À propos de l'auteur : Antoine Char

Catégories : International

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Antoine Char

S’adressant au Congrès américain en 2023, Narendra Modi rappela ceci :  « Des millions de personnes ici ont des racines indiennes. Certaines d’entre elles siègent fièrement dans cette salle, et il y en a une juste derrière moi qui a marqué l’histoire. » La mère de Kamala Harris, alors vice-présidente et future candidate à la Maison-Blanche était indienne, et le premier ministre du pays le plus peuplé du monde tenait à le souligner.

Il aurait pu ajouter les noms de la demi-douzaine de congressmen qui l’écoutaient ou encore Nikki Haley, l’ancienne gouverneure de Caroline du Sud, ex-ambassadrice des Nations unies, candidate à l’investiture républicaine en 2023, Piyush Jindal dit Bobby Jindal, l’ex-gouverneur de Louisiane, Kash Patel, le très controversé directeur du FBI et la très discrète Usha Chilukuri, l’épouse du vice-président J.D Vance.

Zohran Mamdani, le nouveau maire de New York, a certes vu le jour en Ouganda, mais son père Mahmood, professeur à Columbia, et sa mère Mira, cinéaste, sont nés en Inde.

La liste serait plus longue en comptant ceux et celles œuvrant à Silicon Valley : le quart des personnes dans le temple mondial de l’innovation et des nouvelles technologies est né en Inde ou est originaire de ce pays que Donald Trump, lors de son premier mandat, avait placé sur sa longue liste des « pays de merde » (shithole countries).

À la tête de fleurons industriels

Et qui dirige Microsoft, Google, Alphabet, Youtube, Adobe, Oalo Alto Networks ? Ils sont nés à Madras, Hyderabad, Ghaziabad, Madurai … Au total, une douzaine de fleurons industriels américains ont à leur tête des membres de la diaspora indienne (près de cinq millions) qui dépasse désormais celle venue de Chine.

« Les citoyens d’origine indienne représentent environ 1 % de la population américaine, mais ils sont représentés de manière disproportionnée au sommet de la hiérarchie. » (1)

Et que dire du secteur hospitalier ? Un médecin immigrant sur cinq est Indien (2) et Jay Bhattacharya dirige le National Institutes of Health, principale agence de recherche biomédicale du gouvernement américain, et Marty Makary est à la tête de la Food and Drug Administration (AA).

Comment expliquer un tel succès ? Un mot : l’éducation. Près de 80 % d’entre eux ont un diplôme universitaire, comparé à 30 % des Américains de naissance. Pas étonnant que plus de 70 % des visas H-1B (permis de travail à l’étranger) délivrés par Washington vont souvent à des ingénieurs en logiciels indiens, et que 40 % de tous les ingénieurs nés à l’étranger dans des villes comme Seattle sont originaires du pays dirigé depuis une douzaine d’années par Norendra Modi. (3)

Et ceux qui ne sont pas bardés de diplômes œuvrent dans l’industrie hôtelière. Plus de 60 % des motels américains appartiennent à des Indiens.

Ombre grandissante

Et quel est le plus grand et plus riche débouché pour les jeunes indiens éduqués quand ils sont frappés chez eux par un taux de chômage d’au moins 25 % ? USA ! USA ! Mais il y a une ombre grandissante à leur success story américain.

Pour Rohit Chapra, professeur de communication à l’Université de Santa Clara, au cœur de la Silicon Valley, le succès et la notoriété des Américains d’origine indienne font d’eux une cible facile pour les groupes racistes.

« Il existe indéniablement un ressentiment face à la réussite manifeste de la communauté indo-américaine dans des régions comme la Silicon Valley. Souvent présentée comme une minorité modèle et un exemple de réussite pour les immigrants, cette image occulte la longue histoire de la migration indienne aux États-Unis et la diversité socio-économique de cette communauté.

« Un racisme indéniable est également présent, reflétant une triste réalité de la vie américaine. Le populisme économique et politique, la banalisation des sentiments extrémistes et hypernationalistes dans le discours américain actuel, et la facilité avec laquelle des groupes peuvent être ciblés en ligne par des discours haineux font des Indo-Américains des cibles faciles. » (échange de courriel).

Un exemple parmi d’autres ? Vivek Ramaswamy, candidat républicain à la présidentielle de 2024, resta estomaqué lorsque la commentatrice de droite Ann Coulter lui asséna : « J’étais d’accord avec beaucoup de choses que vous avez dites … mais je n’aurais quand même pas voté pour vous parce que vous êtes Indien. » (4)

Discrimination, discrimination

Longtemps considérée comme une minorité modèle, « les Américains d’origine indienne sont régulièrement victimes de discrimination », rappelait déjà en 2020 la Carnegie Endowment for International Peace pour qui « un Américain d’origine indienne sur deux déclare avoir subi de la discrimination au cours de l’année écoulée, la discrimination fondée sur la couleur de peau étant la forme de préjugé la plus courante. De façon assez surprenante, les Américains d’origine indienne nés aux États-Unis sont beaucoup plus susceptibles de déclarer avoir été victimes de discrimination que leurs homologues nés à l’étranger ». (5)

Rohit Chapra peut en témoigner : « […] même dans la Silicon Valley libérale où je travaille et à San Francisco où je vis, comme dans d’autres régions de Californie et des États-Unis, j’ai été confronté au racisme, souvent sous des formes très odieuses ».

Lorsqu’en octobre dernier, le directeur du FBI, Kash Patel, a souhaité une joyeuse Diwali (fête majeure en Inde) à ses abonnés sur X, des comptes d’extrême droite nationalistes chrétiens et suprémacistes blancs ont inondé sa publication de mèmes et de propos haineux. « Retournez chez vous adorer vos démons des sables », a écrit un pasteur d’extrême droite. « Foutez le camp de mon pays ! », pouvait-on lire dans une autre réponse. Un internaute devait lancer : « Ici, c’est l’Amérique. On ne fait pas ça. » Ce sont là quelques réactions parmi les  « plus modérées ». (6)

Et que dire de la publicité de l’équipe de l’ex-gouverneur démocrate Andrew Cuomo montrant Zohran Mandani, son rival à la mairie de New York, mangeant du riz avec les mains ?

Générée par l’Intelligence Artificielle (IA), elle fut rapidement supprimée.

Les visas H-1B dans le collimateur

Par ailleurs, les propos anti-indiens les plus vitrioliques en ligne visent les visas H-1B, dont les ressortissants indiens sont les principaux bénéficiaires. Ce programme, permet à des étrangers hautement qualifiés de travailler aux États-Unis dans des domaines spécialisés. Il suscite des dissensions au sein même du camp présidentiel. Des opposants aux visas, comme Stephen Miller, le chef adjoint du cabinet de Trump, accusent l’Inde de « manipuler les politiques d’immigration ». Trump a récemment restreint l’accès aux visas H-1B en imposant des frais de dossier de 100 000 dollars.

« Bien qu’il puisse y avoir quelques cas de fraude, il n’y a pas de complot systémique ni de fraude à grande échelle, contrairement à ce qu’affirment les nationalistes blancs, les partisans de Trump et les racistes sur les réseaux sociaux », note encore le professeur Chapra.

Malgré ces poussées de fièvre raciste, pas moins de 150 000 citoyens du pays de Mahatma Mohandas Gandhi foulent tous les ans légalement le sol américain en file indienne.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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