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« Les nouvelles interdictions de la Maison-Blanche étaient à prévoir car les signes avant-coureurs d’une radicalisation américaine étaient nombreux. Il faut se souvenir de l’affaire de la boxeuse algérienne Imane Khelif qui, aux derniers Jeux olympiques de Paris, avait été jetée au bûcher de l’intolérance. »
Robert Frosi
Après avoir jeté son dévolu sur l’économie mondiale, la justice de son pays, la démocratie dans les universités et dans la plupart des États, sans oublier sa course effrénée pour être nobélisé et enfin celle de privatiser l’État à outrance, le président américain a exigé par décret, que dorénavant, les personnes transgenres ne puissent plus participer aux épreuves sportives féminines. Les Comités olympiques et paralympiques sont donc contraints d’appliquer ce nouveau diktat.
L’intitulé du décret présidentiel est sans équivoque, Tenir les hommes à l’écart du sport féminin. Le Comité olympique américain rame donc dans le sens du décret de l’Homme orange et en ajoute une couche en affirmant qu’il veut protéger l’intégrité et la sécurité des femmes pour un sport juste !
Ce décret ne s’arrête malheureusement pas au sport de haut niveau. Les clubs sportifs, les écoles et autres lieux d’enseignement risquent de se voir privés de fonds ou de récolter de pharaoniques amendes s’ils transgressent les ordres du président.
Le monde entier le sait maintenant, Donald Trump a le sens de la formule. Une technique qu’il a éprouvée dans l’émission The Apprentice. La fin de chaque signature de décrets trumpiens est synonyme d’une déclaration de derrière les fagots et à ce jeu d’ « esprit », le président ne donne pas sa place.
« Il n’existe que deux sexes, homme et femme, sur le plan biologique, et qu’aucune autre définition n’est acceptée », hurle-t-il à qui veut l’entendre. Et si vous n’êtes pas convaincu, il ajoute qu’il exigera des tests avant le début de ses Jeux olympiques. « Les États-Unis ne permettront pas aux hommes de voler les médailles des femmes aux Jeux olympiques de 2028. »
Derrière cette dernière offensive transphobe, on peut voir que le président américain se range volontiers dans la mouvance actuelle de l’extrême droite européenne et bien sûr, celle de son pays qui l’a élu. Cette dernière ne se cache même plus pour vouloir bouter hors de ses frontières, toutes personnes qui ne correspondraient pas à sa norme. Attention, soyons vigilants, les sorcières de Salem sont revenues !
Les nouvelles interdictions de la Maison-Blanche étaient à prévoir car les signes avant-coureurs d’une radicalisation américaine étaient nombreux. Il faut se souvenir de l’affaire de la boxeuse algérienne Imane Khelif qui, aux derniers Jeux olympiques de Paris, avait été jetée au bûcher de l’intolérance.
Sur son réseau de communication, le locataire de la Maison-Blanche, qui n’avait pas encore reçu ses clés, avait déclaré, qu’il promettait qu’il « exclurait les hommes des compétitions des femmes », s’il était élu en novembre. Il avait accompagné son message de la vidéo du combat entre Imane Khelif et son adversaire italienne Angela Carini.
L’extrême droite italienne va entrer à son tour dans ce concert nauséabond, endossé par la présidente du Conseil, Giorgia Méloni qui déclarait :« Les athlètes représentant des caractéristiques masculines ne devraient pas être autorisés à participer aux compétitions féminines. Il ne s’agit pas de discriminer qui que ce soit, mais de protéger le droit des athlètes féminines à participer à armes égales. »
Il n’en fallait pas plus pour que la liste s’allonge. J.K. Rowling et Elon Musk vont dénoncer à leur tour la jeune boxeuse, intimement convaincus de sa masculinité. La plus cynique est sans aucun doute l’auteure des aventures d’Harry Potter, qui justifiait son intervention par la défense des droits des femmes !
