À propos de l'auteur : Louiselle Lévesque

Catégories : Québec

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Capture d’écran

Le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, au soir de sa victoire électorale. 

Louiselle Lévesque

L’élection du 5 octobre 2026 au Québec passera à l’histoire pour plusieurs raisons. Il y a le retour au pouvoir du Parti québécois (PQ) après une traversée du désert qui aurait pu lui être fatale, faisant mentir tous ceux qui prédisaient sa disparition. Son chef Paul St-Pierre Plamondon se retrouve toutefois à la tête d’un gouvernement minoritaire avec 59 députés, et seulement 28 % des voix. Il s’agit du niveau d’appui populaire le plus bas jamais enregistré au Québec pour former un gouvernement, une victoire en demi-teinte qui coupe sans contredit l’élan qu’un mandat majoritaire aurait pu donner au PQ pour réaliser l’indépendance du Québec, sa raison d’être.

Les Québécois, préoccupés par la guerre commerciale avec les États-Unis et l’incertitude économique qui s’ensuit, ont voté pour un changement de la garde mais n’ont pas signé de chèque en blanc au PQ ni donné leur aval à son projet de troisième référendum. Sans être menotté, sa marge de manœuvre est restreinte, sa capacité d’agir limitée. Et pour ajouter au casse-tête, il devra gouverner sans aucune représentation dans la capitale nationale et tout en étant pratiquement absent de l’Île de Montréal. Des problèmes qui ne sont pas insolubles, mais des problèmes de taille tout de même.

Autre résultat surprenant : l’arrivée en force du Parti conservateur du Québec (PCQ) à l’Assemblée nationale avec un contingent de 19 députés dont le chef Éric Duhaime. Une percée impressionnante de la droite populiste libertarienne surtout concentrée dans la grande région de Québec.

Simultanément, s’est déroulé sous nos yeux incrédules l’effondrement de la Coalition avenir Québec (CAQ) chassée complètement de l’arène parlementaire, sans aucun élu, alors que la formation avait remporté 90 sièges en 2022 et dirigeait le Québec depuis 2018. Un retournement spectaculaire. Du jamais vu.

Forcé de s’entendre

Durcissement du discours sur l’immigration en montrant du doigt les flux migratoires pour expliquer les problèmes d’accès au logement ou de surpopulation dans les écoles, réduction de la taille de l’État, remise en question du modèle québécois, le chef péquiste a fait campagne en empruntant au programme des conservateurs plusieurs éléments qui semblaient séduire de larges pans de l’électorat.

Lorsqu’il a présenté ses priorités des 100 premiers jours, le premier ministre désigné a probablement cherché à plaire à cette droite conservatrice en annonçant l’abolition de la taxe sur les biens usagés, la baisse de la taxe sur l’essence et la création d’un Secrétariat à l’efficacité gouvernementale et à l’allègement réglementaire. Mais du même souffle, Paul St-Pierre Plamondon a envoyé un signal plus progressiste en décidant de renflouer les banques alimentaires et de débloquer un budget spécial pour l’itinérance, un dossier qu’il a d’ailleurs pris sous son aile.

C’est ce qui fait dire au professeur émérite de sciences politiques à l’Université d’Ottawa, François Rocher, que pour gouverner le PQ n’aura d’autre choix que de se rapprocher de la plateforme de Québec solidaire ou des libéraux plutôt que de celle des conservateurs.

« Le soutien économique à certains secteurs industriels, ça risque de passer plus à la moulinette mais pour le reste il risque d’investir plus dans l’État social que ce à quoi on aurait pu penser. »

Durant la campagne électorale, PCQ, PQ, PLQ se sont livrés à une sorte de surenchère, c’était à qui proposerait le moins d’État. Le politologue n’en est pas moins sceptique quant à l’ampleur des coupes qui seront effectuées par le nouveau gouvernement.

« Pour réfléchir à ce que l’État devrait être il ne va pas tellement aller vers la droite. Il va plutôt repenser la social-démocratie avec des sensibilités qui se rapprochent de celles de Québec solidaire en voulant peut-être éliminer des programmes qui sont moins efficaces et dont la portée sociale est moins grande. »

Le test du réel

Le Secrétariat à l’efficacité gouvernementale et à l’allègement réglementaire pourrait, selon François Rocher accoucher de réformettes. « Peut-être que les gens qui vont siéger à ce bureau vont dire qu’il n’y a pas tant que ça de choses superflues dans ce qu’on fait. Et ils vont arriver avec une petite liste moins grande que ce à quoi on se serait attendu, on va restreindre des activités de manière ciblée dans certains secteurs. Et ça va être ça. »

Le gouvernement Plamondon devra se montrer sensible aux besoins des régions (qui l’ont porté au pouvoir) quand elles se plaindront de la pénurie de main-d’œuvre. Vieillissement, déclin démographique, la pression sera forte. Il n’est pas certain que le PQ puisse garder le cap sur les seuils d’immigration permanente et temporaire qu’il s’est fixés soutient le politologue. « Les gens d’affaires vont dire je la prends où ma main-d’œuvre pour garder mon Tim Hortons ouvert? »

L’immigration étant une compétence partagée avec le gouvernement fédéral, des terrains d’entente devront être trouvés.

