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Capture d’écran
Jean Dussault
Les leaders des cinq partis politiques qui ont fait campagne pour la dernière élection québécoise méritent le respect, même l’admiration de la population. Même celle ou celui que vous aimez détester, même celle ou celui dont la seule présence dans la course vous a tombé sur les nerfs, même celle ou celui à l’extrême opposé de vos opinions et convictions.
Les faits
Pendant trente-neuf jours d’une intensité folle, leur, oui, sincère désir de servir les a obligés à, encore plus que d’habitude, délaisser leurs proches pour essayer de rejoindre des inconnus.
Contrairement aux trop nombreux pleutres de ce monde, les cinq ont affirmé leurs opinions, convictions, propositions, programmes, espoirs, envies, rêves. Même tout habillés, les cinq se sont mis à nu devant tout le monde.
Ce texte prétend et présume que personne n’endure tout ça pour sa gloriole personnelle.
Le fond
Une vraie campagne électorale est aussi noble que rare; elle permet de débattre, proposer et, bien sûr, critiquer.
Plus et mieux, celle qui a mené à l’élection du 5 octobre a offert à l’électorat de vraies options reflétant l’ambiguïté existentielle du petit pas-pays qu’est le Québec.
Bien en deçà de cette envoûtante ambition, une campagne électorale, c’est aussi serrer des mains molles, recevoir des bisous mouillés, entendre des niaiseries, endurer des vacheries, sourire quand ça ne va pas bien, éviter les inévitables peaux de bananes.
Et répondre aux journalistes assidus comme aux militants déguisés en journalistes.
La force
Pendant toute la longue campagne, et même avant, les cinq savaient que l’immense majorité s’oppose à leur approche respective, à leur orientation politique, souvent même à leur propre personne.
Il faut s’y arrêter un instant : le présumé meneur pendant toute la campagne, le chef du PQ, n’obtenait que trente pour cent des intentions de vote exprimées dans les nombreux sondages. Les centristes libéraux et fréchettistes en récoltaient à peine le quart alors que les discours plus discordants à gauche et droite par QS et le PCQ n’ont ému qu’à peine dix pour cent des sondé.es pendant les trente premiers jours de la campagne..
Pourtant , et quand même, Mesdames Fréchette et Gazal et Messieurs Duhaime, Milliard et St-Pierre Plamondon ont poursuivi, courageusement, leur missionnariat politique, foncièrement convaincus que leurs propositions sont les meilleures pour le plus grand nombre.
Un désaccord fondamental avec l’une ou l’un ou l’autre ne devrait pas empêcher de reconnaître leur engagement fondamental.
Leur force, leur talent, leur expérience, leur bagout permettraient à chacun des cinq de faire un beaucoup plus gros salaire avec beaucoup moins d’ennuis, de stress et de comptes à rendre.
Les débats
Encore là, la tâche est aussi ingrate qu’immense, ou le contraire.
Debout pendant deux heures (une heure et demie dans le cas du débat de Noovo/Crave), les cinq ont dû répondre aux questions serrées d’animateurs expérimentés et parer tous les coups assénés par leurs adversaires.
Il leur faut tout savoir, sans que ça ne paraisse !
S’affirmer sans avoir l’air prétentieux, expliquer des trucs complexes sans ennuyer, réagir rapidement sans montrer d’exaspération, communiquer avec les téléspectateurs sans jouer du violon, reconnaître une faille sans passer pour un pénitent au confessionnal.
Même paraître de bonne humeur sans prêter flanc à des accusations de suffisance. Même à des condamnations sans procès.
Bien sûr, il n’y a pas un poste de grand patron millionnaire qui soit issu d’un processus de sélection aussi rigoureux, dangereux que celui imposé aux aspirants premiers ministres du Québec.
Bien sûr aussi, l’exercice ne vise pas la simple embauche d’un dirigeant qui ne rendra des comptes qu’à un conseil d’administration dont tous les membres ont le même objectif : augmenter les profits, et donc leurs dividendes.
Il est donc normal, souhaitable et même essentiel que le triage au poste de PM soit sérieux, rigoureux, même sévère.
Il faut aussi reconnaître, comprendre et, oui, admirer que des femmes et des hommes s’y soumettent sans que qui que ce soit ne les y aient obligés.
Prétendre, affirmer, déclarer qu’un.e ou l’autre de ce club des cinq fait tout ça pour nourrir son ego surdimensionné relève au mieux de la méconnaissance de la réalité.
Ou, pire, de la mauvaise foi plus ou moins également répandue dans toutes les chapelles des idéologies, dans tous les sanctuaires du sectarisme, dans tous les couvents du mépris.
Celles et ceux qui logent dans ces sectes réductrices se retrouvent hélas tout autant parmi les plus accros d’information que parmi les moins informés.
Les péteux et arrogants qui snobent celles et ceux qui s’exposent à leur vindicte sèment la graine de l’autocratie rampante, du déni arrogant de l’expression démocratique du choix de la population.
Quiconque traite sans discernement les cinq chefs de partis politiques québécois encourage la désaffection de la politique et prône en fait l’abandon de la gestion des affaires d’intérêt public à des cliques qui ne rendent de comptes à personne.
Il n’y a pas de Donald Trump parmi ces cinq chefs : les Québécois doivent s’en réjouir.
La noble finale
Même une fois les votes comptés, la victoire célébrée ou la défaite de travers dans la gorge, chacun.e des cinq chefs s’est, sans surprise, comporté.e dignement.
Le futur PM, que plusieurs qualifient de prétentieux et froid, a modestement et chaleureusement pris acte du résultat de l’élection en remerciant et félicitant tout le monde.
Le futur chef de l’opposition officielle, dont plusieurs ont dénoncé le manque d’expérience, a tenu des propos dignes d’un vieux pro : réalistes et clairement sincères.
La première ministre sortante a assumé sa responsabilité de la défaite de son équipe.
Le leader conservateur a évité de fanfaronner sur les gains appréciables de son parti, qu’il est par ailleurs le seul à pouvoir revendiquer.
La porte-parole de QS, sûrement déçue, n’a blâmé personne pour la débandade de son parti, s’engageant contre vents et marées à poursuivre son implication.
Donc
On se désole quand on se regarde, on se console quand on se compare. Il est sain de lever l’œil des préjugés par ailleurs justifiables pour remercier celles et ceux qui pensent qu’une société est plus qu’une collection d’individus et qu’un dépotoir d’égoïsme.


