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Capture d’écran
Le Canada est devenu, fin juillet, le troisième pays du G-7 à avoir l’intention de reconnaître l’État de Palestine. La promesse du premier ministre Mark Carney est assortie de conditions. Un engagement symbolique avec peu d’impact pour certains alors que d’autres y voient un pas dans la bonne direction ou une reconnaissance qui arrive bien tard.
Dorothée Giroux
La dévastation dans la bande de Gaza, les 61 599 morts et plus de 154 000 blessés, la famine qui affaiblit les survivants des bombardements infligés par les forces armées israéliennes. On a tous vu les images. Comme si cela n’était pas assez poignant, les agences humanitaires de l’ONU n’ont pas fini de décrire ce qu’elles y observent cet été. L’Agence des Nations-Unies pour les réfugiés palestiniens nous informe que « des familles entières, des quartiers et toute une génération sont en train d’être anéantis dans l’enclave palestinienne ». (1) Le Bureau de coordination des affaires humanitaires constate, pour sa part, que « la situation humanitaire a vraiment atteint des proportions inimaginables et catastrophiques ». (2)
La déclaration de Mark Carney
Dans ces circonstances, il n’est peut-être pas étonnant que le Canada a posé un geste en vue de reconnaître l’État de Palestine au cours de la prochaine Assemblée générale des Nations unies en septembre, à New York. À certaines conditions, toutefois. Que l’Autorité palestinienne s’engage à des réformes en matière de gouvernance, que le président de l’Autorité palestinienne déclenche des élections en 2026 et que le Hamas soit interdit d’y jouer un rôle. Autres exigences : la démilitarisation de la Palestine, le désarmement du Hamas et la garantie que celui-ci ne fasse aucunement partie d’un éventuel gouvernement. Le 30 juillet, le premier ministre canadien s’est entretenu avec Mahmoud Abbas pour lui faire part de ses attentes. Comme d’autres chefs de gouvernement, Mark Carney souhaite la libération de tous les otages capturés en Israël lors des attaques terroristes menées par le Hamas, le 7 octobre 2023. Attaques qui ont fait 1218 morts, en majorité des civils.
Des demandes ambitieuses
Une élection en 2026 alors que la bande de Gaza est en ruines, que la famine sévit et qu’un cessez-le-feu ne semble pas, pour le moment, envisageable. Certains soutiennent que le gouvernement canadien pose les bonnes conditions mais qu’elles sont, à court terme, presque impossibles à respecter. Il y a une certaine marge de manoeuvre si Ottawa soutient que l’Autorité palestinienne fait du progrès. Mahmoud Abbas a beau prôner la démilitarisation du Hamas et promettre de renouveler la gouvernance de l’Autorité palestinienne, mais dans un sens plus strict, il y a zéro chance que ces conditions soient réalisables d’ici septembre.
Symbolisme ou un pas vers la paix ?
Les avis sont partagés. Pour certains, la reconnaissance de la Palestine peut contribuer à sortir de l’impasse actuelle entre Israël et le Hamas. En mettant de la pression sur Israël. Et en recadrant les positions de la France, du Royaume-Uni et du Canada, qui s’engagent à reconnaître un État palestinien.
Pour l’instant c’est symbolique mais significatif, selon Sami Aoun, politologue et spécialiste du Moyen-Orient . « C’est vraiment un pas vers la paix heureusement et il faut le concrétiser. Mais pour l’instant, oui, c’est symbolique et c’est très significatif en ce sens que le Canada a un souci de rééquilibrage et de réajustement de sa politique à l’égard du conflit israélo-palestinien. Le Canada, au lendemain du 7 octobre, a été très solidaire avec Israël, a condamné ces attaques horribles mais aussi dans le déroulement de la guerre, le Canada ne peut certainement plus supporter, tolérer ce qui arrive dans une guerre qui devient de plus en plus dramatique. Il y a des voix maintenant qui se lèvent, à l’intérieur d’Israël comme ailleurs dans le monde, que nous sommes devant des massacres génocidaires et en ce sens le Canada voulait réencadrer un certain horizon politique pour ce qui arrive à Gaza. » (3)
Le but est de créer une impulsion vers une solution pacifique et durable. Tenter de renouer avec la solution de deux États indépendants, Israël et Palestine, au moment où des élus israéliens discutent ouvertement de l’effacement de la Palestine. Quelques jours avant la promesse du président français de reconnaître l’État palestinien, le Parlement israélien votait une motion non contraignante pour qu’Israël annexe la Cisjordanie, afin d’en finir avec tout projet d’État palestinien. Quant à la promesse d’Emmanuel Macron, voici comment le premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou a réagi : « Cette décision récompense la terreur et constitue une rampe de lancement pour anéantir l’état hébreu. » . Pour lui, « les Palestiniens ne cherchent pas à créer un État aux côtés d’Israël, ils cherchent à créer un État à la place d’Israël ».
Quelques jours plus tard, le premier ministre israélien réiterait vouloir prendre le contrôle de toute la bande de Gaza, « le meilleur moyen selon lui de mettre fin à la guerre ».
147 États ont déjà reconnu la Palestine comme un des leurs, c’est-à-dire un État. Depuis mai 2024, d’autres pays ont suivi : l’Espagne, la Norvège, la Slovénie. Mais ce sont les déclarations, fin juin et début juillet, de la France et du Royaume-Uni, deux pays qui siègent au Conseil de sécurité de l’ONU qui ont changé la dynamique. Le Canada et l‘Australie ont emboîté le pas. Ce qui n’empêche pas les observateurs de se demander si la solution des deux États est encore possible, compte tenu de l’état des lieux à Gaza et en Cisjordanie, donc en Palestine.
1) ONU Info, UNWRA, 11 août 2025
2) ONU Info, OCHA, 11 août 2025
3) RADIO-CANADA, Le National, Sami Aoun, 30 juin 2025



Excellent article.