À propos de l'auteur : Jean-Claude Bürger

Catégories : International, Culture

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Jean-Claude Bürger

Celui qui ne sait pas d’où  il vient, ne peut pas savoir où il va car il sait pas où il est.

Cette maxime, qui invite ceux qui s’interrogent sur l’avenir, à éclairer le présent à la lumière du passé, est souvent attribuée à Otto von Bismarck.

Rares sont ceux qui contesteront aujourd’hui que l’avenir offre une image passablement floue à celui qui s’aventure à l’envisager.

Alors pourquoi ne pas essayer de suivre le conseil de ce Prussien, champion de la « Real Politik » puisque l’efficacité de sa vision du monde a été avérée par ses nombreux succès ?

J’ai donc pris la résolution, à laquelle pour une fois je me tiendrai peut-être (je n’ai pas grand-chose de Prussien !), de consulter les premières pages du New York Times d’il y a 100 ans, au début de chaque mois.

Et qui sait, peut-être y trouve-t-on la réponse à la grande question qui semble s’imposer en ce mois d’octobre 2026 :

« Sommes-nous plus menacés par l’intelligence artificielle ou par l’incompétence naturelle de nos dirigeants ? »

Début octobre

1er octobre, ça commence pas mal :

Un article sur la visite de Chamberlain à Mussolini « ce héros national dont la popularité ne fait que croître …». Les deux hommes célèbrent la longue amitié et la tradition qui unissent l’Italie à l’Angleterre, à bord du yacht royal. Mussolini se comporte en hôte charmant et attentionné.

Le 3 octobre. Toujours en première page :

Stessman, le ministre des Affaires étrangères allemand, demande au président Coolidge de l’aider à maintenir la paix en Europe.

En pratique, il demande aux États-Unis, un partenariat, économique et diplomatique, destiné à réintégrer l’Allemagne, dans la politique internationale.

On peut noter que les États-Unis pourtant volontiers isolationnistes (ils ont refusé d’entrer à la Société des Nations) vont accéder à ces demandes par des investissements et une activité diplomatique importante qui aboutira deux ans plus tard à la signature du pacte Briand-Kellogg. C’est un traité destiné à bannir la guerre comme moyen de résoudre les conflits … Bonne idée !

Par ailleurs, pendant ce mois d’octobre, se déroulent en 1926, comme aujourd’hui, des élections de mi-mandat. Ces élections n’auront pas de grands impacts sur le fédéral, car la majorité du président Coolidge est confortable et que ce président est partisan de laisser aux États les affaires des États. Il ne se mêlera donc pas des élections.

Le New York Times s’intéressera en conséquence, principalement aux affaires de l’État de New York et à la lutte des républicains au pouvoir contre le couple, représenté par le candidat au Sénat, Wagner, soutenu par le gouverneur Smith.

Tout au long du mois, les républicains vont s’efforcer de lancer une croisade contre « ces deux dangereux socialistes qui menacent la prospérité du pays ».

Le 4 octobre

Un article évoque le fait que la France demande une clause de sauvegarde dans le remboursement de la dette qu’elle a contractée auprès des États-Unis pendant la guerre de 14-18. La France désire conditionner ses remboursements au paiement des dommages de guerre auxquels l’Allemagne a été contrainte après sa défaite. Le secrétaire d’État américain au Trésor, Andrew Mellon s’oppose vigoureusement à cette prétention. On retrouvera des traces de ce contentieux à de nombreuses reprises jusqu’à ce que deux ans plus tard, la France se plie à la volonté américaine.

Le même jour, un autre article commente avec amertume, la description de New York faite dans un article du quotidien français, Le  Journal  par l’écrivain Jacques Daval. Il y décrit la métropole américaine comme la ville la plus triste et la plus banale … Une ville, où  dit-il, il est impossible de trouver le bonheur …

Un autre article du NYT est consacré aux accommodements possibles avec les indépendantistes au pouvoir aux Philippines.

8 octobre

La fin du siège de la ville chinoise de Wuchang semble proche. 500 000 habitants sont victimes de la famine, du froid et des bombardements. La garnison refuse de se rendre.

L’article souligne les conditions dramatiques du siège, le fait que les bateaux de la Croix-Rouge sur le fleuve YangTsé ont recueilli 38 000 femmes et enfants gravement sous-alimentés, tandis que plusieurs centaines d’autres se sont fait piétiner et ont péri en tentant de rejoindre les embarcations de l’organisation humanitaire.

La ville tombera quelques jours plus tard, (le 10). Cet événement aura des conséquences majeures.

