À propos de l'auteur : Rudy Le Cours

Partagez cet article

Monnaie royale canadienne
Pièce de la nouvelle série à l’effigie de Charles III.

Rudy Le Cours

Quoi de plus plaisant que de commencer l’année, les mains dans les poches, en frottant l’oreille de Charles III ?

Le profil gauche de Sa Gracieuse Majesté (SGM), roi du Canada, orne les nouvelles pièces de cinq, 10, 25 et 50 cents, de même que celles de un et de deux dollars frappées par la Monnaie royale canadienne (MRC) depuis le 14 novembre dernier, jour de son 75e anniversaire de naissance.

Au rythme annuel de plusieurs centaines de millions où la MRC bat ses pièces, ce n’est qu’une question de mois avant que tous les sujets canadiens du mari de Camilla, reine consort, puissent se livrer à ce plaisir pas du tout coupable.

La MRC n’aura mis que six mois pour concevoir, produire et mettre en circulation la gamme de pièces à l’effigie du fils ainé de SGM Eliszbeth II, contre de 12 à 18 mois en moyenne la plupart du temps. La dernière pièce de circulation à l’effigie de SGM la reine est celle de deux dollars commémorant le 100e anniversaire de l’artiste Jean-Paul Riopelle, lancée en octobre.

Le profil gauche de Charles III figurera sur les pièces de plusieurs pays du Commonwealth. Son médaillon apparaît déjà sur les quatre coupures de livres sterling (5, 10, 20 et 50£) mais il n’égalera jamais en nombre le portrait de feue sa mère qui a établi un record du Guiness en apparaissant sur les pièces et billets de 33 pays.

Le billet de 20 dollars

Le gouvernement de Justin Trudeau a aussi ordonné à la Banque du Canada de faire figurer SGM sur le billet de vingt dollars, en remplacement du portrait de SGM Elizabeth II qui a orné pas moins de cinq séries, depuis 1954. Si le Canada imite en cela l’Angleterre et la Nouvelle-Zélande, l’Australie a plutôt opté pour deux figures aborigènes (un homme et une femme) pour remplacer celle de la défunte souveraine.

Cela dit, on ne pourra pas froisser entre ses doigts la figure de notre nouveau monarque avant un certain temps. Il faut en moyenne compter cinq ans pour lancer un billet.

Dans un échange de courriels, la Banque a indiqué que la nouvelle coupure, qui remplacera celle de la série Frontières lancée en 2012, comportera plusieurs nouveaux éléments de sécurité, encore à mettre au point.

Au fil des ans, des faux-monnayeurs étrangers sont parvenus à imiter les billets de polymère. Ils représentent pourtant une grande avancée technique par rapport au papier-monnaie (1).

Bon an, mal an, la police met la main sur de faux billets, mais leur nombre est relativement faible, de l’ordre de 10 par million en moyenne au cours des dernières années.

Évidemment, compte tenu des coûts de production pour imiter un billet, la coupure de cent dollars est celle qui promet le meilleur retour sur l’investissement aux faussaires.

Cela dit, on sait d’ores et déjà que le futur billet sera vert, en polymère et orienté à la verticale, comme la coupure de dix dollars sur laquelle figure Viola Desmond.

SGM le roi n’a toujours pas arrêté son choix du portrait, parmi ceux soumis par la Banque, qui illustrera son vingt.

À la différence des pièces, les billets ne sont pas millésimés. L’année qui figure est celle du lancement de la série, bien que de menus changements puissent être apportés au fil des ans. Ainsi, le présent vingt a porté jusqu’ici la signature de trois gouverneurs et de trois premiers sous-gouverneurs (dont deux femmes) depuis 2012.

(Fait à signaler, un seul Canadien français a eu l’insigne honneur de co-signer notre monnaie depuis 1935. Il s’agit de Bernard Bonin, premier sous-gouverneur de 1994 à 1999.)

Toujours populaire

Le billet de vingt dollars reste le plus familier des Canadiens. Non seulement a-t-il longtemps détenu le monopole des coupures disponibles dans les guichets automatiques, mais il s’avère encore le plus pratique pour les transactions au quotidien.

Selon les plus récentes données de l’Enquête sur les modes de paiement (2), on avait en moyenne 127 $ sur soi en 2021, contre 72 $, en 2009. La valeur moyenne des retraits aux guichets automatiques s’élevait à 160 $, en 2021, soit 37 $ de plus qu’en 2009, mais on les fréquentait moins de deux fois par mois contre plus de quatre, en 2009. En outre, un Canadien sur quatre affirme ne plus traîner d’argent comptant sur soi. Cela suppose donc que les personnes qui en ont encore en possèdent davantage.

Ces quelques éléments soutiennent encore l’utilité de la coupure de 20 dollars.

Pourtant, sa popularité relative décroît au profit des coupures de cinquante et surtout de cent dollars dont le nombre grandit de manière quasi exponentielle.

