À propos de l'auteur : Daniel Raunet

Catégories : International

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Daniel Raunet

La solution à deux États préconisée par la communauté internationale, mais rejetée par le gouvernement israélien, se heurte, du côté palestinien, à deux obstacles majeurs, la persistance de l’attrait de la violence terroriste et l’absence de démocratie réelle au sein de l’Autorité palestinienne.

Les fondements de la violence palestinienne à partir des années 1920

L’installation de colons sionistes en Palestine a provoqué violences, assassinats et émeutes tant pendant la période ottomane que sous régime britannique. L’opposition devient toutefois un mouvement organisé après la Déclaration Balfour de 1917 lorsque les Britanniques promettent la création d’un foyer national juif en Palestine.

Haj Amin al-Husseini en est alors le dirigeant. En 1920, il organise un pogrom contre les juifs de Jérusalem en invoquant un « jihad », un devoir religieux. [1] L’émeute fait cinq morts, et 200 blessés. Les Britanniques arrêtent le personnage, mais le relâchent rapidement et le proclament Grand Mufti de Jérusalem dans un espoir d’apaisement. Peine perdue, le Grand Mufti passera la Deuxième guerre mondiale aux côtés d’Adolf Hitler en Allemagne, préconisant dans ses messages radiophoniques la solution finale du problème juif.

Tous les Palestiniens ne soutiennent pas le jihad. Nombre d’entre eux protègent leurs voisins juifs, comme lors des pogroms d’août 1929. « Au milieu de ce chaos, des centaines de Juifs sont sauvés par leurs voisins arabes à Jérusalem, à Hébron, à Saint-Jean-d’Acre, à Lydda également près de Tel-Aviv ».[2]

L’autre source du mouvement palestinien naissant est le panarabisme, une idéologie qui vise la constitution d’un grand état arabe, en réaction au partage du Moyen-Orient entre Français et Britanniques. Sa figure de proue est un Syrien, Izz al-Din al-Qassam, qui organise les paysans de Haute-Galilée déplacés par les sionistes et crée une milice armée. Son idéologie jihadiste est proche des fondateurs des Frères musulmans. Il meurt les armes à la main en 1935, abattu par les Britanniques. Son nom sera repris par le Hamas en 1991 pour sa branche armée, les Brigades Izz al-Din al-Qassam.

La marche à la création de l’État d’Israël

La mort d’al-Qassam déclenche une vague de grèves et de violences. L’insurrection culmine pendant cinq jours de 1938 où les autorités perdent le contrôle de toutes les grandes villes palestiniennes, dont la vieille ville de Jérusalem.

La répression est terrible. Les Anglais mobilisent 34 500 hommes, détruisent plusieurs villages et font sauter plus de deux cents maisons arabes à Jaffa. La révolte arabe de 1936-1939 aura touché plus de 10 % de la population d’alors, 5000 morts,10 000 blessés et 5697 prisonniers. [3]

Les violences reprennent de plus belle en 1947 après l’acceptation par les Nations Unies d’un plan de partage de la Palestine cisjordanienne, plan rejeté par les Palestiniens et toutes les nations arabes. Assassinats de Juifs, d’Arabes, attaques contre des villages sionistes, attentats à la bombe … le fondateur des Frères musulmans Hassan al-Banna appelle à « annihiler les Juifs » tandis que le mufti proclame la guerre sainte : « Tuez les Juifs, tuez-les tous .» À la suite de la déclaration d’indépendance de l’État hébreu la première guerre israélo-arabe de 1948 se solde par une victoire de l’armée sioniste et l’exode de 750 000 Palestiniens.

L’Organisation de libération de la Palestine

En 1948, des parlementaires en exil fondent un Conseil national palestinien dirigé par le Grand Mufti de Jérusalem. L’Organisation de libération de la Palestine lui succède en 1964. Al-Husseini perd de son influence et un autre personnage d’extrême droite, Ahmed Choukayri, lui succède. L’OLP est alors agitée par les multiples divisions du monde arabe, baathistes syriens et irakiens, nassériens, partisans du roi de Transjordanie, différents courants marxistes…

Yasser Arafat prend la tête de l’OLP en 1969. Le modèle dominant est alors la lutte armée du FLN algérien, vainqueur des Français. L’OLP subit un revers majeur quand ses combattants, les fedayin, tentent de renverser la monarchie jordanienne. En septembre 1970, victime d’une tentative d’assassinat, le roi Hussein envoie son armée de bédouins raser les camps de réfugiés de Jordanie et expulser les organisations palestiniennes de son pays. Ce « Septembre noir » fait entre 3500 et 10 000 morts côté palestinien.