Le Kuomintang ( l’armée révolutionnaire du Nord) dirigé entre autres par Tchang Kaï-chek  va déplacer sa capitale dans cette ville. Elle sera le théâtre de la rupture, des nationalistes avec les communistes qui aboutit au massacre de Shanghaï (en avril 1927), et déclenchera du même coup la guerre civile chinoise.

Le même jour un article s’intéresse à la gestion de l’alcool par le Canada. Le sujet est crucial, puisque nombreux sont ceux qui contestent la politique de prohibition.

Une commission envoyée par l’église méthodiste pour enquêter en particulier au Québec et en Colombie-Britannique conclut que les politiques de ces provinces sont de totales faillites; qu’elles encouragent le crime, la corruption et augmentent la consommation d’alcool, chez les femmes ainsi que dans la jeunesse …

9 octobre

Les sénateurs du Sud sont reçus par le président Coolidge. Ils viennent plaider en faveur d’une aide financière pour les planteurs de coton. Les effets conjugués de la baisse de la demande et de bonnes récoltes ont provoqué l’effondrement des cours alors que les producteurs sont lourdement endettés.

Le président républicain est par principe opposé à l’intervention de l’État dans les affaires. Son secrétaire au Trésor, Andrew Malone, estime quant à lui que la prolongation des crédits et de nombreux entrepôts disponibles suffiront à résorber la crise.

On reprochera par la suite à Coolidge d’être, à cause de son non-interventionnisme en grande partie responsable du déclenchement deux ans plus tard de la crise de 1929 ainsi que des ravages qu’elle provoqua lors de la décennie suivante.

Cette crise débuta dans le Sud, suite aux faillites de planteurs de coton, elle entraîna une réaction en chaîne de faillites bancaires qui se répercuta dans toute l’Amérique et à des degrés divers dans toute l’Europe.

Le secrétaire au Trésor, Andrew Mellon, richissime banquier n’a pas été plus clairvoyant. (Les milliardaires à Washington ne sont pas choses nouvelles, Mellon, fut déclaré en 1930, l’homme le plus riche des États-Unis.)

Le même jour le NYT signale «  victims, negroes taken from jail  and shot ».  À Aiken, en Caroline du Nord, deux hommes et une femme ont été arrachés à la prison par une foule en colère.

Les émeutiers furieux qu’ils aient été acquittés du meurtre d’un shérif, les ont lynchés.

On peut souligner que Coolidge, a plusieurs fois tenté en vain de faire passer une loi pour interdire le lynchage. Sous sa présidence, nous disent les historiens, l’influence du Ku Klux Klan a fortement baissé dans la politique américaine.

Les jours suivants rien de bien notable, la presse couvre religieusement la visite de la reine Marie de Roumanie et commente avidement ses tenues, bijoux et mondanités

Le 18 octobre

Trotsky reconnaît sa défaite et s’incline devant Staline. Il reconnaît son autorité comme chef des communistes et fait son autocritique. Il déclare qu’il renonce avec son groupe à toute attitude qui pourrait conduire à la division du parti. Il reconnaît les torts qu’il a eus dans le passé en affirmant des opinions dissidentes. L’auteur de l’article, Walter Duranty, longtemps correspondant à Moscou, et auteur d’une biographie de Trotsky, détaille le complot qui avait valu son élimination et publie par ailleurs un testament de Lénine qui met en garde le parti contre Staline.

Le 20 octobre

Les banquiers et les industriels de 16 nations essentiellement européennes, appuyés par les banquiers américains, demandent une baisse générale des barrières tarifaires qui disent-ils paralysent le commerce mondial. D’après eux, les tarifs douaniers doivent être considérés comme inamicaux.

Le président Coolidge se montre peu réceptif à ce plaidoyer et Mellon y est franchement défavorable.

Rien de neuf sous le soleil …

24 octobre

Un juge de Boston refuse un nouveau procès à Sacco et Vanzetti.

Un tremblement de terre rase 12 villes en Arménie. 

25 octobre

Andrew Mellone secrétaire au Trésor, défend vigoureusement les droits de douane qui protègent les États-Unis.

26 octobre

En Pologne, tentative du Maréchal Pilsuski de former un parti susceptible de le faire élire, roi de Pologne.

28 octobre

La reine de Roumanie est à Montréal, son fils, fatigué, du voyage, saute pas mal de cérémonies officielles, quant à son mari a Bucarest, la rumeur prétend qu’il lui a envoyé une lettre lui intimant  de rentrer parce que le peuple commence à en avoir ras-le-bol de son voyage ….

Voilà donc pour un mois d’octobre qui nous prouve que si les politiciens sèment les germes du futur, ils ont bien peu idée de la forme de la végétation qu’ils engendrent …

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