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Jean Dussault
Pendant une période, surtout en supplémentaire, le Canadien a transporté les Québécois et uni le Canada. Pour finalement faire patate avant même de se rendre en finale de la Ligue (dite) nationale de hockey.
C’est que l’équipe a ému le peuple, cimenté les Québécois, même soulevé des Canadiens. Se sont développées une unanimité québécoise sur le Canadien et une liesse canadienne pour une équipe québécoise.
Le proverbial envers de la médaille est que la gênante déconfiture si près du, hum, but a démantibulé l’artificielle construction d’un objectif commun. Même la judicieuse collection de jeunes riches doués du patin et/ou du bâton n’a que brièvement enflammé l’esprit national.
Québécois ou Canadien, c’est selon.
Oui au non
La dernière fois où il y a eu autant d’applaudissements canadiens pour quoi que ce soit en provenance du Québec, c’est à l’annonce de la défaite du « oui » au référendum de 1995.
Il y a plus de trente ans, des Canadiens, et leur gouvernement, ont triché pour gagner la partie. Aujourd’hui, ils sont nombreux, même en Alberta référendairement excitée, à avoir applaudi, rêvé, crié pour la victoire de leur Canadien qui joue sur une glace pourtant si loin de leur territoire, de leur communauté, de leur âme socio-politique, de leur vie.
Mais, oh combien étaient-ils ravis de clamer que leur équipe, la seule canadienne dans les séries de la vraie ligue qui compte vingt-cinq équipes américaines et sept canadiennes, que leur équipe était la meilleure.
Ou presque.
Ni les Québécois ni les Ontariens n’appuieraient, disons, les Oilers d’Edmonton si cette équipe était la seule canadienne dans les séries éliminatoires de la LNH.
Comme il est absolument évident qu’aucun partisan québécois du Canadien, ou même de rien du tout, ne prierait pour une victoire des Feuilles d’Érable de Toronto si lesdits Maple Leafs étaient la seule équipe canadian dans les séries.
L’hypothèse ici est que tous les Canadiens pensent et prétendent qu’une équipe formellement québécoise est la leur, tant qu’elle gagne contre des Américains.
Cet émouvant sentiment a perdu 6 contre 1 le 29 mai dernier.
Fin de la « game » du « on aime le Québec ».
Hou au oui
Quand le Québec susurre du bout des doigts, du bout des lèvres et/ou sur le bout des orteils sa différence, ou pire, oh my god !, sa société distincte, les huées jaillissent de toutes parts inter et intra-provinciales.
Sous le bâton du chef d’orchestre fédéral.
Quand une équipe n’a de québécois que le site de son aréna et ses fidèles partisans, elle devient une fierté nationale. S’entend de la seule nation qui existe entre les États-Unis et le Groenland !
Le parallèle (maudit)
Le poétique chroniqueur de LaPresse+, Stéphane Laporte, a brillamment écrit et décrit l’effet de l’agrégat sur deux lames transporté par la bétonnière du CH :
« Anglos et Francos, séparatistes et fédéralistes, vieux habitants et nouveaux arrivants, cyclistes et automobilistes, carnivores et végétaliens, riches et solidaires, snobs et ringards, tous unis, tous heureux d’être contents, d’être ensemble. » (1)
Ouch
Cette chronique a été publiée le lendemain d’un titre en une du même journal : « Le “ vivre-ensemble ” s’effrite .»
Le contraste avec les constats des Organisations Unies pour l’Indépendance du Québec est frappant. Bien sûr des péquistes ont contesté les conclusions de l’organisme en invoquant ici des problèmes de méthode, là des déductions mal fondées.
Sur le fond, la reconnaissance d’une fermeture grandissante du PQ à l’immigration n’est rien d’autre qu’une observation réaliste. Diantre, même un, oui, vieux, collaborateur d’En Retrait avait mentionné cet égarement de l’ouverture humaniste du fondateur du parti, René Lévesque. (2)
En-deçà des froissements péquistes tels que le chef du parti a choisi de ne pas commenter le rapport, il faut par ailleurs noter que les trois quarts des groupes sondés par OUI Québec regrettent le manque de projet collectif à l’ensemble de la société.
Preuve qu’ils avaient été consultés avant la brève gloire du Canadien !
Pis
Comme s’il jouait en période supplémentaire de sa propre finale, le temps a donc choisi d’accroître le suspense en juxtaposant l’extase pour le Canadien à la question posée aux Québécois : qu’est-ce qui les unit à part des artistes sur patins ? Ou des pousseux de poque millionnaires ?
La recherche des OUI donne un résultat désolant : le sens du collectif est, diantre, enseveli sous des tas d’ambitions individuelles.
Au moins, les joueurs du Canadien, eux, jouent tous, littéralement, dans le même but.
Fascinant ou déprimant, le CH est le lien commun, le lieu de rassemblement, l’autel auquel tout le monde, ou presque, prie.
À croire que le seul projet collectif qui recueille l’adhésion de l’immense majorité est une coupe Stanley.
Donc
L’unité aura duré le temps d’une sueur froide en période supplémentaire. L’unanimité a fondu comme la glace d’une patinoire extérieure au printemps: ne reste dans la gadoue qu’une bien furtive idée rassembleuse.
La tristesse n’est pas celle de la défaite d’une équipe de hockey, elle est celle de constater que cette défaite banalement sportive est celle du seul lien collectif et, hélas, temporaire du pas-pays québécois.
Les Québécois épris du Canadien, donc la majorité des Québécois, vont se consoler/satisfaire d’avoir passé presque près de la coupe remportée en 1993.
C’est d’ailleurs sans doute pour ça que les Canadiens ont appuyé le Canadien ce printemps : aucune de leurs équipes non plus n’ont remporté la coupe depuis ce temps.
Ça date même d’avant le dernier référendum …
Faque.
Parce que le Canadien n’a pas compté assez de buts, les Québécois ont perdu le seul qu’ils avaient en commun.
Les Canadiens itou.
(1) Édition du 24 mai.
(2) Édition du 12 avril
* En 1996 (?), les équipes des émissions Montréal-express et Québec-express, les émissions de retour à la maison de Radio-Canada, avaient diffusé une émission conjointe sur la rivalité Québec-Montréal.
Depuis Le Madrid, le célèbre point équidistant entre Québec et Montréal sur l’autoroute 20.
Les animateurs des deux émissions portaient chacun le chandail de « leur » équipe …


