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Jean Dussault
Jean Dussault
Ce jour-là, un docteur Nguyen traitait des patients à la clinique médicale du sud-ouest de Montréal.
Comme d’habitude, il y avait plus d’exotique que de local dans cette clinique publique qui sert aussi de déversoir à la salle d’urgence de l’hôpital de Verdun.
S’y voient des visages et s’y entendent des accents qui, de la réception à la direction, font plus penser à un globe terrestre qu’à une carte de la Mauricie.
Il s’agit dans tous les cas de Québécois de plus ou moins longue date, dans tous les cas parlant français, dans tous les cas absolument utiles.
Même essentiels.
Le contexte
De la part des milieux d’affaires, les appels à une plus grande immigration résonnent souvent comme des souhaits de main-d’oeuvre pas chère et servile. Et, d’où qu’ils proviennent, les voeux de grandes portes béantes taisent les sincères inquiétudes de celles et ceux qui craignent que l’arrivée de nouveaux venus ne draine plus qu’elle n’ajoute aux services publics et privés.
Comme l’a dit l’ancienne première ministre Pauline Marois (1), il ne faut pas blâmer les immigrants pour un tel état des choses, mais les politiques qui l’ont causé.
Moins réservée, elle aurait pu parler des politiciens qui l’ont causé.
Ottawa
Justin Trudeau avait statué que l’ère post-nationale était arrivée. La notion de nation était révolue, même disparue : le Canada du futur ne serait plus construit par des citoyens, mais habité par des personnes. Par beaucoup de personnes, par deux, trois fois plus de personnes, donc forcément par beaucoup plus d’immigrants.
Sans que les qualifications ni l’adaptabilité des nouveaux arrivants ne soient prises en compte, le taux d’immigration a battu tous les records de tous les temps. (2)
Ce qui fait qu’ici comme ailleurs, la discussion sur l’immigration a tourné au débat avant de virer à la chicane.
Raciste par-ci, raciste par-là; naïf par-ci, naïve par-là.
Le Québec
Des immigrants moins ou plus récents ne sont pas essentiels seulement dans des cliniques médicales montréalaises. Il n’y a pas qu’à Montréal que s’entendent des accents d’ailleurs dans les corridors des hôpitaux ou au 811.
Il s’agit d’un besoin de base que seule l’immigration peut combler.
Il y a une autre sorte de besoin, plus large, plus général : le petit pas-pays qu’est le Québec ne survivra pas par ses seules ressources humaines. Les Gagné et Côté ne produisent plus autant d’enfants qu’auparavant. Il n’y a pas que des patrons qui veulent des employés, il y a une société qui a besoin de relève.
À moins que les Mmes Tremblay et Bergeron ne soient forcées d’enfanter, cette relève ne peut provenir que de l’immigration.
Il y a aussi, passée de mode, mais quand même, l’obligation morale. Malgré des inégalités encore et toujours trop grandes, le Québec est une société riche qui s’est dotée jusqu’à maintenant de l’appareil de services publics le plus progressiste de l’Amérique du Nord. Cet héritage, qui mérite de servir de modèle malgré ses ratés, doit être transmis aux futurs Québécois, d’où qu’ils viennent.
C’est à ceux d’aujourd’hui qu’il incombe d’en léguer la base, les principes et l’idéal à ceux de demain.
Y inclus à celles et ceux qui débarqueront au Québec avec des noms aussi imprononçables pour la majorité que ceux des pure-laine le sont pour les néo.
L’objectif
Le statut francophone du Québec est précaire.
Autant il faut partager le riche héritage collectif du Québec, autant il faut faire en sorte que les générations futures reconnaissent dans ce legs comment, par qui et pourquoi il a été préservé et amélioré. Il faut que culturellement et linguistiquement, politiquement et économiquement, les nouveaux venus s’ajoutent à ce qui est en place au lieu de le remplacer.
Cette responsabilité est d’abord celle de la société qui les accueille.
Cela oblige à franciser celles et ceux qui débarquent au Québec qui ont besoin de l’être. Cela entraîne le devoir d’expliquer la spécificité québécoise à des gens qui arrivent avec la leur, aussi importante que différente. Cela exige de leur montrer la réalité derrière la notion floue de « société distincte », celle d’une minorité à risque de disparaître dans le maelstrom du continent américain.
Cela inclut de semer dans le potager culturel des nouveaux venus la graine de ce qui reste ici d’esprit collectif dans un environnement qui court à l’individualisme.
Cela doit amener à leur montrer qu’il pousse de bien jolies et très bonnes choses dans leur jardin d’adoption. Et à les convaincre que leur apport aux semis ajoutera à la couleur québécoise.
Montréal
Les immigrants au Québec s’installent en majorité dans l’île de Montréal. C’est là l’habituelle concentration de l’immigration dans les plus grandes villes des pays d’accueil.
Il est donc normal qu’il y ait plus d’immigrants, plus ou moins récents, dans les services de santé de la métropole que dans ceux, disons, de la Gaspésie.
Mais cela ne signifie pas que le besoin de nouveaux venus dans le système de santé est moins grand en dehors de la région de Montréal : ce besoin y est tout simplement moins comblé.
Pour aider à étaler les arrivées d’aide, l’Ordre des Infirmières et Infirmiers du Québec a créé un statut de IDHC et de IDHQ (3) afin d’encadrer la pratique des infirmières venues d’ailleurs.
C’est ainsi que sont débarquées, entre autre en Gaspésie, des infirmières du Maroc et de la Côte d’Ivoire.
Moins nombreuses qu’à Montréal, en plus petite proportion qu’à Montréal.
Non moins essentielles pour les Gaspésiennes et les Gaspésiens.
La politique
L’immigration est une question humainement, socialement, politiquement et économiquement touchante, délicate, importante et fondamentale. À ne pas verser dans le miasme de la partisanerie, encore moins de la mesquinerie.
Pourtant, pourtant, tout un chacun hurle et vocifère par ci et par là…
Devant les honnêtes critiques sur les exagérations canadiennes récentes, les décideurs politiques provinciaux comme fédéraux ont coupé et sabré dans l’immigration, quitte à annuler des programmes et des options qui avaient fait la preuve de leur utilité, de leur besoin.
Par exemple, l’abolition du PEQ (4) fait crier à la bêtise.
Alors que le besoin d’accueil ne se dément pas, qu’il va même en croissant. Et que, diantre, les immigrants sont des êtres humains.
Demain
Plusieurs immigrants n’arriveront pas à décrire la beauté de l’hiver québécois dans la langue de Vigneault.
Mais leurs enfants y parviendront, comme d’autres enfants d’immigrants avant eux qui ont fréquenté l’école francophone en débarquant ici.
Ils pourront travailler un jour à la clinique médicale du sud-ouest de Montréal.
Ou à l’hôpital de Gaspé.
Comme seraient capables de le faire les enfants de l’immigration que sont la mairesse de Montréal, la co-cheffe de Québec Solidaire et le chef du Parti libéral du Québec.
(1) Émission Tout peut arriver. Radio-Canada, 22-11-2025
(2) Lire Paul Journet sur « Borderline chaos ». LaPresse+ 15-11-2025
(3) Infirmière Diplômée Hors Canada (ou Hors Québec)
(4) Programme de l’expérience québécoise


