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Capture d’écran
Nigel Farage (monsieur-Brexit-à-tout-prix)
Claude Lévesque
Le Royaume-Uni aime bien les paradoxes, ce qui le porte souvent à nous surprendre.
Il y a dix ans, les Britanniques avaient estomaqué à peu près tout le monde (y compris eux-mêmes à ce qu’on a pu comprendre !) en décidant de quitter l’Union européenne à laquelle ils avaient adhéré en janvier 1972.
Aujourd’hui, la majorité d’entre eux regrettent ce qu’ils considèrent comme une erreur (1). Le paradoxe, ou l’un des paradoxes, c’est que le Reform UK domine dans les intentions de vote; en tout cas il dominait avant que son chef Nigel Farage (monsieur-Brexit-à-tout-prix) ne soit empêtré dans un scandale financier (2).
Instabilité
Puisqu’il est question de paradoxes, n’est-il pas vrai que, de façon générale, le Royaume-Uni est en train de devenir plus « européen » qu’avant le Brexit … Et ce à plusieurs égards, dont la volatilité politique.
Pas moins de six premiers ministres ont occupé le 10 Downing Street au cours de la dernière décennie : d’abord David Cameron, Theresa May, Boris Johnson, Liz Truss et Rishi Sunak pour les conservateurs. Le retour travailliste aux affaires depuis juillet 2024 n’augure pas vraiment d’une plus grande stabilité.
Le 23 juin 2026, Keir Starmer a en effet annoncé qu’il démissionnerait prochainement, deux ans seulement après une élection aux allures de raz-de-marée. Le premier ministre travailliste a rapidement déçu, s’avérant incapable de remplir toutes ses promesses, que ce soit en matière de lutte à l’inflation, de services gouvernementaux ou d’immigration.
Les échecs successifs du Parti travailliste aux élections régionales et municipales ont intensifié les pressions pour que le premier ministre quitte ses fonctions. Le point de rupture a été atteint avec le scandale provoqué par le nomination au poste d’ambassadeur à Washington de Peter Mendelson, soupçonné d’avoir déjà eu des liens avec Jeffrey Epstein.
La probité de M. Starmer n’a pas été remise en question. Son jugement peut-être, certainement même, mais ce que les Britanniques semblent lui reprocher au premier chef, c’est son manque de charisme ! Il sera vraisemblablement remplacé par Andy Burnham, l’ancien maire de Manchester qui, lui, en aurait à revendre …
Le système politique au Royaume-Uni, dont la stabilité s’appuyait sur l’alternance entre les conservateurs et les travaillistes, a éclaté parce que plusieurs petits partis ont pris du gallon au détriment des formations traditionnelles tandis qu’une extrême droite populiste et xénophobe s’approche du pouvoir. Plusieurs pays du continent, dont la France, ont connu la même évolution récemment.
La (B) regret
Même si le retour du Royaume-Uni au sein de l’Union européenne est loin d’être certain à court ou à moyen terme, on assiste aujourd’hui à un débat sur le Rejoin, ou le Bregret. Les adeptes de la contrition ont beau être majoritaires aujourd’hui, les Britanniques peuvent se demander si un retour au sein de l’UE serait vraiment « rentable » économiquement.
La catastrophe que le camp du Remain avait prédite en 2016 ne s’est pas produite quand le Royaume-Uni a officiellement quitté l’Union européenne le Jour de l’An 2020. Ensuite, la COVID y a évidemment plombé la croissance, mais est-ce que ça n’a pas été le cas partout ?
Ces dernières années, les chiffres sur le PIB (Produit intérieur brut) ou sur le chômage ne sont pas tellement différents des deux côtés de la Manche. Ils ne sont pas reluisants mais, comme dirait le personnage incarné par André Dussolier dans le film Tanguy, « on n’est plus dans les Trente Glorieuses ».
Londres et Bruxelles ne font-ils pas face tous les deux à des défis communs, tels que la crise climatique, la concurrence chinoise, les conflits et les tensions géopolitiques, les droits de douanes décrétés par Donald Trump (3) ?
Une entente intervenue à la toute fin de l’année 2020 a permis que les marchandises continuent de circuler sans droits de douane ni quotas entre l’UE et son ancien membre, même si l’on déplore les tracasseries administratives que la nouvelle situation a pu engendrer.
Il n’est pas certain, dans le cas d’un Rejoin, que le Royaume-Uni pourrait de nouveau se prévaloir des principales « options de retrait » dont il bénéficiait avant de quitter le club européen, soit le maintien de la livre sterling, qui permet à Londres de demeurer une importante place financière, et le droit de ne pas faire partie de l’espace Schengen.
Immigration irrégulière
Des milliers de migrants franchissent chaque année la Manche à bord de smallboats. Cette forme d’immigration clandestine a remplacé l’introduction à l’intérieur de conteneurs mais elle demeure extrêmement dangereuse. Le Brexit n’a pas permis d’endiguer le phénomène, qui a plutôt pris de l’ampleur.
Même si le problème est sérieux, il ne représente qu’un faible pourcentage des immigrants « temporaires » (étudiants ou travailleurs), dont certains disparaissent dans la nature. Des incidents graves impliquant des individus racisés ont provoqué récemment des émeutes et alimenté les discours anti-immigration. La perspective de l’élection de Nigel Farage à la tête du gouvernement laisse présager un durcissement des politiques migratoires.
(1) 57 % selon une enquête du Statista Research Department publiée en juin 2026. D’autres sondages donnent un chiffre plus près de 60 %
(2) PollCheck donne, en date du 10 juillet 2026 : 24 % pour le Reform UK, 19 % pour le Labour, 18 % pour les Conservateurs, 16% pour les Verts
(3) L’Europe devient leur tasse de thé, Luc de Barochez, l’Express, 18 juin 2026


