À propos de l'auteur : Louiselle Lévesque

Catégories : Québec

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Charles Milliard qui tente pour la deuxième fois de se faire élire à la tête du PLQ se définit comme un nationaliste, un régionaliste et un fédéraliste, trois étiquettes qui donnent un avant-goût du travail colossal qui l’attend.

Louiselle Lévesque

Le Parti libéral du Québec (PLQ) est à la croisée des chemins affirment quelque 200 jeunes militants libéraux dans une lettre d’appui à Charles Milliard qui vient de se lancer dans la nouvelle course à la direction du parti. Le PLQ doit se choisir un autre chef, six mois à peine après avoir élu Pablo Rodriguez, un ancien ministre dans le gouvernement de Justin Trudeau.

Le politicien qui avait franchi la rivière des Outaouais avec l’ambition de redonner un élan au PLQ a été forcé de démissionner en décembre dernier au terme d’une descente aux enfers provoquée par une succession d’allégations mettant en cause le financement de sa campagne au leadership.

Plusieurs enquêtes sont en cours pour faire la lumière sur cet épisode désastreux pour le PLQ qui ravive de très mauvais souvenirs en ramenant sous le feu des projecteurs  le recours aux prête-noms et le trafic d’influence, des pratiques condamnables étalées au grand jour il y a une douzaine d’années lors des travaux de la Commission Charbonneau sur la corruption et la collusion dans l’industrie de la construction. Ce lourd passé que l’on croyait mort et enterré vient de resurgir de façon étonnante, comme si aucune leçon n’avait été tirée.

L’Unité permanente anti-corruption (UPAC), le Commissaire à l’éthique et le Directeur général des élections du Québec se penchent chacun de leur côté sur ces allégations, sans oublier l’enquête interne commandée par Pablo Rodriguez avant son départ qui a été confiée au juge à la retraite Jacques R. Fournier et dont le rapport doit être rendu public au cours des prochaines semaines.

Le PLQ se cherche un sauveur. Le temps presse. Le Québec entre dans une année électorale qui se déroulera sous le sceau de l’imprévisibilité. Les interventions ou les menaces d’ingérence de l’administration Trump dans les affaires canado-québécoises auront, on s’en doute, un impact sur le comportement électoral au scrutin général du 5 octobre 2026.

Une histoire longue

Le Parti libéral du Québec façonne l’histoire politique du Québec depuis 150 ans. C’est le parti qui a exercé le pouvoir le plus grand nombre d’années, laissant une empreinte profonde sur la trajectoire empruntée par le Québec au chapitre de l’affirmation nationale notamment, à partir des années 1960, avec l’élection de Jean Lesage et le début de la Révolution tranquille.[1]

Charles Milliard qui tente pour la deuxième fois de se faire élire à la tête du PLQ se définit comme un nationaliste, un régionaliste et un fédéraliste, trois étiquettes qui donnent un avant-goût du travail colossal qui l’attend, trois mots-clés qui, espère-t-il, le mèneront jusqu’à la victoire.

L’aspirant chef veut voir le PLQ redevenir « une force politique incontournable au Québec ». Il reconnaît que le français est menacé et qu’il faut en prendre soin. Il parle d’un « Canada amélioré » et se revendique de l’héritage de Robert Bourassa.

Qu’est-ce que cela veut dire au juste? Jusqu’où ira son adhésion à la vision d’un Robert Bourassa qui déclarait solennellement au lendemain de l’échec de l’Accord du Lac Meech en juin 1990 que « le Québec est aujourd’hui et pour toujours une société distincte libre et capable d’assumer son destin et son développement»?

Trop tôt pour le dire et on peut se demander s’il aura le temps avant l’échéance électorale de développer une proposition claire et articulée sur le statut du Québec au sein de la fédération canadienne et sur les moyens de protéger sa spécificité. Mais le candidat Milliard est formel : le PLQ doit se positionner, avoir une option à offrir plutôt que d’opposer simplement un non catégorique à l’indépendance et à la tenue d’un autre référendum.

Une nouvelle donne

Ce n’est pas un hasard si le PLQ cherche à sortir de sa torpeur constitutionnelle nous dit David Carpentier, doctorant en science politique à l’Université d’Ottawa. Cet intérêt est clairement en réaction à la montée du Parti québécois dans les intentions de vote.

« Ça devient un peu une urgence pour le PLQ de clarifier son approche ou sa perspective constitutionnelle liée à la place du Québec dans le Canada. »

« Face à un Parti québécois marginal, poursuit-il, ils sont retournés à leurs vieux amours, la question économique principalement. Mais par nécessité il y a urgence d’arriver avec une option crédible surtout si un troisième référendum sur l’indépendance est organisé. »

David Carpentier rappelle que Charles Milliard a milité au Parti progressiste-conservateur du Canada au moment du retour de Joe Clark comme chef de la formation politique de 1998 à 2003, et qu’il partage avec Clark cette sensibilité face à l’autonomie des provinces et au respect de leurs champs de compétence, une conception du fédéralisme qui trouve un écho au Québec.

Mais sur la question « identitaire »,  donc sur des thématiques structurantes dans la vie politique québécoise comme la langue française, la laïcité et l’intégration des personnes immigrantes, le PLQ a entretenu un flou auquel le prochain chef devra s’attaquer, estime-t-il, compte tenu du contexte qui a beaucoup changé.