En 2018, la Banque évaluait à quelque 501 millions la quantité de billets bruns en circulation à l’effigie de Robert Borden, premier ministre du Canada de 1911 à 1920. Début 2022, leur nombre est estimé à près de 730 millions, soit un bond de 46 % en quatre ans seulement.

L’augmentation du nombre de billets verts a été beaucoup plus modeste durant la même période: 7,5 % à hauteur de 1,05 milliard de coupures (3), soit en-deçà même du taux d’inflation.

Le retour en grâce du matelas

Pourquoi une telle demande alors que les Canadiens traînent peu d’argent de poche et payent de plus en plus par voie électronique ?

À cette question d’En Retrait, la Banque fait d’abord remarquer que les guichets automatiques de la plupart des institutions financières offrent désormais des billets rouges et bruns, brisant le quasi-monopole des verts.

Elle apporte aussi une explication surprenante dans le courriel qu’elle nous a fait parvenir : la forte demande de billets depuis mars 2020 (date du début du Grand Confinement) suggère que bien des gens ont accumulé des réserves comme des écureuils.

On verra si cette explication tient encore la route dans un an ou deux. Le confinement a laissé place à la montée des prix. Dès lors, à quoi bon stocker des billets sous le matelas en pâture à l’inflation qui ronge leur valeur ?

Autre hypothèse de la popularité des billets bruns : l’économie souterraine. Déjà en 2000, la Banque avait cessé d’émettre des billets de 1000 $, à la demande de la GRC. Ils n’ont plus cours depuis 2021.

Les billets roses, ou « pinkies » comme les surnommait affectueusement le monde interlope, facilitaient les grosses transactions criminelles et les dessous de table.

Avant de retirer les billets de cent dollars, il faut considérer qu’ils existent aussi chez nos voisins : les Benjamin, comme on les surnomme, sont prisés dans le monde entier.

Il existe aussi des coupures de 100, 200 et même de 500 euros, renommées plus faciles à déposer dans un compte en Suisse.

Autre option, les transporter à quelques kilomètres du continent, dans les îles anglo-normandes, ces paradis fiscaux et joyaux fonciers de la couronne britannique, celle-là même qui ceint la tête de notre roi Charles III.

1-https://www.ledevoir.com/societe/804608/canada-contrefacon-billets-banque-est-encore-monnaie-courante?

2-https://www.banqueducanada.ca/billets/billets-banque-recherches-rapports/enquete-modes-paiement/#:~:text=L%27enquête%20sur%20les%20modes%20de%20paiement%20a%20été%20réalisée,une%20période%20de%20trois%20jours.

3-https://www.banqueducanada.ca/taux/statistiques-bancaires-et-financieres/passif-billets-de-la-banque-du-canada-anciennement-k1/

Laisser un commentaire

Autres articles

  • Un pas en avant, deux pas en arrière. Difficile de résumer autrement 24 mois de conflit en Ukraine. Russes et Ukrainiens ont beau multiplier leurs offensives tout au long de la ligne de front, rien ne bouge vraiment. C’est la guerre des tranchées. Une guerre d’usure. À qui finira-t-elle par profiter ?

    S’il ne peut y avoir de victoire absolue, ni d’un côté ni de l’autre, alors comment se terminera la boucherie déclenchée par l’invasion russe du 24 février 2022 ? Difficile à dire, mais plusieurs points se dégagent.

  • La pénurie de logements abordables et sociaux s’étire depuis des années partout au Québec, au point d’avoir engendré celle de l’itinérance.

    Les causes sont multiples: abandon du soutien financier au logement social par Ottawa au siècle dernier, laisser-faire de Québec, hausses des coûts de construction, pénuries de main-d’oeuvre, locations à court terme, spéculation tout azimut et incapacité du marché d’assurer tout seul le droit fondamental à pouvoir se loger selon ses moyens.

    Il y a enfin le contrat de travail spécifique au Québec qui freine la mobilité de la main-d’oeuvre, nourrit le corporatisme professionnel, stimule la concurrence intersyndicale et empoisonne souvent la vie sur les chantiers.

  • Immigration. Le mot est sur toutes les lèvres. C’est la question de l’heure un peu partout en Europe, aux États-Unis, au Canada et au Québec bien sûr, bref là où le niveau de vie fait l’envie des millions de déshérités et de gens aux horizons bouchés qui aspirent à un avenir meilleur pour eux et pour leurs enfants.

  • Ce dimanche 4 février une  grande manifestation, contre les migrants dans une préfecture française. Ce département à voté à 60 % en faveur de Marine Le Pen à la dernière élection présidentielle, rien donc de bien surprenant. Par contre on peut s’étonner du fait que la population ici soit à 95 % musulmane. De plus, parmi ceux qui manifestent énergiquement contre l’insécurité et l’immigration clandestine, on ne discerne guère de visage de souche européenne.