À propos de l'auteur : Louiselle Lévesque

Catégories : Québec

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Louiselle Lévesque

Depuis des décennies, la non-reconnaissance des diplômes étrangers fait obstacle à l’intégration socioéconomique des immigrants au Québec. Le problème est connu, archiconnu même. Plusieurs études ont mis en évidence les difficultés auxquelles sont confrontées les personnes qui arrivent en sol québécois diplômes en poche. Pour bon nombre d’entre elles, c’est la croix et la bannière pour faire reconnaître leurs qualifications et acquérir le permis d’exercer un emploi parmi les professions et métiers réglementés.

La question est de la plus haute importance puisque selon le recensement de 2021, 44 % des immigrants présents au Québec détenaient un diplôme universitaire (58,6 % si l’on inclut les résidents non permanents), contre 25 % chez les non-immigrants. Une analyse de ces données que vient de publier l’Institut de la statistique du Québec[1] indique que plus d’un immigrant sur deux admis au Québec depuis 2001 est titulaire d’un grade universitaire. Et c’est justement en raison de leur scolarité élevée qu’ils ont été sélectionnés.

Le parcours du combattant

Bien sûr, des efforts ont été déployés par les autorités gouvernementales et institutionnelles pour simplifier les procédures de validation des diplômes tout en ne perdant pas de vue l’obligation de protéger le public et de s’assurer que la main-d’œuvre a bel et bien les compétences requises.

Des accords sur la mobilité professionnelle ont été signés par le Canada et le Québec avec des pays européens dont la France.[2] Mais le processus de reconnaissance des diplômes et des acquis reste long et ardu pour les ressortissants des autres continents, les Africains notamment. Dans bien des cas, l’obtention d’un nouveau diplôme, avec tout ce que cela implique en temps et en argent, est la seule avenue possible.[3]

Rien de nouveau sous le soleil donc sauf peut-être le fait que même lorsque les diplômes sont québécois, c’est-à-dire que les personnes issues de l’immigration ont été formées ici dans des établissements d’enseignement québécois, leur insertion dans le marché du travail n’en demeure pas moins parsemée d’embûches.

Comment expliquer alors que des barrières subsistent si la valeur du diplôme n’est plus une variable à considérer dans l’équation ?

Quand les origines l’emportent sur les qualifications

Être détenteur d’un diplôme universitaire québécois n’est donc pas une garantie de succès pour les immigrants en quête d’un emploi qualifié révèle une étude réalisée par Karamba Mahamed Salim Touré qui a fait de cette question l’objet de son mémoire de maîtrise en démographie, présenté en mai dernier à l’Université de Montréal.[4]

Le chercheur s’est employé à mesurer les effets de l’origine sur l’occupation d’un emploi qui correspond aux qualifications des titulaires d’un grade universitaire en prenant les natifs canadiens comme groupe de référence. Les immigrants ont été divisés en deux grandes catégories, ceux nés aux États-Unis ou dans les pays de l’Union européenne et ceux originaires des autres régions du monde. Son analyse s’appuie sur des données de Statistique Canada recueillies dans le cadre de l’Enquête nationale sur les diplômés qui date de 2018.

Force est de constater qu’une formation complétée au Québec et couronnée d’un diplôme, dont la conformité avec les normes québécoises ne devrait pas en principe être mise en doute, n’est pas pour autant le sésame qui ouvre grand la porte du marché du travail soutient Touré. Celui-ci arrive à la conclusion que même à qualifications égales, les origines de naissance continuent de jouer un rôle déterminant, le genre également et de façon encore plus marquée, les femmes immigrantes étant clairement les plus désavantagées.

« On remarque dans les résultats que les hommes nés dans l’Union européenne et aux États-Unis d’Amérique sont ceux qui ont les meilleures chances d’obtenir un emploi qui correspondait justement au niveau de diplôme. Par contre, pour les femmes, on remarque que ce sont les natives canadiennes qui ont plus de chances que toutes celles qui ont une autre origine. »

Les Occidentaux en tête du palmarès

Ce sont les hommes nés en Europe ou aux États-Unis qui tirent le mieux leur épingle du jeu, davantage même que les natifs canadiens, ce qui est assez étonnant. Au contraire, les hommes immigrants nés ailleurs, en Afrique ou en Asie par exemple, partent dans la course à l’emploi avec un net handicap par rapport aux natifs.