Les années de plomb, le Who’s Who du terrorisme palestinien

Le Fatah, créé par Yasser Arafat en 1958, est un mouvement révolutionnaire laïc qui se tourne en 1965 vers le sabotage et les attentats à l’intérieur d’Israël. Hébergé au début par les Égyptiens à Gaza, il se replie sur la Jordanie après la guerre des Six Jours de 1967 lorsqu’Israël conquiert la bande de Gaza, la Cisjordanie et le Sinaï. Après une victoire contre les tanks israéliens qui, en mars 1968, avaient attaqué le camp de réfugiés de Karameh en Jordanie, le Fatah devient l’organisation la plus prestigieuse dans les territoires occupés et chez les exilés. En 1970, le Fatah s’établit au Liban où les camps de réfugiés deviennent un État dans l’État. À partir de 1975, les fedayin participent à la guerre civile libanaise, mais les troupes d’Arafat sont chassées du Liban en 1982 à la suite de l’intervention militaire israélienne. Elles trouvent refuge en Tunisie.

Fondé en 1967, le FPLP, Front populaire de libération de la Palestine, est le deuxième groupe en importance au sein de l’OLP, derrière le Fatah. Son chef, Georges Habache, avait créé en 1951 un Mouvement nationaliste arabe très actif dans les camps de réfugiés. En 1968, le FPLP effectue un virage en direction du marxisme et de l’Union soviétique. La même année, il inaugure une vague de piratages aériens avec le détournement d’un avion d’El Al vers l’Algérie. En 1972, avec des alliés de l’Armée rouge japonaise, cette organisation commet le premier attentat-suicide du Moyen-Orient à l’aéroport de Lod, entre Tel-Aviv et Jérusalem.

Le schisme sino-soviétique s’étend au FPLP. En 1968, un de ses leaders, Nayef Hawatmeh, fait scission et fonde le FDPLP, le Front démocratique populaire pour la libération de la Palestine, à tendance maoïste, rebaptisé FDLP, Front démocratique pour la libération de la Palestine après la guerre du Kippour de 1973. Le FDLP vise la création d’un pays binational où Juifs et Palestiniens vivraient en harmonie. Ce qui ne l’empêche pas de participer à des enlèvements et des attentats, dont le massacre de Ma’alot en 1974, la prise d’une école israélienne qui se termine par la mort de 25 otages, dont 22 enfants. Ses actions terroristes semblent avoir cessé à partir des années 1990.

Septembre noir est une organisation créée par des membres du Fatah après l’éviction des fedayin de Jordanie. On lui attribue une quarantaine d’attentats, dont le massacre de onze athlètes israéliens aux Jeux olympiques de Munich de 1972.

Une scission au sein du Fatah en 1974 amène à la création du Fatah-conseil révolutionnaire, ou Groupe Abou-Nidal, du nom de son fondateur. Ce groupe, qui fait de la surenchère à la violence, est soupçonné d’avoir servi de mercenaire à plusieurs pays. On lui doit, entre autres, le massacre de 22 Juifs dans une synagogue d’Istambul en 1986 et plusieurs assassinats de responsables de l’OLP. On lui attribue également l’attentat contre un restaurant juif de la rue des Rosiers à Paris en 1982. 6 morts, 22 blessés.

Autre groupuscule violent, le Front de libération arabe, créé par le Ba’ath irakien en 1969 et membre de l’OLP. On lui doit en 1985 le détournement de l’Achille Lauro, un navire de croisière italien dont un passager juif handicapé est jeté par-dessus bord.

L’OLP s’émancipe de ses racines terroristes 

En 1987 éclate une révolte des Palestiniens des Territoires occupés, la « guerre des pierres » ou première Intifada. Parmi les causes principales : les conditions de vie humiliantes des Palestiniens, l’annexion des banlieues est de Jérusalem, la multiplication de colonies sionistes en Cisjordanie.

L’insurrection ne prend fin qu’en 1993, avec la signature des Accords d’Oslo qui prévoient la création d’un embryon d’État palestinien en Cisjordanie et à Gaza. Le 13 septembre 1993 Yasser Arafat serre la main du premier ministre israélien Yitzhak Rabin sur la pelouse de la Maison Blanche et reconnaît le droit à l’existence de l’État d’Israël. Comme l’avait fait 15 ans plus tôt le président égyptien Anouar Sadate en serrant la main de Menachem Begin.

L’assassinat d’Yitzhak Rabin en 1995 par un Israélien fait dérailler le processus de paix. À partir de l’accession de la droite au pouvoir (de juin 1996 à nos jours) la solution à deux États est ouvertement sabotée par les gouvernements israéliens. Malgré tout, l’OLP obtient pignon sur rue en Cisjordanie où s’installe une Autorité palestinienne présidée par Yasser Arafat jusqu’à sa mort en 2004. Mahmoud Abbas, un des diplomates des Accords d’Oslo, lui succède en 2005.

