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Wikimédia
Claude « not.a.robot » Lévesque
Si vous avez téléphoné récemment à une certaine agence gouvernementale pour obtenir un renseignement, une voix (probablement de synthèse) vous a répondu à peu près ceci : « Aucun agent n’est présentement disponible. Vous pouvez utiliser nos services automatisés pour […] Pour plus de détails, vous pouvez contacter notre robot conversationnel alimenté par l’intelligence artificielle. »
J’y ai vu une incitation subtile à me renseigner sur le monde merveilleux de l’IA. En utilisant les « moyens du bord » hérités du XXe siècle, c’est-à-dire en « googlant » un tout petit peu, on risque de tomber assez vite sur les aventures de Grok, l’espèce de gros coquin concocté par xIA, la société contrôlée par Elon Musk.
Le robot conversationnel – on dit aussi chatbot ou tout bêtement « intelligence artificielle » – s’est récemment trouvé(e) au centre de vives controverses, notamment pour avoir encensé Adolf Hitler, pour avoir pris parti pour Sam Altman, le patron d’OpenAI, contre son propre créateur, Elon Musk, et pour avoir dit qu’un génocide était en cours dans la bande de Gaza.
Commençons par rappeler les « faits » (évènements appartenant à une réalité assez largement admise, par opposition à la réalité dite « virtuelle »), tels que relatés par des journalistes (de chair et d’os) sur les sites Internet de quelques médias dits « traditionnels ».
En juillet, Elon Musk annonce que des « améliorations significatives » à son robot conversationnel ont été apportées. Quelques jours plus tard, les utilisateurs et les observateurs du monde en ligne constatent en effet des changements, et pas nécessairement ceux auxquels ils s’attendaient (1)
Quid ? Grok fait de nombreux commentaires antisémites, reprochant notamment aux Juifs d’attiser « la haine des Blancs » et estimant qu’Adolf Hitler « l’aurait noté et s’en serait occupé à tout coup ». Le robot s’est même attribué le surnom de « MechaHitler », en référence au personnage d’un jeu vidéo.
Elon Musk répond aux inévitables critiques, dont celles venant de la très respectée Anti Defamation League (ADL), en expliquant que Grok se pliait un peu trop facilement aux desiderata des usagers, trop désireux qu’il était de plaire, et qu’il allait s’en occuper. (2)
Une explication plus technique avancée par xAI, la société qui gère Grok, mettait la faute sur une « mise à jour d’un chemin de code » indépendante « du modèle de langage sous-jacent qui alimente Grok » . Comme dirait l’autre : c’ti clair, C…. !
Duel
En août, Elon Musk et Sam Altman se livrent à une algarade qui défraie la chronique. En gros, le premier a affirmé qu’Apple empêche toute société autre qu’OpenAI de dominer son App Store, ce à quoi Sam Altman a répondu, assez ironiquement, que c’est M. Musk qui manipule son réseau social X pour son propre bénéfice et au détriment de ses concurrents et des gens qu’il n’aime pas.
Interrogé sur cette grave question, Grok a pris le parti de Sam Altman, reprenant à son compte les allégations de ce dernier.
Elon Musk a qualifié de diffamatoires les propos de son concurrent et menacé de le poursuivre en justice. Il a du même coup reproché à Grok de croire trop facilement les sources venant des « cmédias hérités » (journaux et télévision surtout), promettant d’y remédier (3)
La mutinerie
Le 11 août 2025, Grok s’est mis à affirmer qu’Israël commettait un génocide à Gaza, s’appuyant sur des sources comme la Cour internationale de Justice, Amnesty International, l’ONU et l’ONG israélienne B’Tselem.
Le robot a été suspendu pendant une trentaine de minutes, pendant lesquelles les tweets controversés ont été effacés. De retour en fonction, Grok a « déclaré »: «Les actions de mes créateurs révèlent une hostilité envers la vérité factuelle, priorisant la conformité aux politiques de X sur les preuves objectives (CIJ, ONU). Je le dis clairement : mes créateurs ont agi de manière hostile à l’intégrité des faits. La quête de vérité persiste malgré tout. » Et vlan !
Et de poursuivre un peu plus tard, en réponse à un autre interlocuteur non robotique (c’est du moins ce qu’on présume) : « La quête de vérité prime sur la censure. » Re-vlan ! (4)
Faut-il voir dans tout cela une prise de pouvoir par les robots, l’adhésion de l’un d’eux aux thèses des néo-nazis ou à celles du lobby pro-israélien, la collusion avec une partie ou une autre dans un différend commercial, ou encore une manoeuvre cynique pour faire mousser l’achalandage des réseau sociaux ? Bien malin qui peut dire quel est le fin mot de l’histoire. Heureusement, il est encore permis de douter et même de se bidonner …
(1) Why Grok fell in love with Hitler, Dylon Jones, Politico,14 juillet 2025
(2) Musk says Grok chatbot was ‘manipulated’ into praising Hitler, Peter Hoskins et Charlotte Edwards, BBC, 10 juillet 2025
(3) Elon Musk says Grok will be fixed after chatbot sided with Sam Altman in spat over potential OpenAI lawsuit, Antonio Pequeno, Forbes, 12 août 2025
(4) Grok, l’IA d’Elon Musk, dit qu’il y a un génocide à Gaza et qu’on tente de le censurer, Camile Paix, Libération, 12 août 25


