Le président de la Réserve fédérale américaine (FED) Jerome H. Powell et son successeur désigné Kevin Warsh ont beaucoup en commun. Ce sont d’abord des avocats d’affaires plutôt que des économistes. Cela peut paraître inusité à première vue, mais ce n’est pas si extraordinaire. La présidente de la Banque centrale européenne Christine Lagarde n’est-elle pas, elle aussi, une avocate qui, de surcroît, a été à la tête du Fonds monétaire international, autre sanctuaire d’économistes ?
Le 2 février dernier, lors d’un entretien destiné au podcast animé par Dan Bongino, ex-numéro deux du FBI nommé il y a quelques mois à peine, Donald Trump a fait ce qu’aucun de ses prédécesseurs n’avaient songé à faire : commander « la nationalisation des élections ».
Primaires en 2026, présidentielles en 2028, les Américains voient leur démocratie électorale fondre à vue d’œil. Une révolution politique est en cours. Avec ou sans Trump, les conservateurs les plus ultras espèrent changer à tout jamais la façon dont s’exerce le pouvoir aux États-Unis d’Amérique. « We, the People », nous le peuple, il y a longtemps que ce principe égalitaire de la Constitution américaine a cédé la place au pouvoir de l’argent. Depuis l’autorisation des « Super PACS » par la Cour suprême en 2010, il n’y a plus aucune limite aux sommes que peuvent verser les individus, les entreprises et les groupes de pression dans les campagnes électorales.
Jeudi 12 février, le «tsar des frontières» Tom Homan, annonce la fin progressive des opérations anti-immigration au Minnesota. Lancée début décembre, l'opération Métro Surge laissera un lourd bilan : deux personnes tombées sous les balles des agents de la police fédérale de l’immigration, 4000 arrestations et des interventions étendues jusqu’aux écoles et aux hôpitaux. Les rafles des agents fédéraux ont entraîné l’apparition d’un important mouvement de solidarité et de soutien usant de techniques éprouvées : coups de sifflet pour prévenir de la présence d’agents de l’ICE, mise en place d’obstacles pour leur bloquer la voie, hébergements clandestins, manifestations de masse … À un certain moment, la tension était telle que le gouverneur démocrate de l’État, Tim Walz, disait craindre un nouveau Fort Sumter, allusion à la bataille qui avait déclenché la guerre de Sécession [1].
Pendant plusieurs semaines, le Minnesota, et plus particulièrement les villes jumelles de Minneapolis et Saint Paul, sont devenues l’un des points chauds de la planète. Étrangement ciblée et occupée par la police des frontières de Donald J. Trump, la patrie du dessinateur Charles Schultz (créateur de Charlie Brown, de Snoopy et de Lucy) et du barde nobélisé Robert Zimmerman dit Dylan s’est vite illustrée par la résistance pacifique que sa population a opposée aux abus de pouvoir qui ont culminé avec l’exécution de deux citoyens américains, Renée Good et Alex Pretty.
Ceux qui ont pour métier d’observer les cieux, nous assurent que le centre de notre galaxie est le siège d’un monstrueux trou noir, autour duquel gravitent étoiles et mondes, qu’il finira par engloutir. Ceux dont la profession est d’observer la politique, se demandent si l’ego quelque peu monstrueux du président américain ne finira pas par jouer le même rôle pour tout ce qui gravite autour de lui et qui constitue aujourd’hui l’essentiel de la politiques des nations.
Avant d’aller faire un discours surtout jugé réaliste à Davos et un autre qualifié au minimum de révisionniste à Québec, le premier ministre canadien, Mark Carney, était allé à Pékin signer un accord commercial avec la Chine. En résumé, le Canada sera plus ouvert aux autos électriques chinoises en retour d’une plus grande ouverture du marché chinois à certains produits agricoles canadiens. Ou le contraire.
La nouvelle doctrine « Donroe » ranime les velléités impérialistes de Washington sur l’ensemble du continent américain. Elle doit être prise avec le plus grand sérieux par le Canada et par le Mexique, son amigo dans le traité de libre-échange qui lie leurs deux économies à celle des États-Unis. La capture par Washington des ressources pétrolières du Venezuela menace toutefois moins le Canada et sa riche industrie pétrolière qu’une conclusion désavantageuse de la renégociation de l’Accord Canada-États-Unis-Mexique qui s’amorce en principe cette année. À moins que … à moins que les États-Unis choisissent d’y mettre fin, comme le permet le traité, avec à la clé une nouvelle salve de droits de douane.
Lorsque les historiens poseront la loupe sur notre époque particulièrement chaotique, ils vont évidemment mettre en relief les caractéristiques, les extravagances et les violences qui auront distingué les chapitres de celle-ci. À celui qu’ils consacreront obligatoirement à l’accélération de l’Histoire avec un grand H, ils retiendront deux épisodes aussi incontournables l’un que l’autre : la chute du mur de Berlin le 8 novembre 1989 et la séparation entre l’Europe et les États-Unis amorcée officiellement le 5 décembre 2025 par les Américains et constatée officiellement par les Européens le 8 janvier 2025 par les voix du président français Emmanuel Macron et du président allemand Frank-Walter Steinmeier.
Il a beaucoup été question de la doctrine Monroe depuis le coup de force américain du 3 janvier dernier au Venezuela, et pour cause. Dans une conférence de presse aux accents jubilatoires tenue quelques heures à peine après l’opération Absolute Resolve, le président Trump évoquait lui-même cette doctrine pour justifier la capture du président Maduro. Avec la grandiloquence qu’on lui connaît, il ajoutait en avoir élargi la portée, reprenant le terme de doctrine Donroe mis de l’avant par certains médias de la droite américaine.

