À propos de l'auteur : Antoine Char

Catégories : International

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Élections Québec

Antoine Char

C’est une implacable réalité : les jeunes boudent les urnes, ceux qui l’ont été répondent massivement présents aux rendez-vous électoraux. Alors, l’inévitable question se pose : la présence de plus en plus marquante des papy-boomers dans le paysage politique occidental est-elle en train de transformer les rouages de la démocratie ?

« À mesure que l’électorat vieillit et que les jeunes citoyens participent moins, les responsables politiques sont davantage incités à privilégier les politiques qui attirent les électeurs plus âgés. Cela ne porte pas atteinte à la démocratie en soi, mais peut créer des défis en matière de représentation », estime Francesco Barilari, post-doctorant à l’Université Bocconi de Milan (échange de courriels).

Un exemple parmi d’autres, au Japon, pays le plus vieux du monde, la participation électorale des jeunes dans la vingtaine est inférieure à la moitié de celles des personnes d’une soixantaine d’années. Autre déficit démocratique : la représentation endémique des jeunes en politique.

Aux États-Unis notamment, le Congrès a vieilli beaucoup plus que les personnes qu’il représente, devenant ainsi peu représentatif du pays. Déjà en 2022, The Economist tirait la sonnette d’alarme. Sous le titre « Pourquoi les législateurs américains sont-ils si vieux ? » (1), l’hebdomadaire britannique présentait des données statistiques montrant le vieillissement rapide du Congrès : il y a 200 ans, trois parlementaires sur quatre avaient moins de 50 ans … il y a trois ans, trois sur quatre avaient plus de 50 ans, et la moitié des membres du Sénat et de la Chambre des représentants ont désormais plus de 60 ans.

La gérontocratie guette toutes les démocraties occidentales avec le risque suivant : les intérêts des personnes âgées passeraient avant celles de la jeune génération sous représentée. Dit autrement et en utilisant un euphémisme : de la politique faite par les plus très jeunes … pour les personnes du troisième âge.

 « Hiver démographique »

Dire que le corps électoral a pris un coup de vieux n’est pas nouveau et les chercheurs se bousculent au portillon pour tenter de comprendre comment l’ « hiver démographique » va rabattre les cartes électorales dans les sociétés où la proportion des 65 ans et plus dépasse les 20 %.

Au Québec, leur pourcentage est passé de 13 % en 2001 à plus de 21 % l’an dernier, et approchera le quart de la population (24,4 %) d’ici dix ans. Pour l’heure, il y a eu plus de décès que de naissances en 2024.

« Et le cas du Québec n’est pas unique. Dans l’Union européenne, la proportion des 65 ans et plus est aujourd’hui du même ordre qu’au Québec (21,1 %). Cette proportion demeure plus basse dans les pays du Sud Global, mais elle augmente rapidement. D’ici 2050, une personne sur six (17 %) dans le monde aura 65 ans ou plus », souligne Alain Noël, professeur de science politique à l’Université de Montréal. (2)

Préférences sous-représentées 

Il y a déjà péril en la demeure de la démocratie « si les jeunes électeurs ont le sentiment que leurs préférences sont systématiquement sous-représentées, cela peut renforcer leur désengagement politique, réduisant encore davantage la participation et affaiblissant le lien entre les jeunes générations et la participation démocratique », poursuit Francesco Barilari.

En compagnie de deux autres chercheurs italiens il a d’ailleurs fait le point sur la question dans l’édition de décembre dernier de l’European Journal of Political Economy. (3)

« Dans notre article, nous ne prétendons pas que le vieillissement de la population constitue en soi un problème pour la démocratie ou les institutions démocratiques. Nous soulignons plutôt que les tendances démographiques, conjugées à la baisse de la participation électorale des jeunes générations, peuvent affecter la dynamique de la représentation politique. »

L’âge ne façonne pas automatiquement les attitudes politiques. C’est une variable parmi bien d’autres comme la classe sociale, l’origine ethnique et le sexe notamment. Il n’y a donc pas un bloc monolithique de papy-boomers et Jacques Godbout n’a pas tout à fait raison de dire ceci : « Quand on est pas révolutionnaire à 20 ans, on est croulant à 40 et on est une descente de lit à 60. »

« Ils ont pris le pouvoir »

Pour Hakim El Karaoui c’est tout simple : profondément individualistes, les « vieux » ont « pris le pouvoir » par le nombre, l’argent et le vote « aux dépens des générations montantes ». (4) Selon l’essayiste français  « cette crise touche le monde entier. Elle n’oppose pas le Nord au Sud, les travailleurs aux paresseux, les hommes aux femmes. Elle oppose à l’intérieur d’un même pays les plus âgés aux plus jeunes, en une lutte des âges d’autant plus féroce qu’elle est silencieuse ».

Silencieuse ? De moins en moins. Et la lancinante question finit par se poser : le vieillissement des électeurs en rabattant les cartes électorales menace-t-il la démocratie ?

« Très probablement », répond Tim Vlandas, professeur d’économie politique comparée et de politique sociale à l’Université Oxford. « Pour deux raisons. Premièrement, la stabilité des démocraties capitalistes avancées repose sur une croissance économique stabilisant les tensions démocratiques, et inversement, sur la mise en œuvre de politiques démocratiques propices à la croissance, ou du moins pas totalement incompatibles avec celle-ci […]

« Deuxièmement, si le système politique et les principaux partis des démocraties capitalistes avancées sous-représentent systématiquement un groupe politique, ce groupe sera plus susceptible de soutenir des forces politiques centrifuges – comme nous le constatons, je pense, avec l’évolution des comportements de vote en faveur des partis d’extrême droite dans de nombreux pays européens » (échange de courriels).

On le voit, les chercheurs sont divisés sur la manière d’interpréter les différents scénarios du vieillissement démographique. Ils s’accordent néanmoins sur les défis qu’une société de plus en plus « grise » pose aux finances publiques notamment.

Ainsi, le ratio de la population qui supporte la majorité des charges sociales, à savoir les gens de 20 à 64 ans, passera de cinq pour un à deux pour un d’ici le milieu du siècle.

Déjà, au Japon, qui compte le plus de centenaires dans le monde, les hausses sociales pour les 65 ans et plus, représentent 22 % du PIB contre 5 % en 1970.

Pour le sociologue (retraité) Jean Carette, le vieillissement est une bonne nouvelle pour nous tous. « Un enfant coûte cher, socialement parlant. Pendant 20 ans, il faut investir en lui, tandis que les gens âgés ont déjà payé, et majoritairement, ce sont eux qui possèdent le capital. Le vieillissement est un acquis extraordinaire de la société. » (5)

Même si le « pouvoir gris » oriente de plus en plus les agendas politiques ?

Le débat est ouvert dans toutes les démocraties de plus en plus ankylosées.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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