« Une jeune boxeuse vient de se voir voler tout ce pour quoi elle a travaillé et s’est entraînée parce que vous avez permis à un homme de monter sur le ring avec elle. »
Le grand ménage a commencé au pays de la statue de la liberté
L’investiture du président n’était pas encore officialisée qu’il parlait de mettre fin au « délire transgenre ». L’encre de son entrée officielle à la Maison-Blanche n’était même pas encore sèche, qu’il commençait à faire le ménage dans ses forces armées. Exit les transgenres. Des femmes qui ne sont pas tout à fait femmes ou des hommes qui ne sont pas tout à fait des hommes, ne peuvent pas tenir un fusil et défendre adéquatement les valeurs et les citoyens américains.
Pour justifier son geste il va déclarer : « Ces dernières ont été affectées par une idéologie de genre radicale pour apaiser les militants. Ces nombreux problèmes de santé mentale et physique sont incompatibles avec le service actif. »
La politique du président des États-Unis est tellement prévisible qu’il suffit de revisiter l’Histoire pour s’apercevoir que de combattre et de bannir les minorités a toujours été l’apanage des dictateurs. La logique trumpienne n’y échappe pas. Restriction du droit du sol, limitation migratoire, expulsions arbitraires … Pour ce faire, on destitue des juges, des procureurs et on veut même réécrire la carte électorale … On ne sait jamais ce que peut réserver l’avenir.
On balaie d’un coup les financements des programmes fédéraux acquis des longues luttes pour les droits civiques des années 1960. On pensait à l’époque que ces attitudes discriminatoires et systémiques allaient disparaître un jour. Et dire que ces programmes égalitaires allaient être élargis au handicap, la religion et l’orientation sexuelle. Mais, une fois de plus, le rêve de Martin Luther King s’est transformé en cauchemar.
Cette politique de la terre brulée risquerait peut-être de s’éteindre si les démocrates américains daignaient se lever et se transformer en vrais pompiers. En attendant, l’Amérique brûle et ses droits fondamentaux avec. Et que dire de l’extrême droite religieuse et des suprématistes blancs qui retrouvent une certaine légitimité. L’ont-ils un jour perdue ?
Des Jeux olympiques inclusifs ?
Les États-Unis vont accueillir les prochains Jeux olympiques d’été en 2028. Pour ce faire, le comité organisateur a dû se plier aux nombreuses exigences du Comité International Olympique. Il sera intéressant de voir comment la maison de Lausanne et sa nouvelle patronne réagiront à ce décret discriminatoire et contraire à sa charte.
Après les Jeux de Pékin en 2022, le CIO a fixé un cadre pour les athlètes transgenres et les différences de développement sexuel. Il reconnaît que le débat est « hautement politisé » et affirme également qu’il « n’y a aucun consensus scientifique sur la façon dont la testostérone affecte la performance. »
Mais là s’arrête la magnanimité olympique. Dans sa Tour d’ivoire, le CIO a préféré le jugement de Pilate dans ce dossier. Au lieu d’utiliser ses moyens colossaux pour trouver la clé du problème, on balaie sous le paillasson et on envoie la poussière aux oubliettes de l’Histoire en déclarant : « Il doit être du ressort de chaque fédération internationale de déterminer comment un athlète peut être avantagé de manière disproportionnée par rapport à ses pairs, en tenant compte de la nature de chaque sport. »
Alors si on suit cette logique, demandons à certains athlètes qui ont dominé outrageusement leur sport et qui étaent avantagés de manière disproportionnée, de rendre les armes ou leurs médailles. En voici une liste non exhaustive,
Michael Phelps, 28 médailles dont 23 d’or
Katie Ledecky, 13 médailles dont 9 d’or
Mark Spitz, 11 médailles, 9 d’or
Carl Lewis, 10 médailles, 9 or
Simone Biles, 11 médailles, 7 or
Et la liste pourrait s’allonger. Petites remarques en passant, tous ces athlètes sont américains !
Dans sa pièce, Molière fait parler Tartuffe qui déclare à Dorine, « Couvrez ce sein que je ne saurais voir. Par de pareils objets les âmes sont blessées. Et cela fait venir de coupables pensées. » À cette époque, l’écrivain s’attaquait à l’hypocrisie des dévots.
Où est le futur Molière qui libèrera l’Amérique de ses dévots, car ils commencent à être passablement nombreux et bruyants, avec comme chef d’orchestre, leur président.


