À propos de l'auteur : Robert Frosi

Catégories : Sports

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Pierre De Coubertin, au centre, fondateur des Jeux olympiques modernes : « La femme est avant tout la compagne de l’homme, la future mère de famille et doit être élevée en vue de cet avenir immuable. »

Robert Frosi

Certains diront que l’année 2025 aura été révolutionnaire pour le monde du sport. Après 131 ans, une femme devient présidente du Comité international olympique. Avant de parler de bouleversement au sein du CIO, il faut être prudent. On n’est pas encore prêt à ramasser les morceaux de verre tombés du plafond. 

Longtemps dirigé par des vieilles barbes, le CIO accepte peut-être d’entrer enfin dans son époque. Il faut dire que l’on partait de loin. 

Le fondateur des Jeux olympiques modernes, le baron Pierre de Coubertin déclarait en 1901 : « La femme est avant tout la compagne de l’homme, la future mère de famille et doit être élevée en vue de cet avenir immuable. »

Puis, dans un texte datant de 1912, intitulé, Les femmes aux Jeux olympiques, De Coubertin insiste sur le sujet : « Les Jeux olympiques doivent être réservés aux hommes. Une olympiade femelle ne pourrait être qu’inintéressante, inesthétique et incorrecte. Ils constituent l’exaltation solennelle et périodique de l’athlétisme mâle avec l’applaudissement des femmes comme récompense. »

Et d’ajouter, pour être certain d’être bien compris : « Aux Jeux olympiques, le rôle des femmes devrait être, comme dans les anciens tournois, de couronner les vainqueurs. » 

Vous l’aurez compris, la présence des femmes aux Olympiques était loin d’être gagnée.  

Avant les Jeux de 1928, à Amsterdam, le baron de Coubertin cède son siège de président du Comité international olympique (CIO) à un Belge, le comte Henri de Baillet-Latour. Ce dernier va finir par céder face aux demandes insistantes et à la force de conviction d’Alice Milliat. Une pasionaria du monde du sport féminin.

L’obstination de la Française va aboutir à la tenue de cinq épreuves féminines d’athlétisme, de même qu’à la participation des femmes en gymnastique et en escrime et à l’ajout d’épreuves en natation. 

Le baron Pierre de Coubertin sera outré par cette concession, qu’il voit comme une trahison.  

 « Cela constitue un affront majeur à la grandeur et à la pureté originelle de cette compétition » , déclare-t-il alors, fidèle à sa vision quelque peu moyenâgeuse des femmes. 

Mais la bataille est loin d’être gagnée. 

Un 800m fatidique pour l’avenir olympique des femmes 

Le 2 août 1928, le stade d’Amsterdam est plein comme un œuf. Le public va assister à la première course féminine de 800 m de l’histoire olympique. Tous les yeux sont rivés sur l’Allemande Lina Radke. Elle va complètement survoler la course avec un record du monde à la clé. 

Derrière elle, les femmes arrivent exténuées, certaines vont même jusqu’à s’effondrer.  

Le CIO et la presse crient au scandale et parlent d’un spectacle affligeant et indigne de l’esprit olympique. On va même jusqu’à déclarer que la constitution des femmes est trop fragile pour de telles distances. 

Par conséquent, le couperet va tomber et le CIO va interdire aux femmes les distances supérieures à 200 m. Il faudra attendre les Jeux de 1960, à Rome, pour voir l’épreuve réapparaître. 

Pendant ce temps, au lieu d’être portée aux nues, l’Allemande victorieuse du 800 m sera par la suite conspuée par les médias. On ira même jusqu’à attribuer sa domination à son manque de féminité ! 

Pour célébrer cette première historique pour le sport féminin, les Jeux olympiques de Los Angeles en 2028 vont souligner l’anniversaire à leur manière. Cent ans plus tard, les jeux américains offriront un spectacle inédit. Le 1er jour des Jeux verra la finale du 100m féminin. Une première dans l’histoire.

Les exemples sont nombreux sur les différentes batailles menées par les femmes afin qu’elles prennent leur juste place dans le monde du sport. Et cette lutte est loin d’avoir été un long fleuve tranquille. Parlez-en à Kathrine Switzer.

En 1967, elle va participer au marathon de Boston alors que les préjugés à l’époque étaient encore tenaces. Une femme ne pouvait pas courir de longues distances. On va d’ailleurs interdire leur présence jusqu’en 1972. Elle va donc s’inscrire en notant seulement ses initiales. Durant la course, elle va être reconnue et les tentatives de l’expulser seront nombreuses. Mais qu’importe, elle va terminer le marathon et devenir une icône de la lutte pour le droit des femmes.

Le chemin est long avant de parler d’équité. Aujourd’hui, le CIO se targue d’avoir atteint la parité lors des Jeux olympiques de Paris. Mais c’est un arbre qui cache la forêt. 