« On a connu une sorte de tournant disons conservateur sur le plan identitaire dans les deux dernières décennies avec la crise des accommodements raisonnables, toute la question touchant les seuils d’immigration, la capacité d’intégration du Québec, les questions liées à la laïcité et puis face à ça le PLQ a toujours eu une position ambiguë qui l’a desservi. »

Charles Milliard affirme que le Québec a besoin de l’immigration, un dossier qu’il dit vouloir traiter avec bienveillance. Ce serait de l’avis de David Carpentier une façon de se distancer du discours ambiant ponctué de déclarations incendiaires qui lient la criminalité et le déclin du français à l’immigration.

« S’il veut incarner une alternative ou une option différente de celle du PQ, se positionner de façon à présenter l’immigration comme un apport à la société québécoise, c’est un message qui contraste avec ceux du Parti québécois. »

À quelque chose malheur est bon

L’ancienne députée libérale dans Acadie et ministre dans les gouvernements de Jean Charest et Philippe Couillard, Christine St-Pierre croit que quelque chose de positif peut ressortir de la crise que le PLQ vient de traverser. « Peut-être que dans cette tempête-là, ça va donner une sorte de sursaut au Parti libéral du Québec pour vraiment mettre tout ce qu’il faut pour se préparer pour la prochaine campagne électorale et avoir une équipe solide. »

En plus d’avoir à se reconstruire, le PLQ devra, convient-elle, retrouver une pertinence auprès de l’électorat francophone. « Le dernier sondage Léger donne 10 % ou 11 % seulement d’appuis chez les francophones et ça c’est un défi majeur si tu veux gérer le Québec et espérer reprendre le pouvoir, bien il faut que tu aies une force d’attraction chez les francophones. »

Un couteau à double tranchant

Depuis le référendum de 1995, le PLQ avait mis le couvercle sur la marmite des revendications constitutionnelles. Jean Charest (2003-2012) considérait que le fruit n’était pas mûr. Philippe Couillard (2014-2018) avait publié en 2017 une politique d’affirmation du Québec assez audacieuse, intitulée Québécois notre façon d’être canadiens. Ce fut un coup d’épée dans l’eau admet Christine St-Pierre.[2]

« Il y avait les cinq éléments de base qui se trouvaient dans Meech. Mais le gouvernement fédéral, Justin Trudeau, n’avait même pas lu le document et ça avait été un non. Et ça le Parti québécois s’en était servi à ce moment-là pour attaquer le gouvernement de Philippe Couillard d’aplomb. »

Reprendre le flambeau autonomiste

Christine St-Pierre croit essentiel que le nouveau chef du PLQ se positionne sur la question nationale compte tenu de l’enjeu de la prochaine élection. « Fort probablement que la discussion va bien sûr porter sur est-ce qu’on veut un référendum ou pas et quelle est l’alternative. Ok vous voulez pas de référendum mais qu’est-ce que vous proposez ? Ça va se jouer beaucoup là-dessus. »

Elle ne doute pas que les militants libéraux auront un appétit pour débattre de fédéralisme renouvelé mais elle craint le manque d’ouverture d’Ottawa qui pourrait donner des munitions aux indépendantistes et faire la preuve que la porte à quelque changement que ce soit est fermée à double tour. « Il faut que la proposition soit envisageable, acceptable, qu’elle ait une crédibilité et il faut que le gouvernement à Ottawa soit réceptif. »

La perspective d’un retour au pouvoir du Parti québécois pourrait fournir un levier aux libéraux pour forcer Ottawa à reconsidérer son approche centralisatrice qui ne s’est pas démentie depuis le départ de Justin Trudeau. Le premier ministre Mark Carney qui a besoin de présenter un front uni face aux velléités annexionnistes de Donald Trump pourrait être plus enclin à lâcher du lest mais rien n’est moins sûr.

 

 

 

[1] Voir Gustavo Gabriel Santafé, Le Parti libéral du Québec et l’enjeu constitutionnel : autonomie, souveraineté, habilitation (1960-2018), mémoire de maîtrise, département de science politique, UQAM, mars 2020 : http://archipel.uqam.ca/id/eprint/13496

[2] Québécois notre façon d’être canadiens, Politique d’affirmation du Québec et de relations canadiennes : https://www.sqrc.gouv.qc.ca/documents/relations-canadiennes/politique-affirmation-synthese.pdf

 

2 Comments

  1. Louis-M.Dubé 12 janvier 2026 à 9:13 pm-Répondre

    Tout un défi pour Milliard qui ne connaît pas intimement l’appareil gouvernemental et dont le Parti libéral est aux mains d’organisateurs chevronnés qui ne font pas la différence entre un financement public et les contrats gouvernementaux avec des prête noms ..être nationalistes tout en ayant une ouverture pour l’immigration dont le Québec a besoin, bien sûr, et surtout une proposition favorable au Québec dans le dossier constitutionnel..je lui souhaite bonne chance ..

  2. Serge Picard 19 janvier 2026 à 2:05 pm-Répondre

    «Elle ne doute pas que les militants libéraux auront un appétit pour débattre de fédéralisme renouvelé mais elle craint le manque d’ouverture d’Ottawa» Christine St-Pierre ancienne ministre libéral.
    La réalité c’est que François Legault avec sa 3e voie de la dernière chance pour un Québec efficace à l’intérieur du Canada a exprimé 22 demandes à Ottawa pour des pouvoirs supplémentaires en immigration et pour une gestion plus efficace du Québec et ainsi éviter les dédoublements avec le fédéral..
    Les 22 demandes ont été rejetés du revers de la main avec mépris par le gouvernement fédéral.
    Vivement le référendum, que de plaisir en perspective.

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