« Les femmes nées au Canada ont un avantage sur les femmes nées à l’étranger et les hommes nés dans l’Union européenne ou aux États-Unis avaient plus de chances que les autres y compris les natifs canadiens. »

Le chercheur avance quelques pistes pour expliquer l’atout indéniable dont profitent les Européens. « Historiquement l’immigration la plus ancienne au Québec s’est faite à partir de l’Europe. Les nouvelles origines sont assez récentes et du fait qu’elles soient récentes, ça explique que les réseaux ne sont pas assez solides pour faire avancer chaque ressortissant. »

Et surtout, ajoute-t-il, « le fait d’avoir une expérience en pays européens et de venir avec cette expérience au Québec, on a beaucoup plus de chances qu’elle soit reconnue parce que le Québec et la plupart des pays de l’Union européenne ont souvent la même réalité culturelle et professionnelle. »

Discrimination et surqualification

Les immigrants qui sont nés ailleurs qu’en Europe ou aux États-Unis ont plus tendance à pousser plus loin leur formation académique et à décrocher des diplômes de 2e et 3e cycles. C’est souvent une façon d’éviter, durant un certain temps du moins, de se retrouver au chômage constate Touré qui y voit un facteur pouvant expliquer en partie les écueils qu’ils rencontrent sur leur chemin.

« Le fait que les immigrants d’autres origines que l’Union européenne et les États-Unis ont plus de difficultés, ça peut être attribuable au fait que ce sont ces personnes-là qui ont les diplômes les plus élevés. Ça devient de plus en plus compliqué plus le diplôme est élevé. »

Ce sont aussi les femmes nées hors de l’Union européenne et des États-Unis qui peinent le plus à s’insérer dans le monde du travail, subissant une double discrimination en raison de leurs origines et de leur sexe. Elles font face à un taux de chômage plus élevé et sont le plus souvent surqualifiées pour l’emploi qu’elles occupent, avec à la clé des salaires inférieurs à leur niveau de diplomation et de compétences.

C’est dans les secteurs de la santé et de l’éducation où l’on retrouve le plus de femmes et où l’on retrouve le plus de surqualification.

Des facteurs socioculturels

Il est possible que les difficultés que connaissent les immigrantes diplômées à intégrer le marché du travail soient davantage liées aux rôles traditionnels dévolus aux femmes au sein des ménages qu’à de la « discrimination systémique » estime le chercheur. Particulièrement, souligne-t-il, si elles sont originaires de pays africains et asiatiques assez conservateurs ou de pays à majorité musulmane.

Et il évoque aussi le fait qu’elles ont tendance à accepter des emplois moins exigeants pour faciliter la conciliation travail-famille. La proportion d’immigrantes qui travaillent à temps  partiel est supérieure à celle des femmes nées au Canada.

Le chercheur recommande au gouvernement du Québec de mettre sur pied des campagnes de sensibilisation dans l’optique de « réduire les inégalités ethniques et de genre à l’embauche que nos résultats ont mises en lumière ».

« Il y a, poursuit-il, des études qui ont été faites avec des CV ou avec certains noms de famille. C’était flagrant que plusieurs origines étaient d’emblée mises de côté par rapport aux natifs. C’est prouvé. »

Touré ne croit pas que le gouvernement en soit le seul responsable. Plusieurs autres acteurs devraient, selon lui, mettre l’épaule à la roue. « On peut parler des employeurs qui connaissent le diplôme et l’expérience professionnelle de leurs recrues mais qui décident de leur proposer des emplois qui ne correspondent pas à leur niveau de diplôme. »

Égalité de droit, égalité de fait

Les préjugés sont tenaces nous dit Maxim Fortin, politologue et chercheur à l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS). « Les motifs de discrimination sont encore les mêmes. C’est l’ethnicité, donc le fait d’appartenir à une ethnie minoritaire, c’est l’accent, encore une fois l’accent revient. Dans certains contextes, c’est le fait d’être une femme racisée. Dans d’autres, c’est la nationalité, c’est d’où l’on vient. Ça c’est particulier notamment pour les gens qui viennent des pays arabes, des pays musulmans. »[5]

Selon le politologue, le nom de famille et l’appartenance religieuse peuvent être des motifs de discrimination. « Ce qu’on a constaté, c’est que même des gens qui sont diplômés ici sont confrontés à cette réalité-là. »

Maxim Fortin affirme que depuis la pandémie de COVID, la population originaire d’Afrique francophone est presque automatiquement dirigée vers le secteur des soins. « Il y a une forme de pression qui est mise sur la population immigrante notamment les immigrants et immigrantes d’Afrique francophone pour aller travailler dans les CHSLD, travailler dans des maisons de retraite, pour aller combler les postes en santé, les postes peu qualifiés en santé. »

Précarité et pauvreté

Action Travail des Femmes (ATF) a piloté ces trois dernières années un projet portant sur les effets systémiques de la non-reconnaissance des diplômes étrangers sur les femmes immigrantes.[6] L’organisme met carrément en cause les programmes d’insertion qui ne prennent pas suffisamment en compte les acquis et l’expertise et qui contribuent à perpétuer les inégalités « en orientant les femmes immigrantes vers des métiers précaires, mal rémunérés et mal considérés, sans égard pour leur formation initiale ».