Le rejet des accords d’Oslo et la montée de l’islamisme radical

Le Jihad islamique est fondé en 1981 à partir d’un noyau de Palestiniens réfugiés en Égypte en soutien à la Révolution iranienne et en dissidence des Frères musulmans qui eux, la condamnent. Bien que de rite sunnite, les militants de l’organisation sont formés au Liban par le Hezbollah chi’ite. En 1983, il revendique la paternité de l’attentat à la bombe de l’ambassade américaine à Beyrouth, 63 morts. Le Jihad islamique s’oppose aux accords d’Oslo de 1993 et préconise la création d’un État islamique de la mer au Jourdain. Implanté dans la bande de Gaza, il se dote d’une branche armée, les Brigades Al-Qods qui se spécialisent dans les attaques à la roquette contre le territoire israélien.

Le Hamas est créé en décembre 1987 par les Frères musulmans de la bande de Gaza. Jusque-là quiétiste, il décide de se joindre à la révolte de la première Intifada. Le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, favorise son implantation et permet l’entrée de fonds saoudiens, puis qataris, pour entretenir l’administration gazaouie. Pour lui, la division des Palestiniens entre laïcs de l’OLP et islamistes éloigne d’autant la perspective d’un État palestinien indépendant. Une tolérance qui s’est terminée brutalement le 7 octobre 2023 avec l’attaque conjointe du Hamas et du Jihad islamique qui fait 1139 morts et 247 otages.

Si on excepte cette attaque massive de la part des islamistes gazaouis, le rythme des attentats palestiniens en Israël s’est considérablement réduit depuis le début du siècle, 295 morts depuis septembre 2000. Depuis plus de vingt ans, l’intégralité de ces attentats est attribuée au Hamas et au Jihad islamique. [4]

Les carences démocratiques

L’absence de démocratie réelle est une constante des institutions palestiniennes. L’Autorité palestinienne a été créée en 1993 dans la foulée des accords d’Oslo. Elle succède à l’Organisation de libération de la Palestine qui, la même année, avait reconnu le droit à l’existence d’Israël et renoncé officiellement au terrorisme. Son premier président, Yasser Arafat, est devenu un prisonnier virtuel de sa capitale de Ramallah jusqu’à son transfert vers un hôpital français à deux semaines de sa mort en novembre 2004.

La corruption, le népotisme et l’autoritarisme minent le régime. En avril 2006, un rapport du procureur général de l’Autorité palestinienne Ahmed Moghani fait état de la disparition de 700 millions de dollars des coffres [5] du gouvernement autonome.

De nos jours, Hicham Alaoui, chercheur de l’Université Stanford et par ailleurs cousin du roi du Maroc, résume ainsi l’état déplorable de l’Autorité palestinienne : « L’AP est une instance rongée par la corruption qui s’est transformée en acolyte d’Israël et de ses alliés occidentaux. Au lieu de protéger son peuple et de résister à l’empiétement continu des colonies israéliennes en Cisjordanie, elle a constamment accentué sa répression contre les forces d’opposition depuis octobre 2023. » [6]

Il n’y a pas eu d’élection générale à l’Autorité palestinienne depuis 2006. Le président Mahmoud Abbas a annulé celle de 2021 et il vient de nommer comme successeur un de ses proches, Hussein Al-Cheikh sans aucun mandat de qui que ce soit [7].

 

 

 

[1] Alain Bauer, «Aux origines du conflit israélo-arabe – la conférence de San Remo en 1920», L’Opinion, Paris, 28 décembre 2023.

[2] Georges Bensoussan, “Les pogroms en Palestine avant la création de l’État d’Israël (1830-1948) », Fondation pour l’Innovation politique, Paris, avril 2024.

https://www.pileface.com/sollers/pdf/240-bensoussan-fr-2024-04-02-w.pdf

[3] Nora Togni, « La grande révolte arabe en Palestine (1936-1939)», Orient XXI site web, Paris, 22 février 2021

https://orientxxi.info/va-comprendre/la-grande-revolte-arabe-en-palestine-1936-1939,4546#:~:text=Le%20soul%C3%A8vement%20de%201936%2D1939,et%20%C3%A0%20la%20colonisation%20sioniste.

[4] ”Major Palestinian Terror Attacks since Oslo”, Jewish Virtual Library, Chevy Chase, Maryland. https://www.jewishvirtuallibrary.org/major-palestinian-terror-attacks-since-oslo

[5] Dépêche, « 700 millions de dollars évaporés du budget palestinien », Le Figaro, Paris, 15 octobre 2007. https://www.lefigaro.fr/international/2006/02/06/01003-20060206ARTFIG90192-_millions_de_dollars_evapores_du_budget_palestinien.php

[6] Hicham Alaoui, « Espoirs syriens, détresse palestinienne, hubris israélienne, Vers un nouvel ordre régional au Proche-Orient », Le Monde Diplomatique, Paris, 1er juin 2025. https://www.monde-diplomatique.fr/2025/06/ALAOUI/68457

[7] Dépêche, «Mahmoud Abbas désigne Hussein al-Cheikh comme son successeur par intérim », L’Orient le Jour, Beyrouth, 27 octobre 2025. https://www.lorientlejour.com/article/1482705/mahmoud-abbas-designe-hussein-al-cheikh-comme-son-successeur-par-interim.html

 

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