• La corruption est devenue un acteur majeur dans toutes les sociétés contemporaines, on n’a même pas à être un observateur de la scène américaine pour le constater. Sous tous les régimes politiques, partout sur la planète et dans toutes les déclinaisons possibles, la corruption fait partie du paysage quotidien; notre propre histoire récente nous le rappelle à répétition, «brownies» ou non. Il y a toutefois un endroit au Québec où elle s’est pendant longtemps étalée impunément, grassement et systématiquement: à Laval. Plus précisément encore, sous l’administration de Gilles Vaillancourt. On vous propose ce mois-ci un roman qui tient presque du reportage journalistique et qui revient sur le vaste système mis en place à l’époque par ce triste sire. C’est une fiction, bien sûr, mais on y retrouve les mêmes dissimulations systémiques révélées par la Commission Charbonneau. Et comme par hasard, ce récit inventé est signé par André Noël, l’ancien journaliste qui a participé aux enquêtes et à la rédaction finale du rapport de la dite commission …

  • « Masculinisme », « incels » et « tradwives » sont des néologismes qui font désormais partie du vocabulaire quotidien de l’actualité, presque partout sur la planète. Et bien sûr, ils viennent avec le concept-tiroir de « valeurs masculines » visant à contrer les « privilèges » accordés aux femmes dans les sociétés modernes. On pourrait aussi ajouter que toute cette mouvance s’inscrit habituellement dans un contexte de contrôles divers, de dominations à la petite semaine et souvent même de violences plus que moins « discrètes ». Dans cette vision du monde, le rôle des femmes est de faire des enfants et de s’occuper du foyer familial. Point. C’est simple. Clair. D’autant plus qu’on peut de nos jours justifier n’importe quoi en gueulant plus fort, plus longtemps et plus souvent que les autres pour imposer ses idées. Voilà que Chrystine Brouillet se penche elle aussi sur ce sujet épineux dans son plus récent roman, et disons-le tout de suite, on n’en sort pas indemne …

  • L’affaire est complexe, c’est le moins que l’on puisse dire. Et l’on parle ici seulement du fait de nommer cette espèce d’acharnement qu’affichent les descendants des Européens arrivés sur les continents américains depuis le XVe siècle. Quel mot peut décrire à la fois le mépris, le déni, le dégoût presque, la volonté de domination, l’asservissement, l’exploitation systématique, la mise au ban … et maintenant la folklorisation des Premières Nations par les Blancs ? Bien sûr il y a un peu partout quelques très rares exceptions; des alliances sporadiques et des traités, souvent mal définis et plus ou moins appliqués. Mais comment expliquer cette oppression continue, systémique, toute cette violence encore face aux peuples qui jadis occupaient les deux Amériques ? Au Nord, chez nous, tout s’assombrit encore plus quand on songe aux disparitions inexpliquées et aux meurtres de femmes autochtones … C’est précisément sur ce douloureux constat que Craig Johnson se penche dans son plus récent roman, Morning Star.

  • Taxes, tarifs, surtaxes, déficit, guerre commerciale … voilà la litanie qu’on entend partout sur la planète depuis que Trump-Ubu a redémarré sa grande « Pompe à Phynance ». Sans oublier non plus les fluctuations des indices et des taux de ceci ou de cela, la productivité, le profit, le rendement, le PIB et autres acronymes qui défilent à la chaîne. Tout cela relègue au second plan le drame des travailleurs étrangers pris en otage et qui font néanmoins rouler une bonne partie de l’économie du continent nord-américain. Au Québec, par exemple, nous avons tous été éclaboussés par le scandale des permis de travail «fermés». Et chez nos voisins du Sud, l’actualité permet tous les jours de constater l’omniprésence et la vie de fugitif désormais menée par les travailleurs sans papiers poursuivis par l’Immigration and Customs Enforcement (ICE). C’est précisément de cela que nous parle le romancier américain Eli Cranor dans «À la chaîne», son deuxième roman traduit en français : d’un monde sans âme.

  • À l’exception d’une certaine « opération spéciale » — amorcée il y a déjà plus de quatre ans — et d’une récente « excursion » dont on n’arrive pas encore à mesurer les impacts négatifs, deux sujets majeurs survolent l’actualité mondiale : l’aveuglement collectif devant les changements climatiques et l’omniprésence de plus en plus troublante de l’intelligence artificielle (IA). Ces deux dossiers remettent en question, chacun à sa façon, l’existence même de l’espèce humaine, ce qui n’est pas rien on en conviendra. Ils s’imposent ainsi, chaque jour un peu plus dans l’urgence de leurs retombées, comme des impératifs sérieusement catégoriques (merci Emmanuel). Ce qui nous amène à vous proposer un livre qui aborde de front ces deux menaces: Intelligence criminelle de Thomas R. Weaver. Dans ce roman apocalyptique, l’état du monde est si catastrophique et la situation climatique si désespérée … qu’on décide d’élire un régulateur suprême pour prendre les décisions qui s’imposent avant que tout explose. Êtes-vous prêts à aller jusque-là ?