Moins de tensions avec Ottawa ?

Étonnamment, le professeur Rocher s’attend à des relations avec Ottawa plus policées que durant l’ère caquiste parce que « François Legault ne représentait pas une menace à l’unité canadienne ». Il croit que Mark Carney et son équipe feront preuve de plus de transparence dans les négociations avec l’administration américaine par exemple et tiendront davantage compte des doléances du Québec. Lorsque le premier ministre Carney a réagi à l’élection du Parti québécois, ce sont les mots « esprit de collaboration » qui ont été prononcés.

« Ottawa non seulement va faire plus attention, affirme le politologue, mais il va être plus pro-actif pour faire en sorte qu’il n’y ait pas trop d’intrusions fédérales, que les demandes du Québec soient reçues avec plus d’ouverture que tout ce que François Legault a pu obtenir dans le passé parce qu’ils n’ont pas intérêt à jeter de l’huile sur le feu. »

De son côté, le nouveau premier ministre ne pourra pas multiplier les gestes de provocation à l’endroit du gouvernement fédéral sans risquer de subir la réprobation estime François Rocher. « Les Québécois sont davantage préoccupés par des enjeux plus terre à terre, le coût de la vie, le logement, la possibilité d’avoir un système de santé fonctionnel, ne pas être obligés de recourir au privé pour obtenir une chirurgie. Les chicanes symboliques entre Ottawa et Québec, je pense qu’ils n’auront pas beaucoup de patience pour ça. »

L’angle mort du PQ

Le professeur émérite est formel, le Parti québécois doit commencer sans tarder à rebâtir des ponts avec les peuples autochtones. Il faudrait, dit-il, que cela devienne la préoccupation principale de ceux qui vont réfléchir au processus devant conduire à la tenue d’un référendum. « La condition préalable pour que le projet indépendantiste se réalise, c’est que les Autochtones ne doivent pas s’y opposer au point où ça le rendrait impossible. »

Il soutient que Paul St-Pierre Plamondon n’est pas conscient de cet enjeu et considère à tort les Autochtones comme un groupe parmi les autres. « Dans le contexte actuel de la montée d’une identité pan-autochtone et leur capacité décuplée de pouvoir intervenir devant les tribunaux, c’est comme une donnée incontournable. Tu ne peux pas les considérer comme une chambre de commerce. »

Selon le politologue, le nouveau gouvernement doit nouer des relations de confiance avec les Premiers peuples. « Il faut que Paul St-Pierre Plamondon se trouve un porte-parole crédible et légitime aux yeux des Autochtones pour entamer des discussions avec les peuples autochtones, pour les rassurer et pour leur dire comment on va faire un partenariat avec eux. »

L’Assemblée nationale compte maintenant deux députés autochtones, le Wendat Simon-Pierre Savard-Tremblay, élu dans Saint-Hyacinthe sous les couleurs du PQ et David Logue, un Anishinabe qui a remporté la circonscription de Gatineau sous la bannière libérale.

Une possible résurrection de la CAQ ?

La CAQ, peut-elle renaître de ses cendres? Le professeur Rocher croit qu’il ne faut pas l’enterrer trop vite, s’appuyant sur le pourcentage des voix que la formation a recueillies (13 %), davantage que Québec solidaire (12 %) qui, en raison des distorsions du mode de scrutin, a récolté 9 sièges.

« Je ne dirais pas que la CAQ est morte. Je dirais qu’elle fait face à un défi majeur mais les idées que la CAQ portait ont encore une certaine pertinence dans l’espace politique québécois. »

Et ajoute-t-il, « les facteurs qui ont amené la CAQ à croître et à former le gouvernement à deux reprises, c’est que les gens étaient un peu tannés du clivage entre fédéralistes et souverainistes. Ces idées-là peuvent redevenir d’actualité. »

Pas de député, pas de visibilité, problème de leadership, quoique des mains commencent à se lever pour prendre la relève de Christine Fréchette qui a démissionné au lendemain de sa déconfiture. Un point non négligeable, la CAQ a de l’argent dans ses coffres, un trésor de guerre qui continuera d’être alimenté en raison du financement public lié aux 572 000 votes qu’elle a obtenus. C’est justement grâce à ce financement public que le PCQ a pu se construire ces quatre dernières années.

Créée par François Legault en 2011, la CAQ se proposait d’offrir une troisième voie aux Québécois ambivalents ou fatigués du débat sur le statut politique du Québec. Le chef conservateur, Éric Duhaime, se voit déjà dans ce rôle de représentation mais encore faudra-t-il qu’il acquière une crédibilité dans ses interventions en Chambre et évite les écueils que ses troupes inexpérimentées ne manqueront pas de semer sur sa route.

 

 

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