À propos de l'auteur : Serge Truffaut

Catégories : International

Partagez cet article

Capture d’écran

Serge Truffaut

Étrange époque que la nôtre. Voilà maintenant des mois que le monde est confronté aux fracas induits par un homme qui dirige la destinée de la puissance des puissances en jonglant avec le chaud pendant une heure avec le froid l’heure suivante. La rationalité ? Le principe de réalité ? Le droit international ? Donald Trump les a remisés au rang des fictions, des légendes, des fadaises. Étrange et de fait vertigineux.

Voilà que ces jours-ci, il a récidivé. À la 25e heure, il a imprimé sur le cours de l’Histoire dont il est le principal acteur un changement de cap. Le matin du 7 avril il menaçait d’annihiler la civilisation iranienne et au soir, il annonçait qu’un accord de cessez-le-feu d’une durée de 15 jours avait été signé avec le royaume perse et Israël.

Premier constat : en dévoilant son intention de conjuguer sa gestion du dossier iranien avec la table rase, Donald J. Trump se montrait enclin à être formellement accusé de crime contre l’humanité. Une position qui a suscité aux quatre coins du monde des réactions combinant la colère avec l’effroi et une forte dose de dégoût qui aux États-Unis a eu un effet boomerang inattendu. Détaillons.

Un malade

Dans les heures qui sont suivi les menaces de Trump émaillées, soit dit en passant, par ses grossièretés dont il est friand, le leader des démocrates au Congrès, Chuck Schumer, a brisé un tabou vieux de 60 ans : il a évoqué la santé mentale du président.

Dans un message écrit et non uniquement verbal, Schumer a jugé que Trump « était une personne extrêmement malade ». Il n’en fallait pas moins pour que ce propos libère la parole de certains élus et commentateurs. En fait, en évoquant la santé mentale du président, le patron des démocrates, on insiste, disait tout haut ce qui se disait tout bas y compris dans les couloirs de la Maison-Blanche.

Un exemple ? Il y a peu, une source a soufflé dans l’oreille du Washington Post que la dynamique cognitive du chef de l’exécutif laissait parfois à désirer. Ainsi, cette source assurait que selon Trump il faut désormais un permis pour acheter une pinte de lait. Bigre !

Toujours est-il que lors de la campagne présidentielle de 1964 qui opposa le démocrate Lyndon B. Johnson au républicain Barry Goldwater, la volonté exprimée par ce dernier d’injecter une bonne dose de brutalité dans les rapports avec l’Union Soviétique et avec Cuba fut jugée si extrémiste qu’elle était donc l’idée d’un fou.

En taxant le programme d’un candidat, d’un candidat choisi par des milliers et des milliers de militants, de programme composé par un cinglé ici et là on a réalisé que cela revenait à injurier les millions d’Américains qui avaient voté pour lui.

Au sein des états-majors des deux principaux partis du pays, on a également réalisé que traiter un élu de fou revenait à amputer de la crédibilité à son exercice du pouvoir. Alors les états-majors établirent une règle non écrite : on n’évoque plus jamais la santé mentale du président.

On sait peu que le débat sur la folie supposée ou pas de Goldwater est une des principales origines du 25e amendement qui balise la transmission du pouvoir entre le président et le vice-président ainsi que le mécanisme de destitution pur et simple du chef de l’exécutif.

L’article 4 du 25e amendement adopté le 23 février 1967 a trait justement à l’incapacité du président d’exercer le pouvoir que certains ces jours-ci ont brandi.

Destitution de Trump

Dans la foulée du commentaire formulé par Schumer, des démocrates ont estimé que le chaos dans lequel Trump a plongé le monde commandait le recours à cet amendement. En fait, ils ont été encouragés à agir de la sorte par certaines voix républicaines, dont le sénateur du Wisconsin Ron Johnson, qui ont osé critiquer le président.

La plus spectaculaire des réactions, fut celle de Marjorie Taylor Greene, égérie du MAGA, qui dans un message s’est écriée : « Aucune bombe n’est tombée sur l’Amérique. Nous ne pouvons pas anéantir une civilisation entière. C’est le diable et la folie » Le titre de son message ? 25e amendement !!!

Même le célèbre commentateur d’extrême droite Tucker Carlson a rejoint le camp de ceux qui s’affichent enclins à abandonner Donald J. Trump.

Cela étant, l’autre route pour destituer le président est la suivante : si une majorité de représentants votent l’amorce d’une destitution alors celle-ci s’en va, si l’on peut dire, au Sénat. Et là, il faut que les 100 sénateurs soient présents ainsi que le vice-président qui dispose du vote prépondérant, le 101e, et que les deux-tiers d’entre eux, soit 67, votent en faveur de la destitution. Bref, c’est mission impossible car il suffit qu’un seul soit absent …

Derrière le rideau

Les limiers du New York Times l’assurent : après avoir échangé avec plusieurs sources américaines et saoudiennes, ceux-ci affirment que lors de discussions entre Trump et le prince Mohammed ben Salmane, le Saoudien a prié son homologue de briser durablement l’Iran. De briser son principal concurrent régional qui soutient ces satanés Houthis au Yémen qui à l’instar des Iraniens sont … chiites.

Par une de ces ironies dont l’Histoire a le secret, dans cette guerre, Salman est sur la même longueur d’onde que le premier ministre Benjamin Netanyahu : il veut un Iran durablement affaibli. Un Iran débarrassé de ces dirigeants religieux, de ces ayatollahs honnis par les sunnites.

Il veut qu’il en soit ainsi, Salmane, parce qu’en 2019 les attaques menées par l’Iran sur les infrastructures pétrolières ont mis en relief les fragilités du pays. CQFD : un Iran qui ne serait pas totalement défait, un Iran sous la coupe des militaires sera encore et toujours une grave menace.

Et au milieu de tout ça, le gouvernement israélien perclus de racistes et leurs divers alliés de la Knesset élus, choisis par la population, faut tout de même le rappeler, écrit une fois encore le destin du Liban à l’aune de la tragédie. Et ce, dans une indifférence qui ne peut que susciter du dégoût.

La France en particulier, la France avec ses lois sur les droits de l’homme, sur la non-assistance à personne en danger et autres, la France avec ses liens particulièrement étroits avec le pays du Cèdre, la France qui laisse Israël mettre ce pays à genou, la France d’Emmanuel Macron, le président de la vacuité, a une position où la lâcheté se confond avec le minable.

Laisser un commentaire