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Dominique Lapointe
Contre toute attente, même celle de son chef, le Parti conservateur du Québec a fait élire 19 députés à l’Assemblée nationale du Québec. Qu’un parti de droite fasse une percée au moment même où un parti historiquement connu pour son caractère social-démocrate accède au pouvoir n’est pas une réelle surprise. Le courant populiste est mondial et plaît. Toutefois, qu’un parti amène en législature des représentants qui ont colporté des inepties, des errances et des rumeurs pendant la pire crise sociale des dernières décennies, la pandémie de COVID-19, devient troublant.
En Retrait n’a pas la primeur du terme « coucou » pour désigner des militants du PCQ. Le terme péjoratif, abondamment cité par les détracteurs du parti et de ses représentants ces dernières années, se veut d’ailleurs assez méprisant. Mais il n’est pas qu’insulte. Son emprunt au monde animal demeure intéressant.
Tous se souviendront du chef-d’œuvre de Milos Forman de 1975, One Flew Over the Cuckoo’s Nest (Vol au-dessus d’un nid de coucou). En argot américain, le terme « cuckoo » désigne une personne cinglée ou irrationnelle, ceci en référence à l’oiseau, le coucou gris, réputé pour son cri insistant et sans saveur, une sorte de criaillerie absurde.
Nul doute que les partisans du PCQ ne sont pas des cinglées, mais il faut rappeler que ce jeune parti (2009) a vu sa popularité exploser avec son nouveau chef, Éric Duhaime en 2021, à la faveur de la contestation des mesures sanitaires et du passeport vaccinal. Un magnétisme qui a vite fait de fédérer une partie significative du public antivaccin, même si son chef s’est prononcé maintes fois en faveur de la vaccination, pourvu qu’elle reste volontaire.
Et c’est dans les méandres de ces nuances qu’opère la sphère conservatrice.
Le caucus conservateur
Quelques-uns des candidats des plus insolites ont mordu la poussière au scrutin du 5 octobre. On peut citer David Alarie qui prônait l’euthanasie pour les tenants de la vaccination, Lucien Koty pour qui les vaccins étaient inutiles, ou encore l’ancien maire d’Aumond, Denis Charron, qui partageait sur les réseaux sociaux des vidéos du médecin conspirationniste américain Peter McCullough, une vedette des milieux complotistes qui prétendait que les vaccins ARNm ont tué 14 fois plus de personnes qu’ils en ont sauvées.
En fait, la nouvelle députée de Montmorency, Marie-Josée Hélie, élue avec une majorité de presque 10 000 voix, demeure la plus caricaturale de la cohorte conservatrice gagnante de 2026. Elle avait qualifié le programme de vaccination pendant la pandémie de « génocidaire » et a réitéré sans réserve pendant la campagne électorale son avis sur le danger des vaccins. S’en remettre aux « vibrations» de son chef Éric Duhaime offrirait une meilleure protection contre les infections selon elle.
Plus connu du public de Québec, l’ancien animateur de Radio X, Dominique « Doom » Dumas, qui a défait l’ancienne journaliste et ministre Martine Biron avec l’appui de presque la moitié des électeurs. Dumas avait pris soin d’effacer ses messages controversés sur les médias sociaux avant que la campagne ne soit lancée de peur que ceux-ci ne soient « sortis de leur contexte », avait-il expliqué ensuite. Les auditeurs de Radio X se souviendront toutefois de sa vive opposition aux confinements qu’il qualifiait d’inutiles et la 2e vague d’hystérie et de fraude.
Autre député davantage intéressant pour le sujet qui nous préoccupe, le médecin Guillaume Langlois, nouveau député de Nicolet-Bécancour. Un expert-conseil en santé publique qui croit dans l’utilité de la vaccination, mais qui ajoute qu’il faut peser « les pour et les contre » et rendre compte des erreurs du passé dans l’histoire de la prophylaxie vaccinale. Un discours utilisé maintes fois par les antivaccins pendant la pandémie, un discours dévastateur quand vous voulez persuader une population que la vaccination est aussi un devoir de citoyen.
