• La pandémie a laissé des traces un peu partout sur la planète comme en témoigne l’histoire sordide dont on vous parle ici et qui se déroule dans la ville de Québec, au moment où tout le monde commençait à laisser tomber le masque… il y a à peine plus de deux ans. Dans cette fresque un peu grise, il est question de la difficulté de vivre isolé des autres, de détresse et de pauvreté, d’intolérance, d’homophobie et de violences caractérisées avec même de forts relents d’escroquerie et d’abus de pouvoir en arrière-fond. La totale, quoi. C’est à se demander si le tsunami Covid 19 n’a que fait surgir le pire ou s’il a simplement révélé ce qui était là, plus ou moins enfoui depuis toujours, et qui ressemble à ce que l’on pourrait appeler la terrible lourdeur du monde …

  • Même si les rapports du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat se suivent et deviennent de plus en plus alarmants, les gouvernements du monde avancent à pas de tortue devant les bouleversements climatiques qui affligent la planète, on le sait. Partout on piétine en invoquant les impératifs économiques ou la sécurité énergétique plutôt que de poser des gestes déterminants qui se font de plus en plus urgents. Comme s’il voulait nous faire prendre conscience de la menace que représente cette lente dégradation à la grandeur du globe, le romancier écossais Peter May s’appuie sur les constatations du GIEQ et situe l’action de son plus récent roman dans le futur presque immédiat; celui des décennies qui s’annoncent. Bienvenue dans l’apocalypse … ou presque.

  • Lorsqu’on voit la violence des conflits qui déchirent le monde, quand on constate partout, chaque fois, le même acharnement sanguinaire et barbare, toutes ces morts inutiles et ces destructions … il est difficile de croire en l’avenir de la race humaine. Ou, pire encore, que la planète puisse survivre à la bêtise des hommes. Dur. En fait, le constat est tellement radicalement inacceptable qu’on préfère penser que, heureusement, il y a d’abord et avant tout… le reste: l’entraide et la coopération, la beauté, l’amitié, l’amour, la science, l’art, la culture.

  • La violence faite aux femmes est une des tares du monde moderne. En ce mois qui célèbre l’émancipation et les droits des femmes, on la voit pourtant sévir partout; incompréhensible, injustifiable, aussi impensable qu’omniprésente. Ici comme ailleurs — le Québec a déjà connu six féminicides depuis le début de l’année au moment d’écrire ces lignes —, cette violence repose sur une sorte d’atavisme tenant de la volonté de contrôle et de l’abus de pouvoir; comme si les pulsions de l’homme de Néandertal survivaient toujours en nos gènes. 12 000 ans d’évolution pour en arriver là! Menfin… Le roman d’Anna Jansson semble donc développer ce même insupportable thème jusqu’à ce que…

  • Depuis quelques années déjà, février est devenu, de ce côté-ci de l’Atlantique du moins, le Mois de l’histoire des Noirs. C’est l’occasion de rappeler les nombreuses actions des membres de la communauté afrodescendante qui ont contribué à façonner pour le mieux le monde dans lequel nous vivons. Mais l’histoire que nous raconte Châtiment n’a rien de glorieux, bien au contraire. Le livre de Percival Everett fait plutôt écho aux vies détruites de ces milliers de personnes qu’on a lynchées — un peu partout à travers les États-Unis mais surtout dans le «Deep South» — à cause de la couleur de leur peau. C’est un roman improbable parce qu’il est à la fois terrifiant et délirant d’humour … noir. Attachez vos ceintures.

  • D’ici, la Finlande nous apparaît bien lointaine et la petite ville de Pori, où Tuominen situe ses histoires, encore plus minuscule même si elle compte aujourd’hui plus de 75 000 habitants. C’est pourtant une sorte de microcosme illustrant parfaitement la complexité du monde dans lequel nous vivons. Où que l’on soit sur cette terre, les problèmes sont les mêmes … à quelques variantes près, bien sûr. Les conflits sociaux, le manque de respect, la violence, les inégalités, la pauvreté et le racisme font partout la Une des quotidiens. En ligne ou non. C’est de cela qu’il est question ici : de l’état du monde.

  • Bloc de lave perché au beau milieu de l’Atlantique nord, l’Islande est un pays fascinant à plusieurs égards. Émaillant ce territoire d’une rudesse et d’une beauté à couper le souffle, c’est là qu’on trouve sur la planète le plus grand nombre d’écrivains par habitants tout comme le plus grand nombre de volcans actifs. Comme nous le racontent les romans d’Arnaldur Indridason depuis la fin du siècle dernier, l’Islande moderne est littéralement née avec la Seconde Guerre mondiale et ce simple constat en fait une sorte d’immense laboratoire social à ciel ouvert. La poupée, le plus récent «thriller» d’Yrsa Sigurdardottir en est une autre probante illustration.

  • L’« affaire Millenium » a fait un sacré tabac. Un titre, Millenium, six livres — en fait, deux séries de trois romans écrits par deux auteurs différents — et 50 millions d’exemplaires vendus un peu partout déjà en 2015, plus du double aujourd’hui. Ajoutez des films, des séries télé et radio, des livres audio, des bandes dessinées … et des protestations outrées à la grandeur de la planète pour des raisons qu’on vous rappellera plus loin. Et ce n’est surtout pas terminé puisque l’éditeur suédois vient de trouver un nouvel auteur pour poursuivre la série. On n’arrête pas le profit …

  • L’addition ne cesse de s’alourdir et de plus en plus tout semble se dérégler en même temps. Les bouleversements climatiques, les inégalités qui déchirent le monde, l’influence de plus en plus grandissante du populisme, les injustices, les conflits armés sanguinaires qui explosent dans tous les coins de la planète et les radicalismes qui s’affirment partout dans la violence. Dur. À en perdre presque le dur désir de durer… Bien sûr, dans des moments pareils il faut respirer par le nez. Prendre du recul. Tenter du moins de comprendre comment on a pu en arriver là. Ce qui est justement la question sous-jacente posée tout au long du lourd pavé mêlant habilement fiction et réalité que nous vous proposons ce mois-ci: Brazilian Psycho.

  • Le succès de Oppeinheimer, le tout dernier film de Christopher Nolan, fait ressurgir la question pas du tout délicate de l’arme nucléaire … et des armes tout court. C’est une question lourde et particulièrement chargée. Pourtant le fait de brandir la menace absolue n’a pas empêché la prolifération des armes, bien au contraire. Maintenant qu’une possible destruction totale est bien là, partout présente … le commerce des armes ne s’est jamais aussi bien porté ! Puisqu’on ne peut pas vraiment se permettre de faire sauter la planète entière, il ne reste plus qu’à y aller à petites doses. Et tant qu’à y être, à moyennes doses. Plus directes, plus létales, mais moins … Quelqu’un croit-il encore que l’on puisse un jour mettre fin à la course aux armements ?