile balistique non armé en mer du Japon.

Désobéir

Moscou, 26 septembre 1983.

C’est la Guerre froide, tiède même, alors que l’armée soviétique a abattu un Boeing 747 civil de la Korean Air Lines il y a moins d’un mois. 269 morts.

Le lieutenant-colonel Stanislav Petrov est de garde au bunker de défense antiaérienne Serpukhov-15. À minuit 15, l’alerte sonne ! Cinq missiles balistiques intercontinentaux en provenance des États-Unis sont affichés sur l’écran radar.

Petrov a du mal à croire à une telle attaque au moyen d’un si petit nombre de missiles, un scénario complètement imprévu lors des exercices. Il soupçonne une fausse alerte. Plutôt que d’avertir ses supérieurs comme le veut le protocole, il décide d’attendre une confirmation de systèmes parallèles … qui ne viendra jamais.

Une enquête déterminera qu’une lecture erronée d’un satellite avait confondu des formations atmosphériques insolites avec des missiles Minuteman américains.

On pense que Petrov, un modeste maillon au bas de la chaine de commandement, a peut-être évité une guerre nucléaire totale ce jour-là en désobéissant aux ordres.

D’éthique militaire

Salem, 30 septembre 2025.

Le militaire le plus haut gradé de l’Oregon, le général Alan Gronewold, comparaît devant le Sénat de l’État où on lui demande ce qu’il entend faire des ordres de Trump de déployer sa Garde nationale.

Dans ses réponses habiles qui louvoient entre doctrine, devoir et morale, il finira par affirmer que ses troupes, si elles sont engagées, auront le mandat de protéger les manifestants et non les agents fédéraux de l’immigration ICE. Acclamée par les partisans démocrates, la déclaration a fait le tour de la sphère internet pendant des jours.

L’opération militaire par la Garde de l’Oregon, quant à elle, sera annulée par un juge de Portland, mais Trump y enverra des troupes de la Garde nationale de Californie pour mater son insurrection imaginaire.

L’affaire est singulière, car depuis la prise de pouvoir de l’administration Trump, le chroniqueur de FOX devenu chef du Pentagone, Pete Hegseth, a pris un soin méticuleux à repérer et « faire démissionner » les hauts gradés susceptibles de contrecarrer les plans du POTUS.

L’événement est significatif, car il s’agit d’un message à peine voilé à Donald Trump, celui-là même qui, il y a quelques semaines, enjoignait aux généraux du pays à s’exercer sur les civils des villes américaines. Visiblement, la frontière entre loyauté et devoir constitutionnel chez les militaires en taraude sûrement plus d’un maintenant.

Le bouton rouge

Le « bouton rouge » n’existe pas. L’allégorie servait à illustrer le pouvoir bien réel des chefs d’État sur la décision de déclencher une guerre nucléaire.

Vous avez peut-être aperçu ce soldat qui suit le président dans ses déplacements avec une mallette en cuir noir qu’on surnomme le « nuclear football ». En fait, cette valise permet au président d’utiliser ses codes secrets dans l’étape ultime d’autoriser la mise à feu des missiles choisis selon le scénario d’attaque qui se présente. Comme un menu au restaurant.

On peut parier presque à coup sûr que jamais Trump ou ses vis-à-vis, si délinquants soient-ils, n’oseront presser le « bouton rouge ». Presque.

L’enjeu n’est pas que théorique cependant. Il fait l’objet de débats et de colloques depuis des décennies où des experts discutent d’insubordinations, autant celles qui peuvent mener aux pires débordements, que celles qu’on appelle officiellement aujourd’hui dans certains codes militaires le « devoir de désobéissance ».

Les multiples jugements de cours internationales, de Nuremberg à aujourd’hui, ont fait ressortir le caractère fallacieux de la défense habituelle qu’on ne faisait qu’obéir aux ordres.

Si les civils innocents restent encore aujourd’hui les plus nombreuses victimes de la guerre, il n’en demeure pas moins que le concept d’éthique fait lentement son chemin dans les États qu’on prétend, encore, démocratiques.

Quand des chefs d’État de puissances nucléaires se relancent de bravades en menaces de fissurer l’atome, et que l’un ou l’autre est visiblement atteint de problèmes de personnalité et de cognition évidents (2), on est porté à s’en remettre à la compétence et la droiture de ceux qui s’y connaissent le plus, et pas seulement par le nombre d’étoiles qu’ils ont sur leur uniforme.

Le simple lieutenant-colonel Stanislav Petrov n’a pas parlé de son histoire avant que l’URSS ne s’écroule en 1991 par peur d’être réprimandé et renvoyé de l’armée. Même pas à sa femme. Lorsqu’elle a su longtemps après, elle lui a posé la question: « Alors, qu’as-tu fait ? »

« Je n’ai rien fait », a-t-il répondu.

 

 

1- Lire La troisième guerre mondiale est commencée, En-Retrait, octobre 2025,

2- Lire Trump fou ? Pire encore, En-Retrait, février 2025,

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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