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Dorothée Giroux
Aucun des présumés coupables et complices des attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis n’a encore été jugé. Vingt-quatre ans après les actes terroristes qui ont fait près de 3000 morts, les familles des victimes ainsi que les accusés emprisonnés à Guantanamo attendent toujours la tenue d’un procès, remis d’innombrables fois.
Bien sûr, les 19 hommes qui ont détourné les avions qui ont foncé et détruit les deux tours du World Trade Centre à New York, qui ont percuté le Pentagone à Arlington, en Virginie et l’appareil qui s’est écrasé à Shanksville, en Pennsylvanie sont morts. Ils ont laissé derrière eux quelques documents, entre autres des testaments et des lettres en arabe ainsi que la liste des noms des 19 pirates de l’air, trouvée dans une valise restée à un des aéroports de départ.
En 2001, l’autre suspect, le chef d’Al-Qaïda a presque revendiqué la responsabilité de ces attentats qui ont fait 2,977 morts, mais ce n’est que trois ans plus tard qu’Oussama Ben Laden a clairement assumé son rôle de direction dans les événements simultanés et meurtriers du 11 septembre.
En octobre 2004, Al Jazeera a diffusé une vidéo montrant le dirigeant d’Al-Qaïda déclarant, en arabe, être responsable de ces attaques spectaculaires et les présenta comme une campagne de revanche contre l’administration américaine, en raison de son implication au Moyen Orient. Dans cette vidéo, Ben Laden soutenait que les États-Unis ont permis à Israël de déclencher une invasion au Liban, lors de la Guerre civile de 1982.
Malgré les représailles militaires de Washington et de ses alliés contre l’Afghanistan, qui abritait Al-Qaïda et son chef, c’est au Pakistan, en périphérie d’Abbottabad, qu’Oussama Ben Laden a été abattu par les forces spéciales américaines en mai 2011.
Les présumés complices
Ces attentats simultanés avec quatre avions, 19 kamikazes et un chef resté en Afghanistan, requièrent évidemment plus de 20 personnes pour les organiser. Les enquêtes menées par les autorités et les services de renseignement des États-Unis ont identifié cinq suspects. cinq personnes qui attendent leur procès militaire depuis un peu plus de 18 ans, à Guantanamo, à Cuba. Ils sont en détention à la base navale américaine depuis septembre 2006, mais ont été capturés et emprisonnés dans le réseau de prisons ultra-secrètes de la CIA, dès 2002 et 2003. Ils font face à une série d’accusations en lien à l’aide possiblement fournie aux pirates de l’air : conspiration, terrorisme, meurtre en violation de la loi sur la guerre, avoir dirigé ou entraîné les kamikazes et leur avoir versé de l’argent ou autre assistance. Si reconnus coupables, ces détenus font face à la peine de mort.
Quatre des accusés seront jugés ensemble, le cinquième le sera séparément parce qu’il a été reconnu incompétent, mentalement, pour subir un procès.
Les 5 hommes sont :
Khalid Sheik Mohammed, 61 ans, surnommé KSM.Il est vu comme le cerveau des attentats. C’est lui qui, dès 1996, aurait approché Ben Laden pour lui parler de l’importance d’un nouveau type de terrorisme qui ferait davantage de victimes et pour suggérer l’utilisation d’avions pour percuter des édifices en hauteur. KSM a joint Al-Qaïda en 1998 ou 1999 et peu de temps après, Ben Laden aurait donné son accord pour un attentat dont l’armement serait de gros porteurs d’aviation commerciale. Khalid Sheik Mohammed a subi énormément de torture après son arrestation en 2003 au Pakistan. Il aurait été privé de sommeil, emprisonné nu et a enduré une centaine de simulations de noyades. KSM a fait plusieurs déclarations lors des interrogatoires dans les prisons ultra-secrètes de la CIA, dont l’aveu d’avoir été responsable des attentats du 11 septembre.
Walid Bin Attash, 46 ou 47 ans, est aussi passé par un des sites secrets de la CIA. Il aurait entraîné deux des pirates de l’air au combat et fait du repérage du fonctionnement des lignes aériennes en vol et dans certains aéroports. Il aurait appris à dissimuler des lames et des couteaux à l’embarquement des passagers.
Ramzi Bin al-Shibh, 53 ans, est le premier des 5 accusés des attentats du 11 septembre à avoir été arrêté. Il a été capturé au Pakistan, un an jour pour jour après l’effondrement des tours du World Trade Center. Il se serait occupé de transfert d’argent pour l’opération du 11 septembre. Comme les autres, il a été prisonnier dans le réseau des sites ultra-secrets. C’est lui qui a été déclaré inapte à subir un procès.
Ammar al-Baluchi, 48 ans, aurait aussi transféré des fonds en provenance des Émirats arabes unis, là où il vivait et travaillait. Il a été capturé au Pakistan en 2003. En avril dernier, le juge du tribunal du 11 septembre a rejeté les confessions que ce détenu avait faites sous la torture, dans les prisons ultra-secrètes.
Mustafa al Hawsawi, 57 ans, aurait aidé certains des kamikazes sur le plan financier et de la logistique. Il a aussi été arrêté au Pakistan en 2003. Ses avocats affirment qu’il a été violé par du personnel de la CIA lors de son emprisonnement dans les sites secrets.
Des procédures interminables
Depuis leur transfert à la base navale de Guantanamo, il y a 19 ans, ces détenus savent qu’ils auront un procès, contrairement à la grande majorité des 780 prisonniers qui y ont passé des années, derrière des portes cadenassées. Il reste maintenant 15 détenus à Guantanamo, dont cinq directement liés aux attentats du 11 septembre et qui font face à la peine de mort. Il n’y a toujours pas de date prévue pour leur procès. Pourquoi?Parce qu’il y a eu beaucoup de changement de personnel, autant chez les juges que chez les avocats, autant du côté de la défense que du côté des procureurs militaires.
Les causes de peine capitale doivent avoir un certain nombre d’avocats et de procureurs avec une formation et une accréditation spéciale. Des problèmes plus importants n’ont pas encore été réglés. Quelles preuves peuvent être soumises au tribunal ? Les déclarations faites sous la torture ne doivent pas être admises. Les cinq accusés sont tous passés par les prisons secrètes de la CIA et ont fait de nombreuses déclarations. Qu’est ce qui a été entaché par la torture et qu’est ce qui ne l’a pas été? Pour chaque décision il y a contestation. Cela retarde les procédures et ce sont des questions fondamentales.
Les avocats des accusés du procès du 11 septembre ont soumis une proposition: plaider coupable contre une peine d’emprisonnement plutôt que la peine de mort. L’administration Biden a analysé et considéré l’offre pendant presque deux ans. La proposition a finalement été acceptée, puis rejetée par le secrétaire à la Défense de l’administration Biden, quelques jours à peine après son autorisation. Les procédures repartent presque à zéro, avec un nouveau juge qui doit s’adapter à la formule hybride des procès de Guantanamo, mi-cour martiale, mi-cour criminelle fédérale.
Pendant toutes ces années, les familles des victimes qui sont allées voir les procédures à Guantanamo ou ailleurs aux États-Unis ont gardé espoir de voir une justice pour leurs proches. Pas étonnant que certains commencent à douter de voir ce jour-là bientôt, après plus de 18 ans d’attente.