En 1990, le gouvernement de Robert Bourassa présentait un énoncé de politique en matière d’immigration et d’intégration intitulé Au Québec, pour bâtir ensemble[7]dans lequel tous ces enjeux étaient déjà clairement identifiés. Pourtant, 35 ans plus tard, on a le sentiment que tout reste à faire. L’atteinte d’une égalité réelle d’accès à l’emploi pour les Québécois de toutes origines semble toujours hors de portée.

 

 

 

[1] https://statistique.quebec.ca/fr/fichier/titulaires-grade-universitaire-recensement-2021-population-immigree.pdf

[2] https://cdn-contenu.quebec.ca/cdn-contenu/adm/min/relations-internationales/entente-quebec-france/Entente-Quebec-France-MRIF.pdf

[3] Selon l’Institut de coopération pour l’éducation des adultes (ICÉA), 34 % des diplômes étrangers ont été reconnus par les ordres professionnels en 2017.

[4] https://umontreal.scholaris.ca/server/api/core/bitstreams/4284d2d5-1d96-4083-aec9-d3ba186594d8/content

[5] Des études démontrent que les « groupes racisés, tels que les Noirs ainsi que les personnes en provenance du Maghreb connaissent un taux de chômage plus élevé que la moyenne de la population québécoise, et ce, alors même que le niveau de scolarisation chez ces groupes est généralement plus élevé que la moyenne. » (Leloup et Apparicio 2010)

[6] https://atfquebec.ca/wp-content/uploads/2023/08/actes-du-colloque-2023.pdf

[7] https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/44435

 

 

 

Le PQ poursuit sa remontée

Le Parti québécois (PQ) a réussi à ravir la circonscription d’Arthabaska que détenait la Coalition avenir Québec (CAQ) depuis 2012. Avec plus de 46 % des voix, l’ex-journaliste Alex Boissonneault remporte haut la main l’élection partielle qui s’est tenue dans cette circonscription de la région du Centre-du-Québec, au terme d’une lutte qui s’annonçait serrée. C’est un exploit pour le PQ qui n’avait pas connu de victoire dans Arthabaska depuis 1998.

Défaite amère pour son principal adversaire, le chef du Parti conservateur du Québec (PCQ), Éric Duhaime, qui avait misé sur l’électorat de ce coin de pays, réputé pour son penchant conservateur, pour lui ouvrir les portes de l’Assemblée nationale. Un siège de député lui aurait donné la visibilité et les moyens de porter plus loin son discours populiste et ses idées libertariennes qui trouvent un écho favorable dans une bonne partie de l’électorat.

Mince consolation, le chef conservateur a réussi à améliorer le résultat que son parti avait obtenu en 2022 dans Arthabaska avec 35 % des voix. L’échec est tout de même cuisant à un an du grand rendez-vous électoral et met du plomb dans l’aile du parti dont il est le fondateur.

« Message reçu »

Au pouvoir depuis 2018, la CAQ continue sa dégringolade. Son candidat est arrivé en quatrième position avec seulement 7 % des voix alors que le député caquiste Éric Lefebvre avait été élu en 2022 avec 52 % des voix.

Le premier ministre, François Legault, qui s’attendait à subir un tel revers a pris acte du verdict des électeurs. « Les gens d’Arthabaska ont été les porte-parole de l’ensemble des Québécois. Ils nous ont envoyé un message très clair, très direct. Ils sont déçus de notre gouvernement. »

Cette désaffection de l’électorat le premier ministre l’explique par les pertes dans le projet Northvolt, la saga SAAQclic et le peu d’amélioration de l’efficacité des services publics surtout dans le réseau de la santé. Malgré tout, François Legault dit vouloir demeurer aux commandes, convaincu que son expérience peut servir dans le contexte actuel « pour redessiner l’économie du Québec ».

Il lui reste un an pour renverser la tendance. Le remaniement ministériel qui est prévu dans les prochaines semaines sera une étape importante dans l’opération renouveau qu’il veut amorcer. La victoire péquiste dans Arthabaska, après celles dans Jean-Talon en 2023 et dans Terrebonne en mars dernier, force le premier ministre à composer avec la possibilité que l’adhésion au PQ, sondages après sondages, ne soit pas qu’un engouement passager. Malgré sa petite équipe de six députés, le PQ pourrait bien avoir l’élan de se présenter de façon convaincante comme le parti qui peut remplacer le gouvernement à Québec.

L’intérêt de cette élection partielle a largement dépassé les limites de la circonscription comme le démontre le taux de participation exceptionnel de près de 60 % qui a été enregistré. La chaleur de l’été n’a pas plombé l’ardeur des électeurs qui ont souhaité exprimer haut et fort leur mécontentement face à la contre-performance du gouvernement Legault.

Louiselle Lévesque

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