  • Les « années de plomb » ont marqué l’Italie de façon indélébile, plusieurs livres le rappellent toujours. Des attentats terroristes, de droite et de gauche, ont fait là des centaines de victimes innocentes tout au long des années 1970 alors que la société italienne menaçait, presque chaque jour, d’imploser. C’est ce qui arrive, l’histoire le démontre encore, quand un pays divisé est écartelé entre des gens qui défendent d’abord un parti ou, pire, une « cause ». Encore plus quand des « puissants » se servent de ce clivage pour jouer leurs propres cartes. Notez qu’on ne fait pas allusion ici à ce qui se trame chez nos voisins du Sud, non; plutôt à un très dur roman de Davide Longo publié en français l’automne dernier au Masque et disponible en poche depuis le début du mois (Points). Une véritable leçon de trumperie (sic) et de résilience à l’heure où la bouilloire américaine menace elle aussi d’éclater.

  • Il ne se passe plus une journée sans qu’on n’entende parler de l’Intelligence artificielle (IA) ; surtout de sa version « générative » basée sur le principe du gavage permanent d’informations et de données diverses. Il faut bien l’admettre, l’IA fait désormais partie de notre vie quotidienne. Pour les dinosaures dans mon genre qui parviennent encore à survivre sans téléphone « intelligent », cela ne change pas beaucoup de choses. Mais pour le vrai monde, oui. Énormément. L’IA est partout, sans même parfois qu’on en prenne conscience. Dans les administrations, les lieux d’apprentissage, les domiciles privés, les entreprises et les usines ; dans les autos, les avions et les navires, et bien sûr dans la majorité des logiciels d’appareils électroniques comme les téléviseurs, les téléphones, les ordinateurs et même les jouets … Partout. Tellement, que plusieurs osent enfin poser la question : sur quoi tout cela débouche-t-il?  C’est un peu ce que met en scène Michael Connelly dans son plus récent roman.

  • Il y a quelques années à peine, le Groenland n’était qu’une île recouverte de glace fondant à une allure alarmante; un vaste espace vide devenu danois par traité, vestige d’un passé colonial hérité d’Éric le Rouge. Habité par quelques communautés inuits et par des ours polaires hantant la banquise sans savoir qu’elle disparaît chaque jour un peu plus, le territoire gère de façon autonome ses ressources naturelles — dont des « terres rares » convoitées — depuis 2009. Mais ce bloc de glace occupant une place démesurée sur les cartes géographiques suite aux projections de Mercator allait lui aussi devoir affronter l’improbable : la ré-incarnation du Ubu d’Alfred Jarry. Donald Trump. Trump qui dès 2019 parlait d’acheter le Groenland avant d’affirmer en 2024 qu’il allait par tous les moyens mettre la main — « sûr à 100% » — sur la plus grande île de la planète. Le roman que nous abordons débute un an plus tard …

  • Devant les bêtises, souvent révoltantes, chaque jour étalées à la une des quotidiens et encore plus sur les réseaux dits sociaux, on comprend le ras-le-bol qui peut s’emparer de certains. Ça suffit, quoi ! Il faut mettre fin à toutes ces âneries. Dénoncer les politiciens manipulateurs de tous types. Démontrer, démonter plutôt la faiblesse des argumentaires de toutes les franges, extrémistes, centristes, trumpistes ou autres, ne visant qu’à accroître leur contrôle et leur pouvoir sur tout. On en a jusque-là de ce cancer qui se répand partout, sur tous les continents. C’est assez ! …

  • Au moment d’écrire ces lignes, début septembre, on comptait déjà douze (12!) féminicides commis cette année sur le territoire québécois. C’est évidemment un constat ahurissant mais, si l’on remonte jusqu’à janvier 2020, le bilan devient littéralement insupportable: 68 femmes sont ainsi disparues selon la «Vigie des féminicides» mise en place par le quotidien montréalais Le Devoir. Et, bien sûr, la très grande majorité de ces femmes sont tombées sous les coups de leur conjoint violent. Une scandaleuse inadmissible hécatombe. Une honte collective. Pourtant, récemment, l’un de ces assassins a eu toute la latitude du monde pour exposer en pleine cour, durant son procès ,à quel point, pôvre mâle Alpha, il a été diminué et maltraité psychologiquement par sa victime. Au point où il n’a pas eu d’autre choix que … Non mais dans quel monde vivons-nous?  C’est la question un peu suffocante que pose Fatal, le plus récent roman de Johanne Seymour.