Certaines personnes malades refusent de prendre des médicaments par crainte de ceux-ci. Imaginez quand il s’agit de convaincre les gens en bonne santé de se faire injecter (de surcroît injecter) un produit quand un médecin affirme que l’innocuité de la substance n’est jamais une certitude, que « la science évolue ». Répétons : dévastateur.
Et puisqu’il est question d’expertise médicale, notons ici les propos de la jeune députée conservatrice de 23 ans de Charlesbourg, Éloïse Coulombe, qui, visiblement embarrassée par la question en entrevue à la radio, se disait incapable de se prononcer sur l’efficacité des vaccins étant donné qu’elle n’est pas médecin.
En cinq ans, quelque 30 000 articles, études scientifiques, revues de littérature ont été publiés sur le sujet (ref PubMed) et arrivent tous à la même conclusion reprise par les médias crédibles de la planète : les vaccins ARNm ont sauvé des millions de vies.
À la liste des covidosceptiques, on peut ajouter Tareck Henoud, Patricia Drouin, et bien sûr le chef du PCQ , Éric Duhaime, qui ont tous, à des degrés divers, remis en question le bien-fondé de certaines mesures sanitaires pendant la pandémie, comme les confinements, les couvre-feux, le port du masque ou le passeport vaccinal.
Liberté et devoir
On doit se réjouir qu’une société comme la nôtre puisse permettre à ses citoyens d’exprimer publiquement leur mécontentement, voire leur opposition à des mesures gouvernementales qui ne peuvent jamais faire l’unanimité. C’est une des expressions les plus fondamentales des véritables démocraties.
Cela devient plus inquiétant quand les errances et les valeurs essentiellement individualistes font leur chemin jusque dans les législatures au détriment de la vie des autres.
Comme ce fut le cas en 2020, il arrive parfois que l’État se retrouve contraint de trancher entre des droits qui, normalement, ne souffrent pas d’une concurrence déchirante.
Quand on compte 100, voire 150 morts par jour dans une épidémie de virus transmissible par aérosol et que chaque porteur en contamine deux, quatre, voire dix autres à l’occasion par sa seule présence, même sans symptômes quelquefois, on n’est plus dans la liberté d’expression, de déplacement, de jouer au hockey ou de boire avec les copains. On est dans la protection de la sécurité, de la santé, de la vie.
Avec le recul, il est d’ailleurs assez ingrat que le gouvernement caquiste, qui a su improviser avec lucidité et dans les limites des connaissances de l’époque durant la pire crise sociale depuis celle d’octobre 1970, se retrouve complètement rayé de la carte.
On a vite oublié que l’administration de François Legault, tout comme celle de Doug Ford en Ontario, qui ont géré l’épicentre de l’épidémie canadienne, ont mis de côté leurs penchants résolument populistes pour s’en remettre à ce que les experts leur conseillaient.
Sans oublier les partis d’opposition qui préféraient proposer plutôt que de critiquer. Bref, on comprenait ce qui se passait, en particulier la nécessité d’un message cohérent en temps de guerre sanitaire.
Des sacrifices qui ont sauvé un nombre incalculable de vies et épargné des victimes de la COVID longue comme le soulignait En Retrait dans des articles précédents (1-2).
Ebola en provenance de l’Afrique, grippe H5N1 transmise aux mammifères, hantavirus mortel sur un bateau en Argentine, un cas de peste pulmonaire foudroyante en Russie, l’actualité microbienne planétaire n’a pas pris de vacances depuis la fin de la pandémie de COVID-19.
Reste à espérer que l’ensemble des représentants du public dans nos parlements prendront la peine de lire, sur des sources fiables, que les coucous font coucou non seulement pour séduire, mais aussi … à l’approche du danger.
1 – Lire COVID-19 ou la liberté de vivre, En Retrait, avril 2024,
2 – Lire La COVID déroutante, En Retrait, août 2024,