Dans le monde du sport, à peine 30 % des femmes occupent des postes de direction. Elles sont encore moins nombreuses, à peine plus de 20 % dans les comités nationaux olympiques. 

Une présidente au passé sulfureux

Les plus optimistes vont crier au changement et que pour la première fois dans l’histoire, la présidence du CIO est occupée par une femme africaine, la Zimbabwéenne Kirsty Coventry.  

Femme et Africaine, on pourrait penser qu’une explosion a fait voler en éclats le plafond de la maison olympique à Lausanne. La suite pourrait faire déchanter la plus emblématique des pasionarias. 

Soulignons ici que l’ancienne championne de natation, icône du Zimbabwe est blanche et qu’elle est issue d’une famille de colons de la Rhodésie. 

Bien avant de devenir le Zimbabwe, la Rhodésie était une colonie britannique.  

Comme en Afrique du Sud, une minorité blanche dominait la majorité noire. Comme en Afrique du Sud, les politiques de ségrégations raciales étaient légion. 

Sous la présidence du président Robert Mugabe, la famille Coventry a fait l’objet de menaces. Elle refusait les réformes agraires qui obligent les agriculteurs blancs à restituer une partie de leurs terres aux Zimbabwéens noirs. 

Devant la dangerosité de la situation, ses parents vont l’envoyer vivre aux États-Unis. C’est là qu’elle va s’entraîner pour devenir ensuite championne olympique et revenir auréolée de gloire au Zimbabwe. 

À son retour, Kirsty Coventry  va être nommée ministre des Sports par le nouveau président Emmerson Mnangagwa. Devenue ministre, elle relance le Service National de la Jeunesse, un programme qui a été dénoncé pour ses atteintes aux droits humains.

Sous le règne du président Mugabe, on s’est servi de ce programme pour créer des milices au Zimbabwe afin de combattre les opposants au régime. Rappelons que ce pays est loin d’être une démocratie. En 2023, la réélection d’Emmerson Mnangagwa a été dénoncée par l’opposition qui revendique la victoire et qui pour seule réponse verra ses dirigeants arrêtés et emprisonnés.

C’est dans ce gouvernement que Kirsty Coventry navigue comme ministre. Certains Zimbabwéens n’hésitent pas à dénoncer son inaction durant son mandat ministériel. Après ses sept années comme ministre, les infrastructures sportives n’ont cessé de se délabrer. Les piscines qui devaient symboliser sa réussite olympique sont en ruine. Les stades de football ne correspondent plus aux normes internationales, ce qui a pour conséquence  d’obliger l’équipe nationale à aller jouer en Afrique du Sud. Une honte dans ce pays où le football est roi.

Malgré un bilan très peu reluisant de sa politique sportive, elle a continué à faire partie d’un gouvernement qui encore aujourd’hui est dénoncé pour ses dérives autoritaires. Certains sociologues n’hésitent pas à dire qu’elle est devenue un formidable alibi pour blanchir l’image du régime, pire, qu’elle a accepté les machinations raciales et politiques de son gouvernement autocratique.

Les très bonnes relations entre le président du Zimbabwe Emmerson Mnangagwa et Vladimir Poutine ne sont sans doute pas étrangères au fait que la nouvelle présidente du CIO, propose de réfléchir au retour rapide des Russes dans le giron olympique.  

Son récent voyage en Chine n’est pas plus rassurant. Elle a  rencontré le président Xi Jinping et a surtout vanté les mérites des Chinois au sein du mouvement olympique,

« Je tiens à vous remercier pour le soutien que votre pays a apporté au CIO tout au long de ces années. Je m’engage à poursuivre cette collaboration des plus fructueuses. Nous apprécions tout particulièrement les efforts considérables déployés par la Chine pour permettre aux jeunes d’avoir accès à la pratique sportive. Cela laisse présager d’un avenir encore plus radieux pour la Chine. » 

Elle a aussi profité de son voyage pour soigner ses relations avec les partenaires économiques chinois qui financent à coup de centaines de millions le CIO. 

Certes, il est plus facile de remplir en toute insouciance les caisses olympiques que de se questionner sur le sort des Ouighours ou sur la répression contre les dissidents chinois.

Elle a conclu sa visite en déclarant le plus sérieusement du monde,

« La Chine a toujours fermement mis en pratique, défendu et promu l’esprit olympique. »

On voit immédiatement quelle direction compte prendre la nouvelle présidente du CIO. Soigner ses relations avec le régime chinois et se rapprocher du régime russe sans oublier de soutenir un gouvernement africain dirigé par un dictateur. Tout un programme.

Alors, soyons prudents avant de dire qu’un plafond a explosé et qu’une maison va être rénovée.

Pour se faire, il faudra trouver la vraie architecte qui bâtira une maison où l’air circule librement et s’assurer qu’il ne sera pas pollué par les idées d’une autre époque.

 

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