À propos de l'auteur : Robert Frosi

Catégories : Sports

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Christian Tiffet

Robert Frosi

«Si tu n’es pas sage, le Père Noël ne viendra pas ! ». Combien de fois a-t-on entendu cette phrase assassine qui nous rendait soudainement vulnérables ?

Une menace qui rendait vaine toute velléité de révolte enfantine.

Le vendredi 5 décembre dernier avait lieu à Washington le tirage au sort de la Coupe du monde de soccer. Tout le gratin du ballon rond mondial était convié à l’évènement. Le tirage au sort d’une coupe du monde c’est comme le Noël du football mondial. Dans le rôle du père Noël, le président de la FIFA, Gianni Infantino.

En descendant dans la cheminée du Lumen Stadium de Seattle, il avait réussi, là où parfois les plus grandes négociations échouent. Il a réuni dans sa hotte et sur une même scène, le président Trump, la présidente du Mexique Claudia Sheinbaum et le premier ministre du Canada, Mark Carney.

Même si le geste voulait souligner la présence des trois pays organisateurs de la prochaine Coupe du monde, on peut raisonnablement se demander si ces chefs d’État et de gouvernement n’ont pas des problèmes plus urgents à résoudre que de sortir des boules d’un boulier. La loterie de la vie des plus démunis ne serait-elle plus une priorité ?

Là où le moment a atteint l’apothéose de l’hypocrisie est la cérémonie officielle imaginée par le président de la toute puissante FIFA.

Il invite seul sur scène le président des États-Unis car il a une surprise pour lui. Un trophée trône au milieu des deux hommes, mais Gianni Infantino fait durer le suspens et tend un carton rouge à son invité en lui disant qu’avec cela il pourra expulser qui il voudra. Une blague suisse de mauvais goût sortie tout droit des cartons du siège de la FIFA à Zurich.

Pour les néophytes du ballon rond, le carton rouge permet à l’arbitre de sanctionner un joueur pour avoir commis une faute grave. Le joueur fautif est automatiquement expulsé du terrain et n’a pas le droit d’être remplacé.

L’idée plus que malvenue au moment où de nombreuses villes des États-Unis sont la scène des pires exactions commises par la police de l’immigration, ICE (Immigration and customs enforcement) qui expulse toute personne qui n’a pas la bonne couleur. Ou alors, par son geste, le président de la FIFA veut présenter Donald Trump comme un arbitre et semble donner une certaine légitimité au responsable de ces odieuses expulsions.

Enfin un prix pour Donald

Mais le public n’allait pas être au bout de ses surprises. Comme le pire des lutins, Gianni Infantino avait « gossé » dans l’atelier, un trophée. Deux mains qui semblent enlacer la planète et recouvertes de paillettes d’or.

Soudainement le président de la FIFA se donnait des airs d’Alfred Nobel, du nom de celui qui avait créé un prix qui lui, était honorable.

Pour ajouter l’insulte à l’injure, Gianni Infantino a intitulé le prix de Trophée pour la paix. Et qui d’autre que son ami Donald Trump pour le recevoir ? Il justifie son présent en ajoutant que son prix, le premier du genre, consacre « les énormes efforts d’individus qui unissent et apportent l’espoir aux générations futures ».

Même s’il s’est senti obligé de déclarer, « c’est l’un des plus grands honneurs de ma vie », Donald Trump a dû se dire, encore un nid à poussière dans le Bureau ovale.

Le président, du pays le plus meilleur du monde, n’est pas homme à se contenter d’un lot de consolation, lui qui espérait le vrai prix, le Nobel de la paix !

Mais laissons de côté cette bataille d’égos et regardons de plus près le geste du président de l’une des fédérations internationales les plus puissantes du monde.

Depuis son élection, Infantino a multiplié les gestes politiques allant à l’encontre de son propre code d’éthique qui régit sa fédération. Il a infligé des amendes à des joueurs qui avaient posé des gestes politiques. Le prix de la paix a été créé par lui seul sans aucune discussion préalable avec l’exécutif de la FIFA et c’est lui qui a décrété que c’est son ami qui devait l’obtenir. On l’accuse à l’interne de vouloir utiliser la FIFA pour blanchir l’image d’un pays et de son président qui pratiquent en toute impunité une politique discriminatoire et militaire plus que discutable.

Sans véritable concertation, il a ouvert un bureau de la FIFA à New York, dans la Trump Tower.

De plus, il a attribué des coupes du monde à des pays où les droits humains sont bafoués (Qatar, Arabie saoudite …)

Il a refusé d’exclure Israël après les exactions de son armée à Gaza, alors qu’il n’avait pas attendu pour exclure la Russie après l’invasion de l’Ukraine. Et voilà qu’il attribue un prix pour la paix à un homme qui se vante d’avoir réglé les principaux conflits de la planète et de sauver des millions de vies.

Le service des communications de la FIFA a dû dormir pas mal au gaz avant cette journée commémorative.

À sa réélection, l’homme au Bureau ovale avait dit pouvoir régler le conflit en Ukraine en une journée. Le 4 décembre il annonce fièrement avoir mis fin à la guerre en République démocratique du Congo. Le mois dernier, il déclare que le conflit entre la Thaïlande et le Cambodge est terminé. En voulez-vous encore ? Israël-Iran, Israël-Hamas, Égypte-Éthiopie, Pakistan-Inde, Serbie -Kosovo … Que des conflits « arrêtés » par sa formidable obstination !

Selon l’homme orange, tous ces pays sont maintenant en paix grâce à lui. Je vous laisse vous faire votre propre idée sur Donald Trump et son rôle de pacificateur.

En attendant, il n’est plus à prouver maintenant que le sport est une arme politique redoutable. Encore faut-il savoir s’en servir. En offrant son minable trophée, Gianni Infantino aurait dû se souvenir que lorsqu’on ne sait pas se servir d’un boomerang, il peut à tout moment vous revenir en plein visage.

C’est ce qui est arrivé avant le tirage au sort des pays qualifiés pour la Coupe du monde.

La FIFA dans sa « grande mansuétude et sa politique d’ouverture sur le monde » avait décidé que les deux pays qui seront tirés au sort dans le groupe G s’affronteront le 27 juin à Seattle. La rencontre amicale s’intitule, le match des fiertés. Le but est de mettre en valeur la communauté LGBTQ+ et de lutter contre toutes les formes de discrimination. Ce qui est curieux, c’est que c’est la même FIFA qui faisait la chasse aux joueurs qui portaient le brassard « One Love », lors de la Coupe du monde au Qatar en 2022.

Mais voilà, le hasard fait parfois mal les choses.

Les deux pays tirés au sort dans le groupe G sont l’Égypte et l’Iran. Oups !

Ces deux pays sont reconnus pour leurs lois qui criminalisent l’homosexualité. La charia, la loi islamique, interdit toutes les formes d’homosexualité et les sanctions peuvent aller jusqu’à la peine de mort.

La réaction des deux pays concernés ne s’est pas fait attendre, ils ont vu cela comme un affront et une provocation. Ils refusent unanimement de participer à cet évènement et déclarent que de telles initiatives sont  « contraires à leurs valeurs culturelles, religieuses et sociales » et que l’on doit s’en tenir au football.

À la FIFA c’est la panique. On veut même botter en touche en prétextant que cette initiative d’un match des fiertés n’est pas sienne. Que c’est la ville de Seattle qui a proposé la tenue de cet évènement. Même si c’est vrai, la FIFA, qui a le pouvoir d’arrêter un instant les horloges politiques de la planète, aurait pu avoir le courage de vraiment faire avancer les mentalités. Mais quand son président se plaît à rêver d’être l’égal des plus puissants, comme la plupart l’ont vécu par le passé, la chute n’en sera que plus grande.

« Qui trop embrasse mal étreint », dit le proverbe, j’ajouterais : le retour du boomerang peut faire très mal quand on ne sait pas s’en servir !

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